« Non M : Hollande, ça ne va pas si bien que ça »
# Conjoncture

« Non M : Hollande, ça ne va pas si bien que ça »

À l'image des propos de François Hollande, patrons et acteurs économiques des Hauts-de-France trouvent-ils que « Oui, ça va mieux » ? Si certains indicateurs sont effectivement passés au vert, les PME, à bout de souffle, peine à relancer leur croissance.

Doit-on prendre pour argent comptant les déclarations du président de la République ? Est-ce que tout va vraiment mieux en France ? Pour rappel, François Hollande avait déclaré, le 14 avril dernier, dans une émission télévisée : « Oui, ça va mieux : il y a plus de croissance, moins de déficit, moins d'impôts, plus de compétitivité, plus de marges pour les entreprises, plus de pouvoir d'achat pour les salariés ».

Paroles d'acteurs locaux
Nous avons donné la parole à des acteurs régionaux en demandant si, effectivement, tout allait mieux ? Selon eux, s'il y a bien des points d'amélioration indéniables dans l'économie des Hauts-de-France, il reste des zones d'ombre. Parmi les plus optimistes, Frédéric Motte, président régional du Medef : « De nombreux indicateurs prouvent que ça va mieux. Le Medef a sorti une étude à ce sujet et tous quasiment sont au vert, c'est vrai. Le seul indicateur qui contrebalance l'ensemble reste celui du commerce extérieur, toujours au négatif. La croissance du PIB, la hausse de consommation dans les ménages ainsi que leurs investissements qui tendent légèrement à remonter, oui, tout ça donne plutôt raison à François Hollande. » Une reprise qui arrive bien tardivement néanmoins, regrette le président du Medef : « Nous avons du retard sur d'autres pays et ce, dans un contexte où la croissance mondiale ralentit. Avec 32,3 %, la valeur ajoutée du taux de marge des sociétés revient au-dessus du taux de 2011, mais en Allemagne par exemple, il est de 42 %. Or, les bénéfices d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain », précise Frédéric Motte avant d'ajouter : « En clair, le malade va mieux mais il est encore en convalescence.

Un constat que partage Bruno Delcampe, président fondateur de SOS Entrepreneurs. Si le taux de chômage a l'air de repartir sur des chemins plus valorisants pour la conjoncture régionale, il n'empêche que de nombreuses entreprises, déjà à bout de souffle, peinent à affronter de nouveaux défis. « Les dirigeants qui ont su s'adapter à la conjoncture, ceux qui ont pu redévelopper une vision et une différenciation ou un repositionnement de leur activité par rapport au contexte, connaissent aujourd'hui, il est vrai, un sentiment d'amélioration. Ils ont de nouveaux clients, un carnet de commande qui repart... et un nouveau problème à gérer : celui du financement », souligne Bruno Delcampe. « Quand les capitaux propres sont épuisés et que les banques ne jouent pas le jeu, comment financer sa croissance ? Les grands groupes ne connaissent pas cette difficulté, d'autant plus que les mesures de l'État vont souvent dans leur sens. Mais les PME et les TPE ? Je croise des patrons qui se paient moins que le salaire de leurs employés. Et de ce problème, qui en parle en France ? », s'interroge-t-il.

110 milliards d'euros prélevés depuis 2009
À la CGPME Picardie, Sébastien Horemans se fait plus critique et ironise : « Le " Ça va mieux " de François Hollande est devenu une plaisanterie amère qui circule chez les chefs d'entreprise. Depuis 2009, les entreprises ont connu 110 Md€ d'augmentation de prélèvements. Si on rajoute à cela un coût du travail parmi les plus élevés d'Europe et une fiscalité dont la complexité et l'instabilité juridique ne sont plus à vanter... on en arrive à ne plus savoir sortir de business plan en France », fait savoir le président de la CGPME picarde avant d'ajouter : « Cela crée un climat de peur parmi les TPE et PME qui, ne se sentant pas suffisamment en confiance, n'investissent pas aisément ». Seul point positif selon lui : le CICE qui « a rattrapé beaucoup de bêtises d'énarques. Rendez-vous compte du grand écart entre politiques et vie entrepreneuriale : il n'y a pas un seul chef de TPE ou PME parmi les députés qui pourrait influencer sur la réglementation ». Ce à quoi Bruno Delcampe lui répondrait : « Oui, mais jusqu'à quand ? Le CICE prend fin l'année prochaine et on ne sait toujours pas par quoi il sera remplacé... »

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