Malgré un rebond de la croissance en ce début d'année, le taux de chômage en Alsace reste proche de la moyenne nationale à 10 %. L'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) Alsace partage les pistes - cadre légal de la durée du travail, coût de l'assurance chômage, etc. - envisagées par le Medef dans son livre bleu pour créer un million d'emplois. « On ne demande pas de cadeaux, on veut être à égalité avec ce qui se pratique dans les autres pays européens, notamment vis-à-vis de l'Allemagne : l'écart de charges sociales et fiscales entre notre voisin et nous est de l'ordre de 25 %. Une situation préjudiciable, surtout pour les entreprises alsaciennes », martèle Henry Baumert, président de l'UIMM Alsace. Autre problème pointé par le représentant local : la difficulté pour les industriels à pourvoir un certain nombre de postes. « Ce ne sont pas forcément ceux qui représentent les plus gros volumes de recrutements mais leur pénurie peut empêcher le développement des entreprises », souligne-t-il. Outilleur, usineur, chaudronnier, conducteur de ligne, assembleur au plan, mécanicien de maintenance ou encore ingénieur électronicien... S'il existe un certain nombre de métiers dits « sous tension », on observe également une pénurie de profils à multicompétences, comme le constate Bruno Russo, vice-président de l'UIMM Alsace. « En Alsace, on peine à trouver des profils à la fois commercial et technique, et surtout des personnes maîtrisant plusieurs langues », déplore-t-il.
5.000 recrutements par an
« À l'échelle régionale ces emplois non pourvus et le développement des entreprises locales pourraient générer 5.000 recrutements par an sur les 5 prochaines années », estime le président de l'UIMM Alsace (qui représente 320 entreprises et 58.000 emplois). Certaines entreprises comme SEW Usocome, Siemens, ou encore Constellium déploient d'importants investissements et plans de recrutement, comme le souligne le représentant local de l'UIMM. « 200 personnes doivent être recrutées chez Punch à Strasbourg pour doubler la production des boîtes automatiques huit vitesses. Clemessy recrute 300 personnes et accueille 200 alternants par an, dans les domaines de l'électronique, de la mécanique, de l'informatique industrielle et de la maintenance ».
Hager et son école d'outillage
Pour répondre à ses propres besoins non pourvus, le site Hager d'Obernai a quant à lui décidé de créer en interne son école d'outillage. « C'est un des métiers en tension chez nous, témoigne Franck Houdebert, DRH du groupe franco-allemand fabricant de solutions pour bâtiments en produits électriques (CA 2014 : 1,7 Md€ ; 11.400 salariés dont 2.700 en Alsace). Une vingtaine de nos outilleurs vont bientôt partir à la retraite. Or, on ne trouve personne sur le marché du travail ou en sortie d'école pour prendre la relève ». L'entreprise, qui investit annuellement 4 % de sa masse salariale (soit environ 4 M€ par an) en formation, a donc mis sur pied son propre programme de formation (700 heures théoriques et pratiques) pour proposer en interne aux salariés volontaires l'apprentissage des métiers de fraiseur et outilleur. Deux ans après son lancement, sept personnes viennent d'obtenir leurs diplômes et se lancent donc dans la pratique d'un nouveau métier. Face à l'intérêt marqué par d'autres entreprises du territoire, dont Messier Bugatti à Molsheim, Hager envisage aujourd'hui d'ouvrir sa formation aux salariés d'autres sites industriels locaux.
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