Festival de Saint-Nolff, La Renverse à Billiers, Roc'han Feu à Rohan... Dans le Morbihan, le paysage des festivals de musiques actuelles est de plus en plus clairsemé. Même si une nouvelle génération, plus épicée ou angélique, au choix, trouve ses marques avec Le Motocultor à Theix ou Holy Fest à Arradon. L'un des rares survivants, le Pont du Rock à Malestroit, n'est pas épargné par l'adversité puisqu'il a subi un incendie dévastateur le 19juillet, huit jours avant le début de sa 22
e édition. Une enquête est d'ailleurs en cours pour déterminer ce qui a causé l'embrasement du matériel de l'association organisatrice Aux Arts Etc, stocké dans un local mis à disposition par la mairie. Frigos, éléments de décoration, gobelets ou praticables sont partis en fumée, le matériel technique et de restitution sonore étant heureusement loué. «Mais nous avions quand même investi près de 7.000euros dans les gobelets en plastique», explique Damien Le Guevel, secrétaire de cette association comptant 60 membres et mobilisant près de 800 personnes le jourJ.
600.000euros de budget
Avec un budget d'environ 600.000euros, en progression de 11% par rapport à 2011, le Pont du Rock reste l'ultime poids moyen des festivals rock du département depuis l'avis de décès de Saint-Nolff. Pour sa part proche des 800.000 euros de budget, Saint-Nolff a vu son association organisatrice Au Coin du Bois liquidée début 2012. En cause: un déficit financier de 150.000euros causé par une contre-performance de son édition de septembre2011. «Nous n'avions pas le matelat suffisant pour combler un important trou financier», explique Christophe Maugan, ex-président de l'association. «De plus, nous avons dû faire face aux intempéries et surtout à une annulation au dernier moment de notre tête d'affiche, Sum 41. Du coup, nous n'avons récolté que 11.000 entrées alors que nous en visions 17.000.» Le festival s'était bien doté d'une assurance annulation, pour plus de 20.000euros, mais celle-ci ne fonctionnait que si deux groupes manquaient à l'appel. Pour se prémunir de la défection d'un seul groupe, il fallait aligner 50.000euros, selon Christophe Maugan. Une prime à la probabilité du risque plutôt qu'à l'attractivité de l'affiche.
Sponsors durs à convaincre
Fragilisé par la difficulté grandissante à faire carton plein au cours d'une seule soirée, le Festival de Saint-Nolff a donc cessé d'être une alternative bretonne à la Fête de l'Humanité, dont il avait régulièrement profité des têtes d'affiches ces dernières années. De Yannick Noah à Gaëtan Roussel en passant par Iggy Pop ou Pete Doherty. «Nous n'avions personne au niveau commercial, mais recruter des entreprises sponsors ne nous aurait rapporté que quelques milliers d'euros», poursuit Christophe Maugan. «Les entreprises sont de moins en moins prodigues et ce n'est pas avec une croissance proche de zéro que cela va s'arranger. Quant à d'éventuels mécènes, ils préfèrent la notoriété d'évènements comme Rock en Seine, le Printemps de Bourges ou Les Vieilles Charrues.» Autre difficulté majeure : motiver des bénévoles sur la longueur. Exactement l'écueil auquel s'est heurté à Billiers le festival La Renverse, qui, après 14 ans d'existence et différentes incarnations, n'a plus lieu depuis l'année dernière, non sans avoir rétabli ses comptes. «La majorité des cadres du bureau des associations organisatrices de festivals a souvent une activité à côté», décrypte Damien Le Guevel. «Ils peuvent très bien trouver du travail ailleurs et du coup quitter la région.»
SPECTACLE VIVANT En septembre aurait dû se dérouler le festival de Saint-Nolff, s'il ne venait d'être liquidé.
Plusieurs évènements morbihannais sont à la peine. Brassant des budgets proches du million d'euros, les festivals bretons restent des entités économiques fragiles.