Nicolas Mayer-Rossignol : « Ne pas alimenter l'usine à promesses »

Nicolas Mayer-Rossignol : « Ne pas alimenter l'usine à promesses »

Depuis le 14 octobre dernier, Nicolas Mayer-Rossignol est le nouveau président de la Région Haute-Normandie. Plus jeune élu de France d'un grand exécutif (Région, Département, agglomération), il annonce une double priorité : l'emploi et faire de la Haute-Normandie une Eco-Région. Entretien.



Vous prenez les rênes d'une région où la crise est féroce. Quelle est votre analyse de la situation économique ?


La situation économique je ne la découvre pas.

Voilà trois ans et demi que je travaille sur les sujets de l'emploi, des énergies, de la recherche et de l'innovation : ce sont des sujets que je connais. La situation économique et sociale est très difficile. La crise est dure et elle dure ! Au-delà de ce constat, il faut bien comprendre qu'il y a un changement de monde : le développement des pays émergents et les enjeux de l'export liés à ces pays, la question de gouvernance économique de l'Europe, la compétition entre les territoires. Un basculement s'opère dans lequel existent des contraintes et des opportunités.


Quelles sont vos priorités pour la Haute-Normandie ?

La priorité, c'est l'emploi. Je suis partisan d'une région qui prend toutes ses responsabilités. Pour cela elle a des leviers. Elle investit 300 millions d'euros chaque année, elle peut soutenir les filières comme l'éolien, l'appel à projet énergie, travailler avec la BPI... Nous ne partons pas d'une page blanche. La feuille de route c'est le contrat passé en mars 2010. Aujourd'hui, ma priorité est double. L'enjeu c'est de soutenir l'activité des entreprises et avoir le recul pour préparer l'avenir. Après l'emploi ma seconde priorité est de faire de la Haute-Normandie une Eco-Région : appel à projet énergie, éco-construction, moteurs électriques... Avec pour ambition la transition énergétique. Mais personne n'a de baguette magique et rien ne serait pire que d'alimenter l'usine à promesse. Pour moi, l'important c'est de dire ce que l'on fait et faire ce que l'on dit.


De quels leviers disposez-vous ?


Je souhaite maintenir le cap fixé lors de l'élection de 2010, le poursuivre et l'amplifier. Ainsi, le 4 novembre une réunion s'est tenue afin de simplifier et optimiser les dispositifs d'aides aux entreprises avec la BPI. Nous souhaitons encore améliorer notre stratégie régionale en terme d'innovation. Nous voulons une instruction plus rapide des dossiers.

L'avenir, c'est l'investissement dans le domaine de l'éolien, c'est l'Axe Seine, avec sur ce sujet une première réunion à Rouen courant novembre avec tous les acteurs concernés.


Comment réagissez-vous sur le dossier Petroplus ?

Petroplus, c'est un drame terrible pour la région. Je suis un des premiers à avoir reçu l'intersyndicale en octobre 2011. Avec d'autres élus dont Guillaume Bachelay, nous nous sommes battus pour le site, pour les salariés, pour que leur lutte soit considérée à sa juste valeur. Nous nous sommes aussi battus pour les PME concernées par ce dossier. La responsabilité des élus locaux était de se battre pour que le PSE permette la reconnaissance de l'exemplarité du combat mené, notamment en ce qui concerne la convention collective. Le PSE est en cours. Maintenant, sur ce site, il y a un enjeu sur la mise en sécurité. C'est un site Seveso seuil haut, il ne faut pas faire n'importe quoi. Il y a aussi un enjeu de repositionnement industriel, pour cela, la Région est toujours présente au Comité de pilotage et sera au rendez-vous. Mais, je ne veux pas faire d'effets d'annonces, ni de fausses promesses. Nous travaillons avec des industriels potentiellement intéressés par le site : sa localisation, son caractère industriel. Je m'implique personnellement pour recevoir les acteurs et présenter les outils de la Région.


Le Préfet estime que les « repreneurs » annoncés ne sont pas sérieux... ?

Il y a eu un jugement au tribunal de commerce qui a considéré que de repreneurs crédibles, il n'y en avait pas. Les offres ont été analysées. Lorsqu'on essaye de faire la promotion d'un site, il n'y a rien de pire que les bruits de fond. Entretenir l'ambiguïté, c'est nuire aux possibilités de repositionnement du site. Une décision a été prise. Elle est regrettable mais, il n'y avait pas de repreneurs. Notre responsabilité, c'est de tout faire pour créer un avenir pour le site.


Comment accueillez-vous la création d'une métropole rouennaise avec des compétences et des moyens élargis ? L'économie doit-elle rester l'apanage de la Région ?

Une région pour être forte a besoin d'une métropole forte et réciproquement. Car nous avons besoin d'un vaisseau amiral ; c'est nécessaire pour bien identifier la Haute-Normandie. Le coeur, la capitale, c'est la métropole rouennaise. Mais, la elle a besoin d'une région forte, sinon, elle est vouée à l'échec. Il faut discuter avec le président de la Crea (communauté d'agglomération de Rouen, Ndlr) pour savoir qui fait quoi. L'avantage ici, c'est que j'ai travaillé à la Crea, que Frédéric Sanchez, son président est un ami et que nous sommes du même bord politique (Parti socialiste, Ndlr). C'est un avantage pour se parler. Par contre, le chef de file économique, c'est la Région qui doit continuer d'impulser les grandes filières, soutenir l'innovation, aider les entreprises.


Êtes-vous favorable au rapprochement de la Haute et de la Basse Normandie, voire de la constitution d'une seule région ?

Il existe déjà des rapprochements et collaboration entre régions notamment en terme de fonds d'investissement comme Grand ouest capital amorçage, un fonds d'investissement régional porté par la Haute et la Basse Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire et géré par BPIFrance investissements, ou encore NCI gestion, fonds d'investissement porté par les deux régions normandes. On peut aussi parler des pôles de compétitivité comme Cosmetic Valley qui travaille avec la région Centre ou du pôle de compétitivité automobile Mov'eo. En la matière, je ne m'interdis rien. J'ai écrit aux quatre présidents limitrophes de notre région : Basse-Normandie, Centre, Picardie, Ile-de-France, afin de développer les collaborations quand c'est nécessaire. Mais, aujourd'hui, l'épine dorsale de notre développement, c'est la vallée de la Seine. La réunification de la Normandie correspond à la volonté d'une minorité. Pour discuter et mener des projets, avoir une taille comme celle de la Haute-Normandie avec seulement deux départements, ce n'est pas forcément un handicap.


Quelle est votre ambition sur l'Axe Seine ?

Des rapports, des missions ont été réalisées sous les ères Borloo et Rufenacht : une véritable usine à promesses qui n'a pour effet que d'amener à l'abstention et favoriser le vote d'extrême droite. Il faut passer des paroles aux actes, se réunir, c'est le sens de la réunion que je sollicite avec tous les acteurs du dossier afin de parler des projets utiles et qui peuvent être mieux traités au niveau régional comme la LNPN et le tourisme en vallée de Seine. Se mettre autour d'une table, sélectionner et définir un plan pluriannuel de 2014 à 2020 dans le cadre d'un contrat de projets interrégional en cohérence avec la pluriannualité des fonds européens. C'est un projet reconnu politiquement d'intérêt national : il faut que cela soit reconnu dans les actes. 5 milliards sur vingt ans sont prévus pour le Mantois : rapporté au nombre d'acteurs et à la proportion d'un tiers pour l'État, un tiers pour RFF et un tiers pour les collectivités, cela colle bien en terme de timing et de montant.