Michel Pébereau : «Les bonus doivent être rétablis»

Michel Pébereau : «Les bonus doivent être rétablis»

Plans de rigueur européens, bonus des traders, comportement des banques face à la crise, Michel Pébereau, président du groupe BNP Paribas, explique que, selon lui, les banques «ont fait leur devoir». Il estime également qu'après avoir été exemplaires en terme de régulation des bonus des traders, les banques françaises sont à présent pénalisées, faute de comportements équivalents chez leurs concurrents étrangers.



Vous fêtez les dix ans de la fusion BNP-Paribas cette année. Quel bilan tirez-vous de cette décennie?


Lorsque j'ai créé cette banque en 2000, suite à une intense bataille boursière, le projet qui avait été fixé s'articulait autour d'une banque équilibrée entre les activités de détail, le financement et l'investissement ainsi que les activités de gestion d'épargne. Ce modèle, nous nous y sommes tenus. Nous avons fait grandir la banque en conservant ce schéma. Ce socle de banque de détail a bien réagi à la crise, et la banque d'investissement est l'une de celles qui a le mieux résisté. Pendant cette période, nous avons été constamment bénéficiaires! Ce que nous appelons la gestion d'actifs a également bien performé. Autre source de contentement, l'analyse et le contrôle des risques qui est notre premier objectif, a été pour beaucoup dans cette traversée de la crise sans dommage. Au total, le groupe a affiché une bonne résistance. Enfin, notre stratégie prévoyait aussi une croissance externe: le groupe a ainsi doublé ses effectifs entre la fin 2000 et aujourd'hui. Notre objectif est de devenir la première banque de la zone euro sur la partie dépôts, grâce notamment à l'intégration de Fortis. Jamais pendant cette crise, nous n'avons eu besoin d'être renfloués par l'État!
Plan de rigueur en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Angleterre, en Italie: la France est-elle la prochaine sur la liste?

C'est une période où une autre crise se produit autour de la dette des États. Pour faire face à cela, la zone euro a tenté de réagir efficacement pour traiter le problème grec: elle a clairement affirmé sa stratégie, un plan a été mis en place. Les engagements de la Grèce à redresser la situation, clarifier ses comptes, mettre en place des indicateurs de performance, rendre compte de ses progrès... Ce plan de la zone euro semble adapté. Mais au-delà du problème grec, il est apparu un problème plus large. Fait exceptionnel, en un week-end seulement, les États européens ont décidé d'un plan de soutien potentiel de 750Md€ et la banque centrale a décidé de modalités que je qualifierai de ?non-conventionnelles? pour pouvoir intervenir dans la zone euro. J'y vois là le signe de l'efficacité.
Y a-t-il menace sur l'euro? L'euro est solide, il n'est pas menacé dans son existence. Tous les pays européens se sont engagés pour la maîtrise des dépenses publiques, afin de revenir rapidement dans les normes. Notre pays est concerné comme les autres. Cette solidarité s'inscrit dans le cad

re du traité de Maastricht et du pacte de stabilité pour la croissance. Notre pays a déjà commencé à mettre en place des plans de redressement public nécessaires. C'est un mouvement général de la partie occidentale de la zone euro. Cette solidarité de la zone euro est conditionnée au respect du pacte de croissance.
La création d'un fonds anti-crise de la commission européenne, est-ce une bonne solution? Sur ce terrain, je suis un vieux banquier
avec 30 ans d'expérience. Selon moi, pour éviter les crises du système, il faut avoir des banquiers qui savent qu'on est une centrale de risques et donc, savoir gérer ce risque. Pour gérer les risques, il faut remplacer ceux qui ne le savent pas! Le rôle d'un régulateur est alors déterminant car il peut renvoyer les gens du jour au lendemain. Les banques qui ont bien géré la crise ce sont les françaises, les italiennes, les espagnoles, les canadiennes et les australiennes. Pourquoi cette bonne gestion? C'est le résultat de la combinaison de bons banquiers et d'un régulateur efficace. En ce sens, il est important que les régulateurs aient les moyens de réguler, et pour cela il faut les renforcer. Mon avis est que pour la crise, il est préférable de prévenir que de guérir. Néanmoins, si l'on pense qu'il faut des systèmes pour traiter les accidents... En France, il existe la garantie des dépôts grâce à laquelle pas une faillite de banque n'a coûté quelque chose. Je suis pour le renforcement de ce système. Alors, si le sujet c'est: qu'est que l'on fait pour aider une banque à ne pas faire faillite? Pour moi, la réponse est claire: il faut laisser tomber une banque en faillite. Chaque banque doit pouvoir faire faillite. D'ailleurs, BNP-Paribas s'en porterait mieux car des concurrents auraient disparu! Néanmoins, si l'on veut créer un fonds, je demande que tout le monde soit concerné en Europe et aux États-Unis, car nos problèmes viennent des États-Unis. Il va de soi qu'on ne doit installer ce fonds qu'une fois que nos concurrents subventionnés par les États auront remboursé ce qu'ils doivent.
Quelle est votre position sur les bonus des traders? La taxation des bonus ne risque-t-elle pas d'en faire fuir un certain nombre, à l'heure où les États-Unis versent des bonus qui atteignent des sommets? Se pose la question de la régulation internationale... Sur les bonus, nous avons été les premiers en France à être exemplaires, nous avons été à la base d'initiatives. Mais si l'on veut garder des traders en France, il faut arrêter, car on ne peut pas tenir! Nous perdons déjà des équipes en Asie car nous avons appliqué sur toutes nos places financières ces mesures, ce qui nous provoque des dégâts. Le problème c'est que ces mesures ne sont pas appliquées par les Américains ni par les Asiatiques, c'est pour cela que cette position n'est plus tenable. Je pense qu'il vaut mieux avoir des gens qui gagnent 500.000€ et qui les dépensent en France, plutôt qu'à l'étranger. C'est important que les gens comprennent cela. Je trouve aussi que les États-Unis ont un sacré culot car ils ont prétendu répondre à ces règles en se payant en actions: mais c'est de l'argent, donc c'est une blague! Je crois beaucoup au fait que nos opérateurs de marché restent en France.
BNP-Paribas prête-t-elle aussi facilement qu'avant la crise? Certains représentants d'organisations patronales, comme la CGPME, se plaignent que certaines banques ne jouent pas le jeu... Je me suis procuré les résultats d'un récent sondage Ifop: selon cette enquête, 88% des patrons sont satisfaits du délai réponse-demande de crédit, neuf chefs d'entreprise sur dix ont une bonne image et sont satisfaits de leur conseiller et toujours selon cette enquête pour 70% des personnes interrogées, la relation entre eux et leur banque n'a pas été modifiée. C'est ça la réalité, notre réalité avec les clients c'est qu'ils considèrent qu'ils n'ont pas de problèmes avec leur banque. Nous produisons plus de crédits aujourd'hui que l'an passé. Selon une autre enquête réalisée par le Credoc en mai, au sujet des ménages fragiles, 80% des gens en situation de pauvreté sont satisfaits de leur banque, ce qui est assez proche de l'ensemble des ménages français. Donc, même pour eux, les choses semblent aller. Les efforts des banques pour assurer le financement de l'économie ont été spectaculaires. Nous avons fait notre devoir! Même si cela ne veut pas dire que l'on satisfait tout le monde.

Propos recueillis par Sébastien Colle