Manurhin se tourne de plus en plus vers le Moyen-Orient. Comptant parmi les principaux débouchés du fabricant mulhousien de machines de cartoucherie, cette région du monde lui apporte aussi l'argent frais dont il a besoin : le prêt bancaire de 17 M€ décroché sur place fin juin « va financer notre croissance des douze prochains mois », souligne Patrick Akcelrod, président du directoire. C'est également au Moyen-Orient que Manurhin avait remporté fin 2013 son plus gros contrat : 60 M€ pour une société publique de défense du sultanat d'Oman. Les premières livraisons de machines pour une usine locale de cartouches ont débuté. Une succursale en cours de création accompagne la réalisation du marché. Manurhin sait toutefois ne pas se rendre dépendant de cette seule région relativement instable. « Nos vecteurs de croissance se situent également sur l'ensemble du continent américain et en Asie. Le hors Europe gagne en importance, il représente 80 % de l'activité », poursuit Patrick Akcelrod.
Situation financière assainie
Le carnet de commandes est à fin 2014 à 115 M€, soit l'équivalent de plus de deux ans d'un chiffre d'affaires lui-même en forte augmentation (+ 31 % l'an dernier). Les prospections laissent présager une nouvelle croissance d'activité et d'effectifs, après les 40 créations d'emploi (portant l'effectif à 160 personnes) l'an dernier à Mulhouse. La situation financière paraît définitivement assainie. Le bénéfice net a progressé de plus de moitié en 2014 (résultat net à 6,1 M€) pour dégager une marge nette de 12 % « parmi les plus élevées du secteur de la Défense en France », selon Patrick Akcelrod. Négatifs pendant trois exercices, les capitaux propres sont revenus dans le vert, à 7 M€.
Hausse de la sous-traitance
« Le potentiel de marché atteint au moins 500 M€ sur les cinq ans », complète Rémy Thannberger, président du conseil de surveillance. Manurhin estime ne pas pouvoir surfer seul sur cette grosse vague. « La sous-traitance de machines n'a cessé de croître et continuera à occuper une place prépondérante dans les années à venir », annonce l'entreprise dans son rapport annuel. Elle ajoute dans la foulée être consciente des risques induits de problèmes de qualité des fournisseurs, pour des pièces à tout le moins sensibles. Afin de « minimiser ce risque », elle « accompagne les nouveaux sous-traitants » vers l'atteinte du degré de fiabilité requis.
Deux écueils
Dans ce contexte favorable, le « leader mondial » des machines de munition de moyen calibre fait face à deux écueils principaux : ses solutions de financement sur le long terme, si les banques françaises persistaient dans leur refus de concours, et la structure de son actionnariat. Avant de remettre sur l'ouvrage un éventuel rapprochement avec des concurrents européens, Manurhin doit gérer l'obstruction de son premier actionnaire nominal, Delta Defence. Détenteur de 33,86 %, le groupe slovaque persiste dans son opposition à toute augmentation de capital, et plus généralement à la stratégie de la direction opérationnelle dont il a été évincé. Sans pouvoir formuler un contre-projet. Selon les dirigeants mulhousiens, l'opacité de son actionnariat représente un obstacle majeur à la quête de fonds.
Manurhin
(Mulhouse) Président du directoire : Patrick Akcelrod CA 2014 : 50,6 M€ 160 salariés 03 89 62 30 00