381,6M€ de chiffre d'affaires en 2008. 5.300 collaborateurs. Le groupe Akka Technologies est devenu, en25 ans, un acteur de poids dans le domaine de l'ingénierie. Pourtant, Maurice Ricci semble avoir traversé ce quart de siècle sans changer. «C'est toujours le développement qui me passionne: c'est bien plus intéressant que de gérer la crise!», confie-t-il. Pour lui, un entrepreneur n'est pas fait pour créer de la détresse sociale, mais de la valeur, de la richesse. D'où un certain malaise en ce moment, même s'il assure qu'Akka Technologies n'est pas en peine, grâce à sa stratégie des équilibres mise en place en 1999. «Un dirigeant qui n'est pas habité par le doute est en danger», reconnaît-t-il. Et c'est ce qui le fait avancer. Avec, en prime, une bonne dose de volonté. Comme au démarrage, avec un associé, en 1984, de sa première société, Hysys, spécialisée dans l'ingénierie pour l'industrie automobile.
Exigence forte
«J'avais 23 ans à l'époque, et pas grand-chose à perdre...Les comptes étaient rouge vif, mon salaire très faible, cela demandait beaucoup de travail... Je ne crois toujours pas aux beaux business plan. Le plus important, c'est l'énergie que l'on est capable de déployer.» Un caractère bien trempé, un personnage que l'on devine entier, plein d'énergie, pragmatique. Difficile d'imaginer Maurice Ricci ailleurs que dans un costume de décideur. «Mes parcours scolaire et militaire ont démontré que j'avais plus de facilité à donner des ordres qu'à en recevoir...», confirme-t-il. Pour autant, le P-dg, qui croit «à la vraie proximité du manager», est adepte d'une organisation décentralisée de son groupe, réparti sur plusieurs sites en France et à l'étranger. «Mes proches me prêtent une exigence très forte, que je commence par m'infliger. J'aime et je veux faire confiance, donc je délègue. En revanche, j'aime être informé.» Et gare à celui qui s'écarterait du droit chemin... «L'autonomie donnée à une personne ne veut pas dire indépendance: je suis très patient quand les choses vont dans le bon sens mais quand je n'y crois plus je suis assez brutal.»
Fidèle à ses passions
Issu d'une famille italienne modeste, Maurice Ricci a choisi de s'établir à Lyon pour sa situation géographique, à moins de deux heures des montagnes. Pour vivre pleinement sa passion des grands espaces. Encore aujourd'hui, c'est à Serre-Chevalier ou dans le Sud, qu'il aime prendre du recul, le week-end, en famille. Loin de la ville dont il fuit les mondanités, même s'il joue le jeu pour représenter sa société. 363e fortune de France (avec sa famille), selon le classement 2008 du magazine Challenges, Maurice Ricci est fidèle à ses valeurs: ses passions d'hier, le sport automobile et la montagne, sont toujours aussi vives. «Le saucisson que j'emporte pour mon pique-nique en randonnée est peut-être de meilleure qualité qu'avant, voilà tout», admet-il en riant. Épicurien, il adore cuisiner. Des recettes italiennes ou thaïes en particulier, du poisson de préférence. Quand il en a le temps, il reçoit ses convives, amis ou clients, dans sa cuisine, les mains aux fourneaux. «Je ne rêve pas de grandes soirées mondaines, d'oeuvres d'art... J'aime la simplicité.»
Le souci de la pérennité
En revanche, il a conscience que le regard des autres sur lui a évolué. Mais le P-dg de l'entreprise familiale (55,8% de l'actionnariat) ne fait pas d'Akka Technologies une affaire personnelle. «La plus grosse responsabilité d'un entrepreneur est de construire la personne morale. Appeler une entreprise par son nom est en ce sens une erreur.J'organise l'entreprise pour sa pérennité, pas pour la transmettre. La notion de famille va au-delà du nom: on peut davantage parler de famille Akka que de famille Ricci!»
En 25 ans, il a bâti depuis Lyon un solide groupe d'ingénierie et de conseils, Akka Technologies. Mais c'est avec la même fraîcheur qu'il aborde sa mission: il aime développer, aller de l'avant. Alors la crise, autant dire que ça l'ennuie. À moins d'en faire un nouveau tremplin...
Claire Pourprix