Marseille Provence 2013 : Les élus troublent le jeu

Marseille Provence 2013 : Les élus troublent le jeu

Après plus d'un mois de suspense, l'adhésion d'Aix-en-Provence à Marseille Provence capitale européenne de la culture 2013 semble acquise. Celle de Toulon, en revanche, reste plus hypothétique. Ces querelles de clochers, nées dans le champ politique, ne remettent-elles pas en question le fameux ?jeu collectif? prôné par les acteurs économiques?Enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoy

L'information est tombée le 24janvier dernier: Maryse Joissains-Masini, député-maire d'Aix-en-Provence, devrait bel et bien acter l'adhésion de sa commune, ainsi que celle du Pays d'Aix, à l'événement Marseille Provence, capitale européenne de la culture 2013. La conclusion d'un long feuilleton à rebondissements qui a débuté en décembre2010, lorsque l'élue avait retiré au dernier moment cette signature des délibérations du conseil de la communauté d'agglomération. Le motif invoqué? L'accord de fusion des universités Aix-Marseille, signé le même jour, ne prévoyait pas l'implantation en terres aixoises d'un siège stratégique. L'élue a alors posé un ultimatum clair: pas de siège stratégique, pas d'adhésion à Marseille Provence. Un coup de théâtre politique qui a à l'époque suscité de la part de Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, quelques réflexions acides: «Il y a peut-être telle ou telle ville qui hésite à venir avec nous, comme ces enfants boudeurs qui croient punir leurs parents en ne mangeant pas de dessert. Mais comme pour la culture, 2013 n'est régie que par une seule règle, une seule idée: la liberté». La nouvelle a également été accueillie avec stupeur par le monde économique local, d'autant qu'elle coïncidait avec un autre rebondissement, qui n'a celui-là pour le moment pas trouvé d'issue définitive: le repli de Toulon Provence Méditerranée, pourtant historiquement engagé dans l'aventure Marseille Provence 2013. Le territoire toulonnais a en effet décidé de se positionner en simple partenaire ?associé?. «Notre décision ne remet pas en cause la dynamique du territoire à laquelle nous avons adhéré en 2007, mais en 2010, le contexte économique est différent», commente cependant Valérie Paecht-Luccioni, directrice générale adjointe de TPM. Les douze maires de l'agglomération ont ainsi pris la décision le 6décembre dernier de ne pas poursuivre le financement de MP 2013 au-delà du million d'euros déjà versé, sur les 7,35millions prévus. Une décision pragmatique, liée à des contraintes de budget, qui ne se veut surtout pas ?politique ?. Mais qui prive MP 2013 de plus de 6M€ de financement public... «Nous avons donc demandé à MP 2013 de prendre en compte cette nouvelle donne et de ne plus nous considérer comme territoire intégré, mais ?associé?, en faisant toutefois figurer les projets de nos équipements dans la programmation officielle», poursuit Valérie Paecht-Luccioni.




15M€ en jeu

Un compromis qui ne satisfait pas Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence, par ailleurs président de l'association Marseille Provence 2013 et artisan de tête de la victoire marseillaise: «La situation toulonnaise est complexe, car leur prise de position semble définitive. Leur proposition - devenir une sorte de membre à mi-temps de Marseille Provence 2013 - n'est pas acceptable. C'est une véritable marche arrière. Soyons clairs: on ne paye pas pour voir: on paye pour réussir ce projet! Pour Aix-en-Provence, c'est un peu différent. C'est une démarche plus logique, plus compréhensible. Même si à Bruxelles, on a été très choqué d'apprendre ces difficultés, et même si le côté ?fait-divers? de ce retrait soudain et inattendu n'a pas forcément été très bien perçu, Maryse Joissains a raison de vouloir qu'Aix soit respectée». Avant que le couperet ne tombe et que l'adhésion d'Aix-en-Provence à l'aventure Marseille Provence 2013 ne soit confirmée, Bernard Latarjet, directeur général de l'association organisatrice, était, lui, bien plus inquiet: «La communauté du Pays d'Aix avait jusqu'à fin janvier pour se positionner clairement. Toulon Provence Méditerranée, elle, était déjà membre de l'association, mais a choisi un ?régime spécial? qui n'est pas compatible avec notre charte. Cette association, soit on est dedans, soit on est dehors. On ne peut pas être entre les deux». Concrètement, au-delà des projets culturels intimement liés à ces deux villes, la crainte de Bernard Latarjet était également financière. «Ces deux territoires devaient apporter 15M€ au projet, sur un budget total de 98M€», rappelle-t-il.




«Rester optimiste»

Si, à l'heure où nous bouclons ce numéro, la question toulonnaise n'a pas encore trouvé d'issue officielle, la position aixoise, elle, s'est clarifiée, Maryse Joissains-Masini ayant obtenu gain de cause dans le dossier de l'université. Pour autant, de ces multiples rebondissements naît une question: le territoire est-il toujours capable de jouer ?collectif?, comme le prônent avec ferveur les acteurs économiques locaux? «Bien sûr, le jeu collectif, la solidarité active, la conscience territoriale: c'est tout cela qui est menacé par ce type de remises en cause, estime Bernard Latarjet. Mais je reste optimiste. Le jury européen avait été très positivement sensible au caractère collectif de notre candidature, et c'est toujours fondamental aujourd'hui...» Rendez-vous est donc désormais pris le 17février, pour la présentation officielle des grands événements qui jalonneront l'année Capitale de Marseille Provence.