Ultime bataille sur le détroit ? Les acteurs du transport maritime (et ferroviaire) qui relient la Grande-Bretagne au continent sont à couteaux tirés depuis l'automne 2012 qui a vu le naufrage de SeaFrance, l'ex-filiale maritime de la SNCF. Avec MyFerryLink (MFL) interdite de transmanche maritime, Eurotunnel, le propriétaire des trois bateaux exploités par la compagnie maritime, s'apprêtent à les vendre. L'enjeu : une place en or sur le détroit.
L'accord dure depuis 2012
Entre Eurotunnel et les ex-marins de SeaFrance, les intérêts convergent : si la filiale d'Eurotunnel MyFerryLink commercialise les traversées, c'est la Scop SeaFrance (600 salariés, CA 2014 : 106 M€, CA 2013 : 43,2 M€, RN 2013 : 226.900 €) qui fait tourner les trois ex-navires de SeaFrance (Rodin, Berlioz et Nord - Pas-de-Calais), les entretient et s'occupe des ventes à bord (un pourcentage va à MFL). Achetés par Eurotunnel 65 M€ en juin 2012 à la barre du tribunal de commerce de Paris (la compagnie DFDS en proposait alors 5 M€), les 3 navires sont en vente depuis février pour cause de décision judiciaire britannique de réduire les parts de marché d'Eurotunnel (sur le rail comme sur l'eau) : parfaitement adaptés à cette courte distance, ils font aujourd'hui faire des bénéfices à leurs promoteurs. MFL les loue à sa maison-mère et achète des traversées à la Scop. Ce montage particulier a la bonne idée de fonctionner. Et génèrerait depuis quelques mois des résultats. On est loin de la première traversée avec un camion et la voiture du directeur, Jean-Michel Giguet, dans la soute.
MyFerryLink est bénéficiaire
« On a dû repartir de zéro », témoigne Didier Capelle, président du conseil de surveillance de la Scop. Celle-ci prépare une offre de reprise des trois navires avec les coopérateurs via la constitution d'une « une Société d'Économie Mixte (SEM). On a montré qu'on savait être rentable » ajoute l'ancien dirigeant du syndicat maritime Nord. En 2014, MFL affiche un chiffre d'affaires de 93 M€ (+25 % par rapport à 2013). L'année dernière, la filiale représente d'ailleurs 13 M€ du résultat avant impôt du groupe Eurotunnel (56 M€). En moins de 30 mois, MFL est passé de 22 M€ de pertes annuelles aux bénéfices depuis quelques mois... Les chiffres sont même exceptionnels depuis quelques semaines : en février, MFL approche les 75.000 pièces de fret cumulées ; soit + 25 % par rapport à février 2014. En janvier 2013, une dizaine de milliers de camions avaient embarqués ; ils étaient près de 30.000 un an plus tard. Avec un volant de 13 à 24 traversées quotidiennes, MFL a affiché un taux de remplissage de 55,6 % en 2013, et de 68 % en 2014. Le 18 mars dernier, 2.038 camions remplissaient les soutes... « C'est plus que ce qu'on faisait avec SeaFrance. Et avec 5 navires à l'époque » sourit Didier Cappelle. Comment ? « Notre coefficient d'équipage est à 2.4 contre 2.7 sous SeaFrance. Les gars ont accepté beaucoup de choses » plaide Didier Cappelle.
Avec ou sans la Scop ?
La Scop pousse donc à la constitution d'une SEM qui reprendrait MyFerryLink avec les collectivités territoriales. « Le président Percheron a dit à de nombreuses reprises que le Conseil Régional pouvait abonder à hauteur de 10 M€. On peut très bien imaginer l'exploitant au capital », argumente Yann Capet, député de Calais en lien avec le ministère des transports. Jean-Michel Giguet, président du directoire de la Scop et directeur de MyFerryLink, ne partage pas l'enthousiasme des marins de la S
cop pour une structure publique-privée. Il diverge totalement de son conseil de surveillance, en souhaitant une solution 100 % privée. Et sans la Scop ? Le 10 mars dernier, les marins de la Scop bloquaient le port de Calais pendant quelques heures. Un « avertissement » indiquait Éric Vercoutre, président du Comité d'Entreprise. Jacques Gounon, Pdg d'Eurotunnel, les a déjà rassurés sur la vente des navires : la Scop fera partie des candidats sélectionnés. Et pourra continuer de jouer crânement sa chance.
TRANSMANCHE Suite à l'interdiction d'accoster à Douvres faite à MyFerryLink, bénéficiaire depuis peu, Eurotunnel vend les trois navires rachetés à SeaFrance et exploités par la Scop bâtie par les anciens salariés de cette compagnie.
La Scop sera candidate à la reprise.