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"Mesurer leur empreinte carbone ou la gestion de leurs déchets reste un sujet de préoccupation dans de nombreuses sociétés"
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Julien Victor directeur général de Tennaxia "Mesurer leur empreinte carbone ou la gestion de leurs déchets reste un sujet de préoccupation dans de nombreuses sociétés"

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Tennaxia pensait bénéficier des besoins urgents des entreprises sur la gestion des critères environnementaux et sociétaux pour doper la commercialisation de ses logiciels SaaS. Mais le report de la réglementation européenne sur la CSRD a limité l’accélération du marché. Julien Victor, directeur général de Tennaxia, revient sur son dernier exercice et ses perspectives de croissance, y compris à l’étranger.

Julien Victor est directeur général de Tennaxia depuis juillet 2024, suite à une évolution des acteurs au capital de la société de conseil et de logiciels SaaS servant à piloter les stratégies en matière d’hygiène, de sécurité ou encore d’impact environnemental des entreprises — Photo : Tennaxia

Quel est le bilan d’exercice de Tennaxia, société lavalloise de conseil et de logiciels SaaS pour la gestion de la durabilité dans les entreprises ?

Nous avons connu une croissance sur 2025. Nous devrions dépasser les 20 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice qui sera clôturé en mars, contre 18 millions d'euros en 2024.

Comment êtes-vous parvenus à ce résultat alors même que la réglementation sur le reporting extra-financier des entreprises a été reportée et allégée en février 2025. Or l’obligation de la CSRD devait constituer un levier de croissance important pour Tennaxia.

La "pause" sur la réglementation CSRD ne nous a finalement pas tellement impactés. D’abord parce que cela ne représente "que" 40 % de notre activité contre 60 % pour la HSE (hygiène santé environnement). Ensuite parce que mesurer son empreinte carbone ou gérer ses déchets demeure un sujet de préoccupation dans de nombreuses sociétés. La loi Omnibus de décembre 2024 privilégie en la matière le volontariat plutôt que la contrainte et selon les résultats de notre enquête de novembre dernier, 83 % des entreprises qui ne sont pas soumises à la réglementation CSRD (entreprises de moins de 1 000 salariés ou réalisant moins de 450 M€ de CA, non cotées en Bourse, NDLR) continuent d’investir dans leur reporting sociétal et environnemental.

Comment l’expliquer, surtout dans un contexte économique incertain ?
Pour les dirigeants, c’est un non-choix. Ils sont obligés de se préparer, y compris les PME, à la gestion des risques environnementaux : c’est une problématique à long terme. Cela nécessite donc un investissement. En outre c’est une demande de plus en plus récurrente dans le cadre d’appel d’offres ou de la part de grands comptes, qui, eux, sont soumis à l’obligation de la CSRD. Sur le marché européen, il faut aussi voir cela comme des enjeux plutôt que des contraintes supplémentaires : cela donne une notion pour comparer des entreprises d’un même périmètre d’activité.

L’objectif de Tennaxia d’atteindre 50 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2028-2029 n’est donc pas remis en question ?

Cet objectif est toujours d’actualité. Cela passera par de la croissance organique mais également de la croissance externe. La stratégie est claire avec nos actionnaires (dont Marlin Equity, majoritaire depuis 2024, NDLR). Augmenter de taille est à la fois une volonté et aussi un peu un aspect défensif, face à des concurrents plus importants.

C’est-à-dire ?

Sur nos marchés, un mouvement de consolidation est amorcé. Moins sur la HSE, qui portent sur des préoccupations plus anciennes, mais davantage sur le carbone et l’ESG (évaluation à long terme des stratégies environnementales, sociales et de gouvernance, NDLR). C’est un segment qui était relativement confidentiel il y a vingt ans, et sur lequel de nombreuses petites entreprises se sont lancées depuis sept ou huit ans. Mais cette restructuration va prendre une bonne dizaine d’années avant d’arriver à maturité, comme nous avons pu l’observer dans le secteur des logiciels RH. Nous serons alors dimensionnés pour rester un acteur majeur.

Vous avez aussi des concurrents plus importants…

Nous avons de nombreux concurrents, mais nous constatons, via les appels d’offres, qu’ils sont différents en fonction des dossiers et des marchés. De nombreuses start-up sont apparues depuis dix ans et il existe localement de nombreux acteurs dans notre secteur. Mais chacun a des solutions spécifiques à la RSE, à la responsabilité sociétale, à la qualité, à l’hygiène, etc. Les grandes firmes américaines du numérique, quant à elles, ne parviennent pas encore à percer véritablement sur le marché local.

Qu’est-ce qui vous distingue sur ce marché en mouvement ?
Notre complémentarité et notre ancienneté jouent en notre faveur. Notre modèle est quasi unique. La chance que nous avons, c’est que les fondateurs de Tennaxia, Bernard Fort — aujourd’hui président du conseil de surveillance, mais retiré de l’opérationnel — et Maxime Delorme, qui a vendu ses parts et quitté l’entreprise, ont su lire très tôt l’évolution des marchés et des besoins des entreprises. La société était à l’origine, en 2001, orientée sur la gestion des déchets, et au bout de sept huit ans, la RSE, l’ESG ont été intégrées aux compétences.

Vous parliez de croissance externe. Est-ce que cela implique des implantations dans d’autres pays ?

Il n’y a pas une semaine où nous n’étudions pas un dossier d’acquisition en France et à l’étranger. Même en Amérique du Nord, où on voit clairement des opportunités : il y a un creux de marché qui représente une période propice pour investir dans des sociétés à moins cher. Pour le moment, nous n’y sommes pas actifs. Et notre priorité reste l’Europe.

Depuis deux ans, nous avons été plus agressifs à l’international et nous avons signé des contrats en Suisse, en Allemagne, au Danemark, et plus récemment en Espagne et en Italie pour nos solutions HSE. Nous ne sommes pas exportateurs, à proprement parler, nous nous développons hors de France grâce à des partenaires, du type cabinets de conseil ou d’experts-comptables, qui sont des cautionneurs d’affaires et portent notre marque. Nous n’avons pas pour le moment de volonté d’implantation en soi, seulement pour maintenir des logiciels en place. Hors opportunité de rachat, nous ne créerons des filiales à l’étranger que lorsque nous aurons atteint une taille critique, en termes de volumes d’affaires. La France représente encore 90 % de notre activité avec 180 salariés à Laval, Paris, Lyon et Bordeaux, pour près d’un millier de clients dont la moitié des entreprises du CAC 40.

Laval # Numérique # Services aux entreprises # PME # Commercial # Production # International