C'est une entreprise très discrète dont le nom est pourtant bien connu des amateurs de pêche du monde entier. Installée à Contes, près de Nice, Mepps (45 collaborateurs, CA : 6 M€) fabrique des cuillères de pêche. Ces leurres métalliques dont elle estime avoir "70 % du marché mondial".
Une invention devenue nom commun
"Le nom est vraiment associé au produit, assure Rodolphe Jacques, directeur général de l'entreprise. Même quand les gens vont acheter une cuillère qui n'est pas fabriquée par Mepps, ils cherchent une Mepps, c'est entré dans le langage commun du pêcheur. La cuillère, c'est Mepps. Et Mepps, c'est la cuillère." Un peu comme la marque Frigidaire est devenu l'objet désigné.
Une fabrication française dont la recette du succès n'a pas changé depuis ses débuts et l'invention de ce leurre par le fondateur de l'entreprise, André Meulnart, en 1938. Plus qu'un objet, celui-ci a inventé un concept pour attirer le poisson en eau douce, brochet, omble, truite, saumon.
"Quand la cuillère va dans l'eau et que l'on tire sur la ligne, elle tourne, explique Rodolphe Jacques. En tournant, elle émet des vibrations proches de celles du poisson. Or, les carnassiers vont d'abord réagir à une vibration qui leur rappelle leur proie, plutôt qu'à une forme. Après intervient la couleur, qui va être le signe déclencheur et que l'on va adapter à la couleur de l'eau ou à la couleur du ciel, ou encore au comportement du poisson sur certaines parties de la saison."
Ainsi, de toutes ces couleurs plus ou moins vives, de ces dorures ou argentures, des reflets ou pompons en fibres naturelles, rien n'est fait pour faire joli mais pour donner une illusion. Le tout garnit un catalogue de cinq gammes pour quelque 2 500 références.
Un marché mondial stable...
A partir de bandes de laiton, d'origine allemande, la fabrication se fait dans ses ateliers azuréens et pour une petite partie à la maison d'arrêt de Grasse.
"Nous ne sommes pas dans le profit absolu."
"Décolletage, traitement de surface, sérigraphie, tampographie, montage, conditionnement, nous faisons tout ici. Ainsi, on maintient notre marge et nos coûts. Et comme on arrive à garantir cette rentabilité, pourquoi aller ailleurs pour gagner un centime ou deux par cuillère ? Nous ne sommes pas dans le profit absolu. Le marché est ce qu'il est. S'il n'y a pas 50 % de pêcheurs de plus, on ne vendra pas 50 % de produits de plus."
...malgré les tensions géopolitiques
Mepps vend – via un distributeur exclusif par pays – aux quatre coins du monde, jusqu'au Bhoutan, en Mongolie ou au Pakistan. La Russie était l'un de ses plus gros marchés jusqu'à la guerre en Ukraine et les sanctions financières imposées par l'Europe aux banques et établissements financiers. Le marché Canadien a compensé ces pertes en boycottant les produits américains pour se rabattre sur du Made in France.
Une parenté américaine
Ces trois mots gravés sur chaque cuillère, sauf celles vendues aux Etats-Unis. Si toutes les pièces qui les composent sont bien fabriquées sur la Côte d'Azur, elles sont assemblées sur le sol américain pour bénéficier du tampon "made in USA". Ce geste ultime est en effet réalisé dans l'atelier Mepps du Wisconsin.
Depuis les années cinquante, la société française appartient en effet à la petite entreprise familiale Sheldon, du nom de son fondateur, dont le petit-fils s'apprête à prendre la suite. Depuis, rien n'a changé, "parce que ça marche et que le produit fonctionne". "Nous ne sommes pas dirigés par des financiers mais par une famille qui se transmet une société, heureuse de faire travailler des gens autour et qui nous laisse toute autonomie."