Le groupe mayennais Rapido a été fondé en 1961. Cette année anniversaire aura-t-elle une incidence sur votre stratégie ?
Nous allons effectuer le plus important renouvellement de catalogue de notre histoire, pour les 65 ans du groupe et les 20 ans de notre marque Itineo (des intégraux, modèles entièrement carrossés sur un châssis-moteur avec des parois en polyester fabriquées dans l’usine, NDLR). D’ordinaire, nos gammes évoluent au niveau de trois à quatre nouveaux modèles de camping-cars par an. Ce qui correspond sur le marché au taux de renouvellement des véhicules neufs, par les clients fidèles. Pour le millésime 2027, nous ferons évoluer de plus d’un tiers nos 70 modèles. Nous allons lancer de nouveaux designs et apportons de nombreuses nouveautés dans les gammes. Nous avons ainsi décidé d’équiper des modèles avec des panneaux solaires. C’est un bon levier pour s’inscrire dans la tendance future sur les énergies. Nous cherchons également à séduire une clientèle plus jeune, notamment avec les vans.
Au-delà des 65 ans de Rapido, quels sont les chiffres du groupe familial aujourd’hui ?
Plus de 2 000 collaborateurs travaillent dans les onze sites du groupe en France – à Mayenne, où se situe notre siège social, en Vendée, dans le Nord, le Lot-et-Garonne, à Auxerre dans l’Yonne – et en Allemagne, Italie, Angleterre et au Canada. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires global de 825 millions d’euros sur le dernier exercice (proche du CA communiqué ces dernières années ; il était de 550 M€ en 2021, NDLR). À Mayenne, nous employons 445 salariés permanents sur les deux sites Rapido, plus une centaine d’intérimaires actuellement, et 245 dans l’usine de mobil-homes : au total, Rapidhome s’appuie sur 440 employés avec les sites de Cambrai (Nord) et Fauillet (entre Marmande et Agen).
Où vous situez-vous sur le marché des véhicules de loisir ?
Nous produisons 25 000 véhicules motorisés par an sur un marché européen de 150 000 unités. Nous sommes le quatrième constructeur mondial de camping-cars, loin derrière les leaders (le groupe Trigano réalise 3,5 Md€ de CA, l’allemand Hymer Group 2,3 Md€, NDLR). Mais notre modèle n’est pas de devenir le plus gros. Notre mode de production nous définit comme un industriel avec des méthodes artisanales. Plutôt que de rationaliser au maximum les process de notre usine de Mayenne par exemple pour spécialiser sa production sur un seul modèle, comme certains concurrents, nous privilégions la diversité, la qualité et conservons notre goût pour la conception et l’innovation. Cela implique beaucoup d’heures de développement, mais c’est notre ADN et ce qui nous différencie. Ainsi, notre catalogue est probablement le plus diversifié du marché, avec 70 modèles de vans et fourgons aménagés, camping-cars profilés et intégraux commercialisés sous onze marques (Rapido, Campérêve, Fleurette, Itineo, Westfalia, etc.).
Avec ce modèle d’entreprise, comment parvenez-vous à optimiser vos process et à assurer votre compétitivité ?
Nous avons beaucoup amélioré nos coûts matières, pour mieux maîtriser nos marges. Nous avons récemment renforcé notre pôle achats pour l’organiser à l’échelle du groupe. Nous avions jusqu’ici beaucoup de fournisseurs sélectionnés par site. Parmi ceux que nous avons conservés, certains peuvent désormais nous approvisionner à l’échelle du groupe. Cette synergie offre un supplément de valeur. Optimiser les achats à l’échelle du groupe permet de rationaliser la diversité de pièces et de références, de sécuriser la supply chain, de multiplier le double sourcing, mais aussi d’impliquer nos équipes achats en amont des projets. Ce qui leur permet d’évaluer les prix des pièces et matériaux dès la conception et de manière plus juste.
Votre groupe prévoit la construction d’un nouveau bâtiment de 7 500 m² sur votre principale usine à Mayenne. Quel en est l’objet et où en est ce projet ?
