Le Morbihan pèse pour 10 % de la filière nautique en France, avec 536 entreprises et 5.600 emplois (14 % des effectifs). Parmi elles, on compte quelques leaders sur le marché de la construction, de l’architecture navale, de l’électronique ou des voiles. Comme DCNS, Plasmor, Multiplast, Bic Sport, Nautix, North Sails, NKE, All Purpose…
Au niveau national, la filière nautique souffre, affichant une baisse de 15 % des mises en construction de bateaux neufs et un chiffre d’affaires de 4,3 milliards d’euros en 2011. Grâce à sa capacité d’innovation, la France résiste cependant mieux que les Etats-Unis ou l’Italie. Sa production de bateaux de plaisance est principalement tirée par l’export (66 %).
Troisième fabricant de bateaux à moteur, l’Hexagone reste d’ailleurs leader dans la production de voiliers, de bateaux pneumatiques et d’engins de glisse.
Bic Sport reste un fleuron en la matière (132 personnes, 19,6 M€ de CA en 2011). Basé à Vannes, le spécialiste des planches à voile, des surfs, des kayaks et des mini dériveurs tire sa croissance de son nouveau produit phare : le stand up paddle. Avec 14% de rentabilité en 2011 et une perspective de croissance de +17 % de son chiffre d’affaires en 2012, pour s’établir à 23 millions d’euros, le leader Morbihannais renoue avec une croissance à deux chiffres. Preuve que la diversification, amorcée en 1994 au moment de l’effritement de son marché historique, les planches à voile, porte ses fruits. Pour autant, son marché principal ne se situe pas en France mais aux Etat-Unis, où sont exportées 70 % des 20.000 unités produites en 2012 dans l’usine vannetaise. « Et nous devrions continuer à progresser en 2013 car le marché est loin d’être mature en France et en Europe », indique Benoît Tréguilly, directeur de la communication.
Reste donc à l’industriel morbihannais de séduire un nouveau public davantage hexagonal…
L’équipementier Plastimo (70 personnes, 15 M€ de CA), récemment racheté à la barre du Tribunal de commerce de Lorient par Alliance Marine est désormais en ordre de marche. Son nouveau dirigeant Jean-Paul Roche, P-dg du groupe toulonnais Alliance Marine, a décidé d’injecter trois millions d’euros en fonds de roulement pour faire redémarrer l’activité. Avec notamment des partenariats internationaux pour renforcer l’export qui pèse déjà 35 % du chiffre d’affaires. « Nous sommes en pleine constitution de partenariats avec des interlocuteurs des pays frontaliers et même de la deuxième ceinture européenne », note Jean-Paul Roche, le nouveau dirigeant de Plastimo. Pour le moment, la priorité est de consolider un catalogue de 30.000 références et de retrouver la confiance de ses clients.
Dans un marché désormais dominé par la vente de bateaux d’occasion (82 % du marché, contre 18 % pour le neuf), certaines entreprises sont obligées de revoir leur stratégie. C’est le cas de AP Sellerie à Brec’h (5 personnes), filiale de la voilerie All Purpose à La Trinité-sur-Mer. En lançant son site coussins-bateau.com, présenté au salon Nautic de Paris, AP Sellerie espère toucher une nouvelle clientèle et retrouver un équilibre financier. Cet outil de modélisation en trois dimensions en ligne permet de concevoir des canapés et sellerie sur-mesure. « Il suffit qu’un propriétaire de bateau prenne des photos de son intérieur de différents angles. Nous allons les traiter dans le bureau d’études pour redéfinir ainsi les volumes de la cabine et modéliser la sellerie sur-mesure », explique François Lamiot, gérant-associé d’AP Sellerie qui a vu fondre sa clientèle de chantiers navals, avec la disparition d’Alliaura et Alliage sur le pays de Lorient. AP Sellerie accuse une perte de 30 % de son chiffre d’affaires (240.000 euros en 2012). « Sans solution de notre part, l’entreprise allait dans le mur », assure François Lamiot.
Côté voiles, la voilerie vannetaise North Sails, dirigée par Bruno Dubois s’est distinguée sur la ligne de départ du Vendée Globe en équipant un bateau sur deux. La voilerie emploie 49 personnes au parc du Golfe et a clôturé un exercice 2011 à près de 10 millions d’euros, en croissance de plus de 28 %. Elle le doit notamment à la collaboration réussie avec la Team Groupama sur la Volvo Ocean Race et à la préparation de ce Vendée Globe 2012. Un Vendée Globe qui aura déjà fait beaucoup parler tant les abandons se sont succédés. « C’est la plus belle épreuve en solitaire du monde », estime Charlie Capelle. Le gérant de Technologie Marine à Saint-Philibert a lui aussi été obligé de licencier deux cadres en raison de la crise économique que subit le nautisme.
Egalement touché par la crise, le fabricant de kayak Plasmor, installé à Theix, s’est placé de lui-même en redressement judiciaire. Dominique Bourçois, son gérant, se donne six mois pour restructurer l’entreprises et optimiser les frais généraux. « Nous ne pouvons plus attendre une hypothétique reprise de l’activité. Il n’y a pas de désaffection du produit mais les gens font des arbitrages entre un objet de loisir et un compte épargne logement », observe-t-il. Ainsi, le gérant a opté pour un gel temporaire de ses dettes le temps de remettre l’entreprise sur rails. En effet, depuis 2008, Plasmor a vu son chiffre d’affaires s’éroder, passant d’1,8 million d’euros à 1,4 million d’euros. Dans le même temps, l’effectif est passé de 24 à 17 personnes.