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Matisec mise sur l’export pour accélérer son développement
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Matisec mise sur l’export pour accélérer son développement

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Le spécialiste des équipements de protection individuelle pour les risques extrêmes a investi 4 millions d’euros dans la construction d’une nouvelle usine en Tunisie, destinée à doubler ses capacités de production. De quoi lui permettre d’accélérer à l’international, où il vise une croissance de 30 %. Avec, en ligne de mire, le continent africain et le marché du nucléaire chinois.

Les équipements de Matisec protègent les professionnels pompiers, militaires, opérateurs industriels contre les risques mortels ou irréversibles — Photo : Marie-Amélie Mine

Des pompiers du département du Rhône, aux membres de la protection civile du Cameroun, en passant par les soldats de l’armée suédoise, tous sont équipés d’EPI (équipements de protection individuelle) pensés et fabriqués par la PME iséroise Matisec (210 salariés ; 30,8 M€ de CA en 2024). Implantée depuis 50 ans dans le nord de l’Isère, cette entreprise conçoit, produit et commercialise des équipements de protection individuelle de catégorie 3, adaptés aux environnements les plus dangereux et les risques extrêmes, pour des métiers aussi variés que la Défense, le nucléaire, la gestion des déchets ou l’industrie de la chimie.

Pour marquer son passage à l’âge de la maturité, l’entreprise vient d’amorcer une nouvelle phase de son développement avec une expansion qu’elle veut ambitieuse à l’international. "Notre objectif est de remporter de nouveaux marchés pour atteindre un objectif à moyen terme de plus de 20 % de nos ventes à l’export", explique Franck Laurent

Pour ce faire, la société devrait pouvoir compter sur les synergies avec son actionnaire, le groupe américain Ocenco et les réseaux de ses filiales étrangères. Leader sur le marché des équipements d’évacuation d’urgence, l’américain Ocenco, qui possède également une filiale suédoise, Interspiro fabricant de protections respiratoires et CTS, producteur italien de bouteilles pour le gaz comprimé, a racheté l’intégralité de Matisec en 2007. "Grâce à Interspiro, nous avons par exemple remporté un contrat pour livrer 17 000 tenues auprès de l’armée suédoise en cas d’attaque chimique", explique le dirigeant.

Un nouveau site de production en Tunisie

Autre étape importante de ce développement à l’export : la construction d’une nouvelle usine, en Tunisie, dédiée à la fabrication de tenues ventilées, qui devrait doubler les capacités de production de la PME. "Nous avions un site de production en Tunisie depuis l’an 2000, mais n’étions pas propriétaires des murs. L’usine commençait à être trop petite et nous avons donc décidé de nous agrandir à quelques kilomètres de Tunis", explique encore Franck Laurent.

Coût de l’investissement : 4 millions d’euros financés en fonds propres pour un site de 10 000 m² doté de nouvelles machines de découpe, opérationnel d’ici la fin de l’année.

La PME possède par ailleurs un site de production à Vaulx-Milieu (Isère) où sont fabriquées les tenues sur mesure et où sont également situés son siège et son centre de R & D. "Matisec détient une troisième usine au Portugal, pour la production des tenues et heaumes étanches ventilés ainsi que des tenues de protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique)", poursuit le dirigeant.

L’Afrique en priorité

L’Afrique devrait constituer une cible prioritaire pour l’expansion à l’international de Matisec, afin de profiter de sa présence physique sur le territoire. "C’est un continent en forte croissance et qui est encore sous dimensionné au niveau des EPI", poursuit le dirigeant. L’entreprise a d’ailleurs conclu l’an dernier un contrat avec la protection civile du Cameroun, après qu’un fabricant aindinois de camions incendie a remporté un appel d’offres dans le pays. "L’entreprise Desautel a conclu un accord pour la livraison de 350 camions au pays. Elle nous a embarqués avec elle pour équiper ces véhicules d’appareils respiratoires", raconte le dirigeant.

L’Europe de la défense

Matisec, pour qui le secteur de la Défense représente 15 % à 20 % de l’activité, compte également tirer parti du contexte géopolitique actuel, alors que la plupart des pays européens ont engagé une politique de réarmement. "Beaucoup d’États ont pris conscience ces derniers mois que les équipements de leur armée s’étaient endommagés ces vingt dernières années et qu’ils allaient devoir se rééquiper", explique le dirigeant. Qui estime toutefois ne pas pouvoir compter uniquement sur ce secteur, les budgets pouvant être réalloués très rapidement, en fonction de l’évolution géopolitique. "Nous avons toujours souhaité conserver un équilibre entre nos trois activités, les risques incendies et secours, la Défense et le nucléaire", poursuit le dirigeant.

Le nucléaire chinois en ligne de mire

Un marché devrait en revanche représenter une source de revenus récurrents pour l’entreprise iséroise : celui du nucléaire — qui représente à ce jour 35 % à 40 % de l’activité de Matisec — et notamment le nucléaire chinois. "La Chine est déjà notre premier pays en termes d’exportation ; nous sommes le fournisseur numéro un pour les clients du nucléaire chinois, dont les centrales sont copiées sur le savoir-faire français et qui possèdent des cahiers des charges identiques à ceux d’AREVA", poursuit le dirigeant.

Selon le directeur général de Matisec, ce marché va continuer de croître alors que le nombre de centrales devrait doubler dans le pays ces dix prochaines années.

Quid du risque de copies des modèles Matisec ? "Nous avons déjà été copiés en Chine, malgré nos brevets et possédons 6 ou 7 concurrents dans le pays" avance Franck Laurent. Malgré cela, Matisec parvient à tirer son épingle du jeu et continue de remporter les appels d’offres grâce à l’expertise française en matière de nucléaire.

L’Amérique du Nord en suspens

Enfin, l’entreprise a engagé il y a un an une réflexion stratégique pour développer un scaphandre de protection chimique pour le marché américain. "Nous sommes en train de mener une étude avec l’aide de Bpifrance pour étudier le besoin du pays en la matière", explique Franck Laurent. "Nous n’avions pas imaginé à l’époque le virage politique pris par les États-Unis depuis l’élection présidentielle", avoue le dirigeant.

Malgré l’arrivée au pouvoir de Donal Trump et la problématique des tarifs douaniers, le continent représente une belle opportunité de développements futurs pour Matisec : "nous venons de remporter une importante commande dans le nucléaire canadien", explique le directeur commercial de Matisec.

L’Amérique du Sud n’est pas en reste et accepte les EPI aux normes CE. "Tous les EPI doivent remplir des normes européennes très strictes afin d’obtenir le marquage CE. Nos produits suivent un parcours précis de certification puis d’homologation avant d’être certifiés et chacun de nos sites est inspecté pour vérifier que les normes sont respectées", avance le dirigeant.

De nombreux nouveaux marchés en perspective, donc pour la spécialiste des EPI, dont l’activité a progressé de 5,5 % en moyenne ces quatre dernières années. "Notre internationalisation a déjà commencé à se concrétiser avec la signature de plusieurs contrats emblématiques en 2024 et depuis le début de l’année. Nous allons désormais accroître notre présence sur les marchés stratégiques clés à l’international, avec un objectif à moyen terme de plus de 20 % de nos ventes à l’export", conclut Franck Laurent.

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