Marseille : Interxion tisse sa toile sur le port

Marseille : Interxion tisse sa toile sur le port

Interxion (386,6 M€ CA 2015) a annoncé, mi-septembre 2016, la construction de deux data centers à Marseille deux ans après le rachat du Net Center de SFR. Le groupe néerlandais a choisi de reconvertir deux bâtiments désaffectés pour le port de Marseille , dont l’ancienne base navale allemande pour un investissement global de 180 M€. Ouverture des portes début 2018.

Ville stratégique où convergent 13 câbles sous-marins en fibre optique connectant au passage 3,5 milliards de personnes d’Afrique en Asie via le Moyen-Orient, Marseille attire les fournisseurs de data centers. « Les évolutions technologiques sont considérables, on peut relier Casablanca, le Caire, Djibouti en 4 millisecondes. Ville de transit, Marseille devient un hub informatique international qui attire de la production informatique pour des plates-formes de jeu en ligne, du cloud ou des applications Microsoft », explique Fabrice Coquio président d’Interxion France.
Les perspectives du marché sont telles que le data center « MRS1 » fruit de la reprise en 2014 du data center SFR situé avenue Roger Salengro ne suffit plus. « Nous devions trouver des espaces pour une extension et sécuriser nos infrastructures », précise Fabrice Coquio qui a signé un bail de 49 ans avec le port de Marseille pour l’occupation de deux bâtiments inutilisés depuis des années, tous deux situés près de la porte 4.
L’aménagement du data center MRS 2 encore soumis à l’obtention du permis de construire, sera bâti sur l’ancien hangar Fouré-Lagadec affecté à la réparation navale puis la maintenance industrielle de 1982 à 1995. Le site comprend deux hangars recouverts par une structure alvéolaire et des terre-pleins pour une superficie totale de 8000 m2. « Il faudra un an de travaux après le premier coup de pioche », annonce Fabrice Coquio qui espère une ouverture de ce deuxième data center de 4000 m2 début 2018. Sans attendre, il héberge déjà dans un mini data center aménagé des clients asiatiques connectés au câble sous-marin AAE-1 posé cet été par Tyco.

L’ancienne base navale allemande reconvertie en data center
Le « MRS 3 » sera construit sur l’ancienne base navale construite par les Allemands en 1942. Long de 232 mètres, le bâtiment permettait de recevoir dans 16 alvéoles 20 sous-marins reliés au bassin Mirabeau via un canal intérieur aménagé, disparu aujourd’hui. « Des fresques ont même été réalisées par des prisonniers allemands. Nous sommes tenus de les conserver », raconte Fabrice Coquio durant la visite de cette base de 9000 m2 le 13 septembre dernier.
Au lendemain de la guerre, le bâtiment a trouvé une nouvelle affectation dans le stockage pour les armées jusqu’en 1982 et pour les matières chimiques sous douane jusqu’en 2000. Le port a occupé une partie du site jusqu’en 2005.
Interxion devra composer avec les contraintes techniques notamment l’épaisseur des murs (1,85 m) et la couverture composée d’une dalle en béton armé de 5,5 m d’épaisseur.
« Nous ne voulons pas cacher le bunker mais le transformer en monolithe échoué sur une plage sur lequel viennent se fixer de la végétations, des algues, des coraux. Nous allons coiffer le tout avec un « diamant », une structure translucide poreuse qui hébergera des bureaux. Les deux bâtiments représentent un investissement de 180 à 200 M€ », détaille le dirigeant de la filiale française. Les deux data centers consommeront 40 MW par an. A titre de comparaison, Airbus Helicopters, le plus gros consommateur d’électricité des Bouches-du-Rhône absorbe 11 MW !
Cette opération immobilière devrait s’accompagner de l’aménagement d’une nouvelle bretelle, l’accès au GPMM étant réglementé. « Le MRS 2 va accueillir entre 200 et 250 clients par jour », précise Fabrice Coquio.
Pour Renaud Paubelle, nouveau directeur de l’aménagement du port, l’arrivée d’Interxion constitue la première brique d’un smartport. Dans un contexte de chute des trafics dans les bassins Est, le port (actionnaire de MGI qui prépare le passage d’AP+ au nouveau cargo community system CI5) propose à ses clients compagnies maritimes, transitaires « d’améliorer la connectivité et de développer de nouvelles filières ». Le projet ne drainera donc pas de tonnage supplémentaires pour le port et peu d’emplois directs. A l’ouverture du MRS 2, Interxion verra ses effectifs passer de 11 à 20 salariés.