En moins de 10 ans, Agena 3000 a pris une dimension internationale. Quand en 2017, l’entreprise choletaise édite des logiciels pour transférer les données entre acteurs de la grande distribution, industriels et distributeurs uniquement auprès de clients français. Son dirigeant, Sébastien Trichet, est alors persuadé qu’un développement à l’export passera par sa présence sur place. Il s’installe à Toronto, au Canada, avec son épouse et ses trois enfants, pour vendre les solutions d’Agena 3000 en Amérique du Nord.
Une acquisition à Montréal
Les débuts sont difficiles et le dirigeant pense même revenir en France fin 2018. "Après deux ans, j’avais noué des contacts, beaucoup prospecté, mais je n’avais rien vendu", confie-t-il. Il cherche alors une entreprise à reprendre. "Dans notre industrie, explique Sébastien Trichet, se développer à l’export est très compliqué, et je n’avais pas compris qu’il faut avoir des références clients pour être crédible sur le marché. Il fallait donc passer par une croissance externe."
En septembre 2019, Agena 3000 fait l’acquisition de Connectivia, une société de 15 salariés qui fournit des solutions d’échange de documents utilisées par plus de 500 entreprises en Amérique du Nord. Elle est basée à Montréal, au Québec, où la famille Trichet s’installe. "Nous avions enfin ces références clients et nous avons pu peu à peu implanter nos propres solutions", poursuit Sébastien Trichet. Solutions développées par les équipes en France et en Tunisie, où Agena 3000 a ouvert un bureau fin 2018.
Changement de gouvernance
Ces équipes, Sébastien Trichet les rencontre en revenant à Cholet une semaine par mois, les outils de communication permettant le reste du temps d’échanger quotidiennement. "Tout le monde a encore gagné en autonomie, assure-t-il. Avant mon départ, 30 % des salariés étaient déjà en télétravail à temps complet ou partiellement." A Montréal, les journées du dirigeant son parfois longues, le décalage horaire avec la France lui imposant parfois des échanges avec les équipes dès 3 heures du matin.
Il a fallu aussi repenser l’organisation de la structure. "Être à 6 000 kilomètres oblige à bouger les lignes et il faut que, sur place, les équipes suivent, constate le dirigeant. Nous avons changé la gouvernance et opté pour un modèle inspiré des États-Unis. Il s’agissait de partager la stratégie avec tout le monde et de mieux définir et gérer les priorités. Nous sommes devenus aussi très pragmatiques, en partant du principe qu’une idée seule ne vaut rien et que tout est dans son exécution."
Une histoire de confiance
La responsabilisation des managers et des équipes, l’habitude du télétravail pour une grande partie des collaborateurs, c’est aussi ce qui a permis à Agena 3000 d’affronter en 2020 le confinement dû à l’épidémie de Covid. "Nous étions prêts et équipés pour que chacun travaille à distance, indique Sébastien Trichet, et il a suffi d’appuyer sur le bouton."
Indirectement, cette crise du Covid n’a fait qu’accentuer le virage organisationnel pris par l’entreprise. Après elle, Sébastien Trichet est rentré moins régulièrement en France, pilotant à distance une structure qui avait pris ses marques. Aujourd’hui, en 2026, en France comme à l’étranger, les collaborateurs d’Agena 3000 sont en télétravail pour la très grande majorité. Les services supports sont à Cholet et le groupe dispose entre autres de bureaux à Paris et à Grenoble. Un retour est demandé dans les locaux de l’entreprise au minimum quatre fois par an. Pour le reste, chaque service ou business unit décide de la nécessité d’une présence des collaborateurs. "Nous faisons vraiment confiance et ils nous le rendent bien", constate Sébastien Trichet.
Depuis plusieurs années, Agena 3000 enregistre une croissance moyenne de 10 % par an et l’export représente 35 % de son chiffre d’affaires (27 M€ en 2025). L’entreprise a fait des acquisitions aux Pays-Bas, en Roumanie de même qu’en France. Dix opérations de croissance externe ont été réalisées ces 10 dernières années. "Nous avons élargi notre catalogue de solutions et de services et investi de nouveaux marchés, précise Sébastien Trichet. Nous étions auparavant très tournés vers l’agroalimentaire, et nous sommes maintenant dans tous les secteurs, en travaillant avec quasiment tous les acteurs de la grande distribution français."
Une entreprise transformée
La dimension internationale a, selon son dirigeant, profondément transformé l’entreprise : "L’esprit a changé, soutient-il. Il y a une dizaine de nationalités dans le groupe avec une forte ouverture interculturelle. Cela a amené beaucoup de tolérance sur nos différences, car on sait qu’où que l’on soit, chacun apporte sa pierre à l’édifice." Le groupe organise des cours interculturels, les échanges sont quasi quotidiens dans une langue commune, l’anglais, et des collaborateurs étrangers viennent régulièrement à Cholet. Un programme d’accompagnement à la mobilité a été mis en place, écrit en interne. "Un de nos techniciens est désormais au Canada et nous avons pris en charge le visa et le déménagement pour faciliter son départ", indique Sébastien Trichet.
En juillet 2025, la famille Trichet est revenue en France, par choix professionnel et parce que les enfants y ont tous trois entamé un cursus d’étudiant. Mais le développement d’Agena 3000 hors frontières est loin d’être terminé : "L’ambition est d’atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2034, envisage Sébastien Trichet, dont 75 % à l’international, avec une présence dans une dizaine de pays. Cela passera par des opérations de croissance externe, en reprenant des entreprises qui font la même chose que nous, ou en ajoutant des briques à ce que nous proposons déjà."