La jeune pousse Miura Simulation va pouvoir grandir. Fondée par deux anciens chercheurs de Centrale Nantes, José Aguado et Domenico Borzacchiello, la start-up vient de réunir 2 millions d’euros pour industrialiser sa technologie d’intelligence artificielle destinée aux ingénieurs en simulation. Le tour de table s’appuie sur un trio d’investisseurs spécialisés qui entrent au capital : Atlantic Business Angels Booster, Arts et Métiers Business Angels et Aerospace Angels. Le trio est rejoint par Bpifrance, le Crédit Agricole, la Caisse d’Épargne et le Crédit Mutuel sur les volets financement et innovation, sans entrer au capital de la start-up.
"C’est un moment important pour nous, notre première levée de fonds, dans un contexte vraiment tendu pour les start-up, résume José Aguado. Cette levée va nous permettre de changer notre modèle économique."
De la prestation sur mesure au logiciel autonome
Depuis sa création, en 2020, Miura a développé des modèles d’IA capables d’accélérer de manière spectaculaire les calculs de simulation – qu’il s’agisse d’aérodynamique, de crash-test, de thermique ou d’acoustique. "Là où une simulation d’un crash pouvait prendre plusieurs jours, cela prend quelques secondes désormais avec notre IA, avec une fiabilité comparable." Mais le changement majeur, pour la jeune entreprise, est ailleurs : des travaux menés jusqu’ici en mode service, à partir des données fournies par les industriels, Miura passe au déploiement produit, sous forme de logiciel intégrable directement chez le client.
"Nous voulons que les ingénieurs puissent entraîner leurs modèles eux-mêmes, en autonomie, avec leurs propres données", insiste le dirigeant. Une approche qui se distingue de celle de plusieurs concurrents européens, davantage centrés sur la prestation externalisée, avec un système propriétaire qui ne permet pas de concevoir son propre modèle d’IA.
Grâce au gain de temps, l’utilisation de l’IA de Miura Simulation ouvre la perspective de gains économiques potentiels considérables pour des secteurs comme l’aéronautique, l’automobile ou la Défense – industries où la start-up intervient déjà, notamment auprès d’Airbus. "La simulation est un secteur porteur", se réjouit le dirigeant.
Recrutements, puissance de calcul : une montée en puissance
Pour soutenir ce pivot stratégique, Miura prévoit de doubler ses effectifs, passant de 9 à 18 salariés d’ici 6 à 12 mois. Les recrutements cibleront des profils d’ingénieurs logiciels, data et machine learning, afin d’accélérer le développement produit.
L’entreprise investira également dans la puissance de calcul, ressource essentielle pour entraîner les modèles IA. Cette capacité sera louée auprès de fournisseurs. "Ce sont des postes d’investissement lourds, mais indispensables", souligne José Aguado.
Un parcours en incubateurs et une ambition européenne
Miura Simulation revendique son ancrage nantais. Les fondateurs de cette deeptech ont bénéficié du dispositif permis par la loi Pacte, facilitant la création d’entreprise par des chercheurs. "Centrale Nantes nous a donné toutes les clés pour franchir le pas", insiste le dirigeant.
L’équipe s’est aussi formée au métier d’entrepreneur en bénéficiant notamment de trois passages au sein d’incubateurs : Atlanpole, Kivo (l’incubateur Centrale-Audencia-Ensa), puis Le Village by CA aujourd’hui. Les fondateurs ont également suivi la formation Deeptech Founders, permise par le label I-Site Next dont bénéficient les laboratoires d’excellence.
Alors que plusieurs acteurs émergent en Europe, Miura Simulation veut s’imposer en Europe comme leader de l’IA pour les ingénieurs simulation. La France et l’Allemagne, leaders européens dans l’aérospatial et l’automobile, constituent ses cibles prioritaires.