Trop haché, trop large... Le découpage de la zone franche urbaine de Montreynaud à Saint-Étienne est loin de faire l'unanimité. Alors que la prorogation du dispositif pour au moins 3 ans devrait probablement être validée par le Parlement dans les semaines qui viennent, la discussion sur les limites de la zone de Montreynaud, unique zone franche du département, revient sur le tapis. Lors de sa création en 1996, sous la première mandature de Michel Thiollière, le débat avait déjà fait rage. Le découpage, très haché, avait suscité incompréhension et indignation. «Je suis sur le Technopole mais pas sur la zone franche. Je traverse la rue, et mes concurrents, eux, y sont», rugit Michel Tamet, expert-comptable, bien connu à Saint-Étienne pour ses coups de gueule. «Pendant des années, j'ai mis sur mon en-tête "en face du paradis fiscal"!». 15 ans plus tard, Michel Tamet s'est (un peu) calmé mais c'est une polémique d'une autre envergure qui prend forme.
Deux zones très distinctes
En effet, la zone franche de Montreynaud s'étend sur 100 hectares. Elle englobe deux pôles très distincts: la colline de Montreynaud en elle-même et une partie du Technopole. Si la première fait l'unanimité parmi les élus et le monde économique de par son imbrication avec le quartier sensible de Montreynaud, la seconde, elle, suscite le débat. Située dans un quartier accueillant un nombre important d'entreprises ou de réseaux professionnels, un quartier bien identifié, bien desservi... il est aujourd'hui naturellement attractif. D'où la question que certains pointent du doigt: la zone a-t-elle encore besoin de l'arsenal des exonérations du dispositif ZFU pour attirer des entreprises?
Concurrence
L'approche du 31décembre 2011, date annoncée jusqu'ici comme signant la fin du dispositif, a remis le feu aux poudres. En effet, de nombreux projets immobiliers ont émergé ces derniers mois pour être livrés avant la fin de l'année. Entre les immeubles "912", "First office" et "Fx center", ce sont actuellement près de 10.000m² de bureaux qui sont en cours de livraison sur la partie Technopole de la zone franche. Le hic? Ils viennent concurrencer directement d'autres projets immobiliers publics ou privés érigés sur le haut de la colline, au plus près des habitants et de leurs problématiques. Le green Space (bureaux+locaux d'activité) de Fabien Jallon (XXL atelier) a ainsi dû revoir ses prix à la baisse. «Clairement, le Technopole nous a porté préjudice», regrette l'architecte stéphanois. L'immeuble de la Sem Pat 42 (actionnariat majoritairement public) est encore loin d'afficher complet. «Sur le Technopole, tous les immeubles en cours de livraison sont déjà presque complets», souligne, a contrario, Bertrand Serre de Git immobilier, en charge de la commercialisation de la plupart des locaux de la zone. En parallèle de cette concurrence, se pose la problématique du recrutement. Car si les entreprises implantées en zone franche urbaine bénéficient d'exonérations fiscales et sociales pendant plusieurs années, elles ont une contrainte primordiale: recruter au moins une personne sur trois issue du périmètre sensible. Sauf que cette contrainte ne s'applique qu'à partir du 3e salarié recruté. Or, le profil des locaux dernièrement construits sur la partie du Technopole en ZFU (immeubles de bureaux) remporte majoritairement l'adhésion de professions souvent peu génératrice d'emplois. «On assiste à une arrivée massive de professions libérales, de métiers généraux du bâtiment...», confirme Bertrand Serre. En 2009, 74% des entreprises de la zone franche de Montreynaud, les deux zones confondues, affichaient ainsi moins de 3 salariés. Cette nouvelle offre ne pourra que renforcer cette tendance. La Municipalité est parfaitement consciente de cette problématique dont elle a hérité. «Malgré les difficultés financières, nous avons pris la décision de concentrer nos efforts sur la colline de Montreynaud. Nous venons ainsi d'investir 4,5M€ dans la construction d'une pépinière. Il n'y a plus d'argent public investi sur le Techopôle. En ce qui concerne, les investissements privés, ce n'est pas de notre ressort», assure Michel Coynel, premier adjoint de Maurice Vincent à la Ville. Une prise de conscience réelle donc mais n'allant pas jusqu'à demander publiquement à l'État un redécoupage. Le coût de la zone franche urbaine de Montreynaud n'est pas neutre pour les finances publiques puisqu'on peut évaluer à plus de 3M€ le montant total des exonérations dont ont bénéficié, en 2010, les entreprises du périmètre. Un coût à mettre en regard, bien sûr, avec les bénéfices apportés au quartier.
Alors que l'avenir du dispositif ZFU doit être tranché dans les prochaines semaines, des voix commencent à s'élever à Saint-Etienne autour du quartier de Montreynaud. Si la légitimité de cette zone fait l'unanimité, son découpage interroge certains patrons.