À l'entrée du site de LFoundry, sur la zone de Rousset, près d'Aix-en-Provence, tout est calme. Les salariés poursuivent la production sans banderoles, ni piquet de grève. Pourtant, depuis la fin juillet, le fabricant de semi-conducteurs a été placé en redressement judiciaire et 700 emplois sont en jeu. L'histoire a commencé en 2010, par la vente par le groupe américain Atmel, qui souhaitait se désengager des activités de production pour se consacrer à la R & D, de son site industriel de Rousset. Cédé pour un euro symbolique, il a été repris par le groupe allemand LFoundry. Aujourd'hui, cette société est en redressement judiciaire et accusée par les syndicats de salariés de ne pas être allé chercher de nouveaux contrats et, surtout, d'avoir remonté à la maison mère en Allemagne près de 15 M€. Une plainte a ainsi été déposée en février 2012 par les syndicats pour détournement de fonds. « Nous ne sommes pas dans un cycle de baisse des volumes de production, mais sur un problème de stratégie. LFoundry est une coquille vide. Nous avons désormais près de 50 M€ de dettes », confie Stéphane Vayre, secrétaire général du syndicat Sud.
Atmel mis en cause
Depuis avril, Atmel, qui s'était engagé à acheter à LFoundry un volume de plaques de silicium, a interrompu ses commandes régulières et fait produire en Asie. Pour les syndicats de salariés, l'avenir repose sur l'implication d'Atmel. « En poursuivant les commandes quelques mois, nous pourrions trouver un véritable repreneur ». Les administrateurs judiciaires de LFoundry ont ainsi saisi le tribunal de commerce de Paris d'une requête pour étendre le redressement judiciaire de LFoundry à Atmel Rousset, son ancien propriétaire, et remettre en cause le bien fondé de la vente. Audience prévue pour le 31 octobre. Un moyen de faire revenir Atmel à la table des négociations. Dans tous les cas, un plan social va être mis en place afin de pouvoir adapter la main-d'oeuvre à la réalité de la production, soit 1.500 plaques par semaine contre 3.500 avant l'été. Pour le groupe américain cependant, « la cession du site s'est déroulée en toute transparence » et dans les « conditions initialement prévues ».
Un secteur qui génère un important essaimage
« La microélectronique, est un secteur d'activité où l'innovation est primordiale. Le taux de rotation des produits ne dépasse pas les trois ans. L'avenir est donc difficilement lisible », confie Serge Bornarel, délégué général de l'UIMM Provence Alpes. « Dans tous les cas, l'impact sur la sous-traitance locale est réduit. Il y a bien des entreprises de services liées à LFoundry, mais elles ne travaillent pas exclusivement dans le domaine de la microélectronique. Nous sommes dans un secteur qui génère un important essaimage », poursuit le délégué de l'UIMM. « Sans minimiser l'impact que pourrait avoir une éventuelle fermeture de site, l'annonce du départ de Texas à Sophia a été au départ vécu comme un drame. Mais finalement, les ingénieurs ont été reclassés et d'autres entreprises se sont installées en région », rappelle Gérard Stehelin, président d'Arcsis (voir ci-contre).
Un second souffle
En effet, dans les Alpes-Maritimes, alors que le forum Same (pour Sophia Antipolis MicroElectronique) s'achève, on reste confiant dans l'avenir de la microélectronique azuréenne, et ce malgré le départ de Texas Instruments et la perte de 517 postes. Le géant américain, après avoir supprimé 340 emplois en 2009, a décidé fin 2012 de sortir du marché des processeurs d'application pour tablettes et smartphones sur lequel travaillait le site de Villeneuve-Loubet. « Les difficultés de certains acteurs ne sont pas dues à la faiblesse économique locale, mais à des erreurs stratégiques, analyse Jean-François Chapperon, directeur du pôle microélectronique de l'agence de promotion et de développement économique Team Côte d'Azur. Le cas TI, paradoxalement, apporte un second souffle à la technopole sophipolitaine car il libère des compétences pour d'autres acteurs. » Il est vrai qu'on assiste depuis quelques mois à un véritable mercato. Samsung, Intel, NXP, Nvidia, Freescale, Amadeus mais aussi le chinois Huawei, l'italien Magneti Marelli : tous ont récupéré des talents issus de Texas pour s'implanter ou étoffer leur site sophipolitain. Toutefois, le cas Texas montre également la faiblesse du tissu territorial composé majoritairement d'unités de R & D. « Faire venir les grands noms, c'est bien, mais ce n'est pas le modèle de croissance à privilégier, tempère Jacques-Olivier Piednoir, dirigeant de Cadence. À Sophia, les entreprises coexistent mais ne forment pas l'écosystème clients-fournisseurs que l'on retrouve dans un environnement industriel. Si plus de la moitié des ingénieurs TI ont été d'ores et déjà reclassés, l'absence de centres décisionnels pèse sur la reconversion des 200 personnes encore sur le carreau qui occupaient des fonctions plus transversales. » Aussi, l'homme milite-t-il à travers l'association Same pour favoriser la croissance endogène, faire émerger des pépites comme ASK, spécialisée dans les dispositifs sans contact, Scaleo Chips, dans l'automotiv, ou encore Riviera Waves, dans la connectivité sans fil. Car l'enjeu pour la microélectonique régionale est aussi celui-là : cultiver des jeunes pousses positionnées sur ce qui constitue l'avenir de la filière, les objects communicants, la sécurité, l'embarqué pour l'aéronautique, l'automobile et la santé.
Depuis l'été la filière microélectronique est à nouveau sur la sellette. Après l'annonce de la fermeture de Texas Instruments, fin 2012 à Sophia, c'est au tour de LFoundry, à Rousset, d'être placée en redressement judiciaire. Une affaire qui remonte aujourd'hui jusqu'à Atmel France.
Une enquête de Gaëlle Cloarec et Didier Gazanhes