A l'extérieur, un agent de sécurité assure le gardiennage. À l'intérieur de l'immense usine fermée, les salariés se relayent chaque semaine pour réactiver les machines. «Nous sommes une quinzaine de volontaires, ouvriers et cadres, à maintenir depuis sept mois une micro-activité sur le site. Nous avons cassé les clivages», se félicite Norbert Sanchez, représentant CGT des salariés. «Quand nous avons invité le liquidateur à venir visiter l'usine, il s'est rendu compte qu'il n'était pas possible de laisser démanteler un tel outil. La volonté de reprise est venue de là», ajoute-t-il. «Les salariés ont été absolument incroyables. Ils se sont relayés pour entretenir l'usine, qui est donc en parfait état. Quant aux autorités préfectorales, elles se sont en permanence mobilisées pour la survie de l'activité», commente de son côté Marie-Hélène Bérard, qui a conseillé la société russe ICC (Ivory Coast Cacao) lors de la procédure de reprise. Un personnage-clé du dossier, qui deviendra la présidente du conseil de surveillance de la SAS Chocolaterie de Provence, destinée à remplacer Netcacao.
Le lien avec Nestlé est définitivement rompu
Retour en arrière. C'est en juin2011 que la direction de la société Netcacao a déposé le bilan, n'étant pas parvenu à redresser cette entreprise reprise à Nestlé en mars2006, après deux années de combat contre le projet du géant de l'agroalimentaire. «Durant toute l'activité de Netcacao, nous avons toujours été en conflit contre Nestlé qui, en 2006, avait accepté de commander un important volume de sous-traitance (de 50 à 60%) pendant trois années avec deux années supplémentaires, en contrepartie de la conservation des 180 emplois du site», souligne Norbert Sanchez, finalement soulagé de voir la page Nestlé définitivement tournée avec l'arrivée d'ICC. «Le lien avec Nestlé est enfin rompu. Les dirigeants de Netcacao n'ont pas assez anticipé la disparition des commandes de Nestlé, qui avaient été arrachées au groupe avec les dents. La crise économique et la guerre en Côte d'Ivoire ont par ailleurs entraîné une hausse des matières premières que la PME a eu du mal à surmonter. Beaucoup d'investissements ont été réalisés dans la partie industrielle de notre activité, mais celle-ci a trop tardé à développer un chiffre d'affaires capable de combler le départ de Nestlé», confie l'un des experts mandatés par le Comité d'entreprise. Épuisée par des combats juridiques avec Nestlé, abandonnée par les banques, peinant à développer une marque, Netcacao s'est effondrée en juin2011. C'est à l'automne suivant que les offres de reprise les plus crédibles ont vu le jour. Deux projets étaient alors en concurrence : celui d'ICC et un autre, issu d'un investisseur franco-libanais, Socop
ag. «Les deux offres de reprise étaient bonnes, estime Marie-Hélène Bérard. Ce qui prouve que Netcacao avait une vraie valeur. La différence en notre faveur est venue du fait que la société ICC possède et gère depuis deux ans sa propre usine de torréfaction de fèves de cacao en Côte d'Ivoire. Un outil flambant neuf à 35M€. D'autre part, je crois savoir que nous nous sommes engagés sur un investissement plus important». De son côté, Norbert Sanchez précise que «le projet franco-libanais proposait une inaliénabilité des terrains de faible durée, seulement trois années» et que «le tarif de la reprise (2,25M€, ndlr) a également pu décourager la Socopag».
Le plan de reprise
«Nous allons maintenant investir 7,5M€ dans les deux premières années. Nous reprenons 70 emplois à l'issue de la première année, pour un total de 140 emplois au bout de deux ans. Et probablement davantage au-delà. En outre, nous avons pris un engagement d'inaliénabilité du foncier sur six ans. Cela ne nous pose aucun problème, dans la mesure où notre vocation n'est pas immobilière. Notre projet est celui d'un développement industriel de long terme», explique Marie-Hélène Bérard, qui ajoute: «Le président de la Chocolaterie de Provence représentera les investisseurs russes. Le directeur de la société est en cours de recrutement». L'usine ivoirienne d'ICC devrait produire de la liqueur de cacao, qui est déjà l'une des matières premières utilisées par Netcacao. «Nous allons développer les gammes fabriquées par Netcacao et ajouter de nouvelles lignes d'équipement afin de créer de nouveaux produits. Nous distribuerons les produits pour moitié en France et pour moitié à l'international, notamment en Europe, en Russie et en Ukraine». Pour Norbert Sanchez, «il y a de larges perspectives en Russie, où le principal concurrent russe d'ICC ne détient que 19% du marché». Une vision partagée par Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence : «le groupe ICC amène une vision industrielle avec l'ouverture prometteuse sur le marché russe. Nous restons attentifs aux premiers pas de cette reprise et mobilisés pour la réussite de ce projet industriel». L'élu consulaire était déjà intervenu dans ce dossier en 2005, mandaté par le préfet pour l'étude de faisabilité technique d'une reprise de l'activité industrielle du groupe Nestlé, qui avait permis l'arrivée d'investisseurs. «Face aux difficultés rencontrées par Netcacao, Hugues Parant m'a à nouveau sollicité en février2011 pour mener une mission destinée à sauvegarder l'activité et l'emploi de l'entreprise», confie-t-il. Serein, Norbert Sanchez et ses compagnons attendent aujourd'hui l'arrivée de la nouvelle direction. «Nous avons combattu pendant des mois pour sauver l'usine, mais lorsque les dirigeants seront là, nous reprendrons notre place de salariés...»
Netcacao est morte, vive la Chocolaterie de Provence ! En difficulté depuis de nombreux mois, placée en liquidation judiciaire en juin 2011, la société marseillaise Netcacao a finalement été reprise le mois dernier par le russe ICC. Coulisses d'un sauvetage industriel.
Une enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty