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Marseille : Le monde économique monte au front pour la métropole
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Marseille : Le monde économique monte au front pour la métropole

Métropole ou pôle métropolitain ? Face aux querelles qui animent les élus des Bouches-du-Rhône, le monde économique local se mobilise. Au sein du collectif "Mon entreprise, ma ville", entrepreneurs et salariés plaident pour une métropole marseillaise.Une enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty

L'échéance est sans ambiguïté. La réforme des collectivités territoriales devra s'appliquer dans les prochains mois, et ce, quoi qu'il en coûte. Le préfet, en concertation avec les élus locaux, doit ainsi produire très rapidement un "Schéma départemental de coopération intercommunale". Un autre, ou le même que celui qui avait été rejeté en bloc par les élus des intercommunalités des Bouches-du-Rhône en avril dernier? À l'heure où nous mettons sous presse, rien ne semble véritablement tranché. Une seule certitude: le climat politique local tend plus que jamais vers le "Tout sauf Marseille". Et, aujourd'hui encore, les élus locaux semblent davantage enclins à se positionner pour la création d'un "pôle métropolitain" - structure coopérative visant des actions d'intérêt métropolitain, mais sans fiscalité propre et sans compétence de plein droit - que pour celle d'une "métropole" - établissement de coopération intercommunale, avec une fiscalité propre et des compétences de plein droit récupérées sur les collectivités existantes. Deux options offertes par la loi, qui pourraient aisément être perçues comme de simples concepts. Et pourtant, pour le collectif "Mon entreprise, ma ville", créé lors des dernières élections municipales à l'initiative de représentants de salariés et de chefs d'entreprises, et réactivé à l'occasion de ce débat, la différence entre les deux solutions est loin de n'être que sémantique. «Le pôle métropolitain, c'est un petit arrangement entre ennemis. C'est "tous unis pour ne rien faire"», s'indigne Jean-Luc Chauvin, président de l'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13), qui voit dans cette option une «nouvelle couche dans le millefeuille administratif, sans gouvernance et sans véritables moyens».




Patrons et salariés main dans la main ?

Un jugement sévère, qui a poussé le collectif à taper du poing sur la table le mois dernier. Son objectif? Convaincre les élus locaux de revenir sur leur position. Ses armes? L'organisation d'un grand débat public, en présence de 350 participants, mais aussi et surtout la publication d'un sondage qui tendrait à démontrer que la métropole existe déjà bel et bien au quotidien pour les habitants du territoire. «Il y a une dispersion des destinations des salariés dans leur mobilité, qu'elle soit professionnelle ou de loisirs, constate Julien Goarant, de l'institut Opinionway. Ils ne sont pas enfermés dans leurs communes et leurs intercommunalités. Le territoire est bien plus large que les cadres institutionnels actuels». Un constat qui, selon ce sondage, pousse les salariés à se positionner pour la naissance d'une véritable métropole plutôt que pour celle d'un pôle métropolitain. Quant aux chefs d'entreprises, interrogés eux aussi, ils seraient plus de 75% à plébisciter cette organisation. Patrons et salariés scandant d'une même voix leur volonté de voir naître une métropole, face à des élus opposés à cette solution? Étonnant à première vue, le phénomène trouve pourtant son explication. «Nous sommes dans un département quasi sinistré, avec des poches de précarité très importantes, estime Gilbert Chauvet, président de CFE-CGC Paca. Notre démarche n'est pas ésotérique ou philosophique, elle est rationnelle, pragmatique. Seule la métropole pourra permettre de régler efficacement les problèmes liés aux transports et au logement». Un avis partagé par Alain Comba, de l'union départementale Force Ouvrière: «Aujourd'hui, la situation nous oblige à agir. Il n'est plus admissible de voir des personnes se faire radier de Pôle Emploi pour des problèmes de transports». Un tacle destiné au Syndicat mixte départemental des transports, créé en 2009 et toujours en gestation. «Il faut dire qu'en la matière, nous partons un peu du Moyen-Âge», concède André Guinde, vice-président du conseil général, structure à l'initiative du projet. Pour les membres du collectif, tel est bien le problème du territoire: l'absence de coopération entre les différentes intercommunalités.




Besoin de vitesse

«Il faut un vrai courage politique, martèle Jean-Luc Chauvin. Pourquoi d'autres territoires y arriveraient-ils, et pas nous? Jusqu'à présent, nos élus ne nous ont pas démontré leur capacité à fonctionner ensemble. Nous demandons la création d'une métropole, tout simplement parce que le territoire en a besoin. Les barrières administratives actuelles ne sont plus adaptées à la vie quotidienne». Et notamment à celle du monde économique, qui s'affiche en première ligne de ce combat. «Les entreprises ont besoin de vitesse, rappelle Philippe Brun, ex-directeur du site STMicroelectronics de Rousset. Aujourd'hui, les grands projets de territoire mettent 20, 30, 40 ans à se réaliser. Dans une métropole, nous pouvons espérer que la vitesse de choix et d'exécution sera plus rapide». Un souhait partagé par Christian Vernazza, P-dg de Mediaco: «Nous avons suffisamment perdu de temps. La métropole est la seule avancée à espérer». Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence, prône ainsi une fois de plus le jeu collectif : «Notre démarche n'est pas misérabiliste. Nous avons de l'ambition et la métropole y répond. Faisons-la, c'est urgent !»

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