« Malgré six semaines d’intenses tractations avec plusieurs candidats à la reprise de Terra Economica SAS, celles-ci n’ont pas abouti », ont indiqué sur leur site internet Walter Bouvais et David Solon, respectivement président de la société et directeur de la rédaction. Et tous deux cofondateurs du magazine en 2004.
En redressement judiciaire depuis l’été, la publication composée d’un magazine mensuel papier, doublé d’un journal électronique, va donc s’arrêter le 30 mars prochain.
« Au total, une trentaine d’acteurs ont regardé le dossier, des grands groupes aux éditeurs indépendants, jusqu’à l'investisseur individuel, précise Walter Bouvais. Au final, des discussions avancées ont été menées avec cinq d’entre eux. Mais il n’y a pas eu de dépôt d’offre.»
Deux profils de repreneurs potentiels se sont approchés. D’un côté ceux qui envisageaient les charges, donc essentiellement la matière grise, sous l’angle des coûts, avec l’idée de réduire l’effectif et les salaires de manière sensible. La question étant alors : comment réussir à maintenir voire améliorer la qualité du magazine avec moins de moyens, avec le risque de décourager les équipes. De l’autre, des entreprises tentées d’aller capter de nouveaux revenus, en gardant le même niveau de charges, se retrouvent face à plusieurs interrogations. Quel est le potentiel de développement du lectorat ? Comment améliorer le produit, accéder au public ciblé de manière plus efficace ? Etc.
« Dans les deux cas, les questions fondamentales n’ont pas pu être tranchées », résume le président de Terra Eco. Pour rappel, la publication avait fait le choix d’un modèle centré sur le lecteur, avec une part de la publicité réduite à 20%.
L’investissement financier nécessaire à la relance du titre s'élevait à 500.000 euros.
« Sans regrets »
Après avoir flirté avec l’équilibre, affichant notamment « un EBE positif en 2012 », le magazine nantais avait pourtant réussi le meilleur exercice de son histoire l’an dernier. « 1,6 millions d’euros » de chiffre d’affaires et autres revenus ayant été engrangés en 2015.
Mais Terra Eco n’a pas pu rétablir la barre. «L’entreprise affichait 200.000 euros de pertes l’an dernier, indique Walter Bouvais. Notre structure était prévue pour tourner avec 1,8 à 2 millions d’euros de revenus. Nous n’avons pas réussi à atteindre ce niveau, la progression du nombre d'abonnements notamment était trop faible. On s'est heurté à un plafond de verre. »
Ses fondateurs disent toutefois n’avoir « aucun regret », satisfaits notamment d'avoir « relaté quelques batailles essentielles», comme celles qui concernent les dérèglements climatiques et financiers, les enjeux alimentaires, les questions de santé ou de risque nucléaire.
Ils auront aussi tout tenté… A la rentrée 2014, après l'échec d'une levée de fonds destinée à financer l'activité et la refonte du média, ses dirigeants s’étaient tournés en urgence vers la plate-forme de financement participatif Ulule.com...
Avant de sortir de l'ornière en un temps record. « En un mois, Terra Eco a récolté 450.000 euros, dont 105.000 euros de dons grâce à l'opération», indiquait alors David Solon. Au passage, l'appel avait réussi à doper l'abonnement.
Au fil du temps, les Nantais ont en effet réussi à fédérer une communauté fidèle. En témoigne « le déluge de remerciements et de messages de soutien» reçus à l'annonce de sa fermeture. Une réaction dont l'ampleur a même surpris la rédaction.