Ce projet de future menuiserie nous permettrait d’optimiser nos process et nos flux internes, de gagner en confort de travail et d’innover sur certains types de pièces d’assemblage. Ce gain d’efficacité nous permettrait d’augmenter ensuite la production. Mais ce projet est ajourné. Comme beaucoup d’industriels en France, la conjoncture, le flou politique, les questionnements sur les critères fiscaux nous ont incités à patienter. Le conflit au Moyen-Orient n’arrange rien. Nous arbitrerons en fonction de l’évolution du contexte géopolitique et national, dans les mois à venir.
L’industrie automobile en Europe connaît ces dernières années des difficultés importantes. On parle aussi beaucoup de baisse de pouvoir d’achat donc de consommation en France. Ce contexte global a-t-il un impact sur les ventes et la production des véhicules de loisirs de Rapido ?
Dans notre secteur, nous n’avons pas subi réellement de problèmes liés à la conjoncture. Les gens font des économies sur leurs achats quotidiens, mais nos clients finaux privilégient encore le fait de partir, de voyager. C’est une forme de liberté. Après le confinement, il y a eu une forte poussée de la demande, de 20 % rien qu’en France. Les gens avaient besoin de s’évader. Tous les constructeurs ont augmenté leur production. Mais à un moment, la consommation n’a pas suivi. Pendant deux ans, les distributeurs ont eu plus de mal à écouler les modèles présents sur le parc. Il y a eu du surstock important, notamment en Allemagne qui est le premier marché. Et Rapido a été impacté de manière indirecte. Le parc global commence à revenir à un équilibre offre-demande, au niveau de l’avant-Covid. En septembre, nous serons prêts avec notre nouveau catalogue. Quant à l’impact des difficultés du secteur automobile, nous l’avons davantage ressenti par rapport aux délais de livraisons de châssis, qui ont déstabilisé un peu notre rythme de production.
Pourquoi dites-vous que votre groupe a ressenti un impact indirect du déséquilibre du marché du camping-car ?
Nous ne produisons qu’à la commande. Ainsi, nous n’avons pas de parc dormant. Ce choix est aussi lié à notre gamme très étendue composée de modèles adaptés aux différents clients et marchés.
Comment se porte l’activité de fabrication de mobil-homes Rapidhome ?
Le marché des mobil-homes et de l’habitat est différent de celui des véhicules de loisir : Rapidhome travaille beaucoup pour des chaînes de campings et de grands donneurs d’ordres. Les demandes se font davantage en sur-mesure afin de personnaliser les mobile homes aux formes et couleurs d’une enseigne. C’est une activité en B to B alors que pour les camping-cars (85 % de l’activité du groupe), j’aime plutôt dire que nous sommes dans du B to C : les concessionnaires sont des partenaires commerciaux, mais nous pensons surtout au client final.
Le report en 2028 de la mise en service de la plateforme rail-route à Laval, par laquelle des châssis devaient être acheminés pour Rapido, a-t-il des conséquences sur l’activité du groupe ?
Oui, déjà parce que nous voulons accélérer sur le volet RSE. Et que ces trains permettront de supprimer des routes environ mille camions par an à destination de l’usine de Mayenne. Le chemin de fer limite aussi fortement les dommages au transport, ce qui représentera moins de charge de travail au niveau des reprises avant l’aménagement des châssis. Surtout, cette plateforme bimodale nous permettra d’avoir à Laval un stock tampon ; l’actuel se situe actuellement à Lyon (plus proche de l’Italie, où une grande partie des châssis utilisés sont fabriqués, NDLR). Avec une plateforme à 30-40 kilomètres de Mayenne, ce sera beaucoup plus facile d’anticiper les aléas liés au transport routier et cela nous offrira une grande souplesse industrielle. Actuellement, les châssis arrivent par cinq en camion sur notre site. C’est donc une bataille quotidienne pour réceptionner les châssis dans l’ordre souhaité en fonction des modèles en cours de production à Mayenne.