C’est une initiative encore singulière en France qu’a pris l’usine de fabrication de plaques de plâtre Siniat, qui regroupe une centaine de salariés à Saint-Loubès. Cette usine, intégrée à Etex France Building Performance, filiale française - basée à Avignon, dans le Vaucluse - du groupe belge Etex (13 500 salariés, 3,8 Md€ de CA) qui l’a rachetée en 2011, est la première du groupe à réutiliser des eaux usées de la station d’épuration de la commune pour produire ses plaques de plâtre.
L’usine, installée sur 14 hectares dont 40 000 m2 couverts et où transitent chaque jour une soixantaine de camions, a investi 915 000 euros dans un nouveau dispositif, actif depuis le mois de juillet 2024.
L’entreprise s’est en fait engagée dès 2010 dans une réflexion sur la réduction de l’utilisation de l’eau dans son processus de fabrication très hydrophage mais n’ayant pas nécessairement besoin que l’eau utilisée soit potable. Le processus s’est déployé de manière progressive.
Premiers captages
En 2013, l’usine a installé trois bassins de 3100 m3 chacun pour collecter et recycler les eaux de pluies sur les toitures et voiries. Elle a ainsi pu capter 45 000 m3 annuels d’eau de pluie, ce qui a réduit considérablement sa consommation d’eau potable, passée à 140 000 m3 utilisée par an à 85 000 m3 entre 2014 et 2018.
L’usine a tout de même dû tenir compte d’un accroissement de sa production, qui a fait grimper sa consommation d’eau potable jusqu’à 120 000 m3 par an en 2019-2020.
"La captation des eaux de pluie, c’est bien, mais ça n’est jamais suffisant", affirme François Richard, directeur industriel d’Etex France BP. L’usine a alors investi 150 000 euros pour agrandir l’un des bassins de captation des eaux de pluies, redimensionner les circuits de pompage pour alimenter l’usine et créer une réserve incendie. Elle a augmenté ses capacités de captation de 20 000 m3 en 2021.
Recycler les eaux grises
En 2022, Siniat a décidé d’aller plus loin dans la démarche. "Tout est parti d’un épisode de sécheresse que nous avons connu il y a trois ans dans le sud-est de la France. Nous avons alors structuré une équipe sur le sujet de l’eau, qu’on a baptisé le "Blue Treasure Project". C’était en fait un comité de pilotage sur l’eau, qui associait notamment l’ensemble des directeurs industriels", raconte François Richard.
L’entreprise a alors réfléchi à une manière d’augmenter sa part d’eau recyclée sur plusieurs sites. L’opportunité de l’usine de Saint-Loubès a été la première à se présenter. "On savait qu’on pouvait aller plus vite sur cette usine, c’était pour nous une opportunité d’apprendre, d’expérimenter", poursuit le directeur industriel. L’usine valide alors la faisabilité technique et économique de la réutilisation (moyennant recyclage par filtration) des eaux grises de la station d’épuration de cette commune de 10 000 habitants.
Elle a bénéficié d’un décret national du 10 mars 2022 encadrant cette utilisation. En Gironde, un arrêté préfectoral du 31 juillet 2023 a autorisé Siniat à substituer 50 000 m3 d’eau potable par des eaux usées. C’est l’aval qu’il attendait pour se mettre en ordre de marche.
Un investissement "viable"
"On a investi dans des tuyaux, un système de filtration et un bassin de filtration naturelle à base de roseaux. Le système de filtration est un dispositif supplémentaire, en périphérie du bâtiment actuel, avec un pilotage entièrement automatisé", détaille François Richard. "Les autorités locales, l’agence de l’eau Adour Garonne et les collectivités ont joué un rôle moteur. Il y a eu un élan assez incroyable qui nous a permis d’avoir cette réactivité, sachant qu’il n’y avait au départ pas de contraintes techniques identifiées pour la faisabilité du projet sur ce site".
Siniat espère faire grimper sa part d’utilisation d’eaux recyclées à 120 000 m3 par an, soit jusqu’à 75 % du volume nécessaire à la fabrication de ses 30 millions de m2 de plaques par an.
"On peut faire du développement durable sans être dans la décroissance. Quand ils sont bien calibrés, ces investissements sont viables", assure Frédéric Guetin, directeur général d’Etex France BP. Le fabricant de plaques de plâtre souhaiterait reproduire ce procédé sur son usine de Carpentras en 2026.