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Chemdoc industrialise le recyclage des membranes de filtration
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Chemdoc industrialise le recyclage des membranes de filtration

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Fabricant d’unités purifiant et recyclant les eaux de process, l’héraultais Chemdoc lance un programme d’innovation collaboratif budgété à 8,2 millions d’euros. La finalisation du procédé, donnant une deuxième vie aux membranes de filtration, se traduira d’ici 2030 par une nouvelle usine, pour un investissement de 4 millions d’euros supplémentaires.

Chemdoc prévoit d’utiliser des membranes reconditionnées pour ses systèmes de réutilisation des eaux usées de process — Photo : Chemdoc

eLes besoins croissants en matière de "reut" (réutilisation des eaux usées traitées) se traduisent par une consommation élevée de membranes de filtration : 5 millions de ces équipements sont jetés dans le monde tous les ans, dont 800 000 en Europe. Devant ce constat, la PME héraultaise Chemdoc (55 salariés, CA 2024 : 6,4 M€), fabricant de systèmes pour le traitement des eaux industrielles, lance un programme d’innovation associant les laboratoires INSA Toulouse (Institut national des sciences appliquées) et l’Institut européen des membranes de Montpellier. L’objectif est de recycler et de revaloriser les membranes afin de "rendre l’économie circulaire encore plus circulaire", selon le directeur général de Chemdoc, Salvador Perez.

"Chemdoc a finalisé, ces dernières années, un pilote pour la reut de l’eau dans l’agro-industrie répondant à des normes de qualité sanitaire élevées. Mais nous utilisons des membranes qui ne sont pas conçues pour ça et qui sont chères. Avec ce programme de R & D appliquée, nous allons récupérer, nettoyer et transformer les membranes usagées, de sorte qu’elles aient les qualités séparatives exigées par notre procédé", resitue le dirigeant.

Une exploitation commerciale anticipée

Prévu pour finir en 2030, ce programme d’innovation dispose d’un budget de 8,2 millions d’euros : Chemdoc apporte 3 millions, dont 2 millions de subventions qu’il vient d’obtenir dans le cadre du Plan France 2030. La démarche se traduira d’abord, dans les laboratoires, par une phase de recherche (3 thèses) visant à déterminer les gammes de membranes dont le consortium a besoin, puis à stabiliser les eaux traitées grâce à ce procédé de "reut". Puis, en 2028, Chemdoc dotera son usine d’un banc d’essai industriel pour faire les premières expérimentations. Mais la PME prévoit, dès la troisième année, d’intégrer ces membranes transformées à ses unités de recyclage et de réaliser ses premières ventes.

Un nouveau site de production dédié

De plus, ce programme de R & D, une fois arrivé à son terme, se traduira pour Chemdoc par la construction d’une nouvelle usine dédiée au recyclage de membranes. Sans attendre, la PME lancera les premières démarches d’acquisition foncière dès 2026, dans une zone proche de son usine actuelle (d’une surface de 800 m2) située à Clermont-l’Hérault. Elle prévoit d’acheter un terrain de 8 000 m2, pour y bâtir un nouveau site de production de 2 000 m2, injectant au total 4 millions d’euros dans l’opération.

"Les grands acteurs industriels sont partants, de longue date, pour la création d’une filière de recyclage des membranes. Cette usine sera la première pierre de cette démarche unique en France", se réjouit Salvador Perez. Les domaines d’applications visés sont l’agro-industrie, les énergies vertes (comme les usines de production d’hydrogène, qui doivent avoir accès à l’eau) ou encore l’irrigation (avec des eaux traitées issues des stations d’épuration).

Un système mobile et conteneurisé

Ce projet d’innovation industrielle, dans son ensemble, prolongera la stratégie commerciale actuelle de Chemdoc, qui affiche 9 millions d’euros de prises de commandes en 2025. La PME développe une flotte de systèmes conteneurisés de réutilisation des eaux usées traitées, qu’elle met à disposition des utilisateurs (industriels, collectivités, etc.) sous forme de contrats de courte ou de longue durée. "Ces conteneurs seront une destination de choix pour nos membranes transformées. Puis, dans un second temps, nous vendrons directement ces membranes", se projette le dirigeant.

La flotte fabriquée par Chemdoc se montera à 9 conteneurs en janvier 2026, après avoir investi 2 millions d’euros cette année. Dans les quatre ans à venir, l’entreprise table sur une flotte de 40 à 50 unités, au terme d’un programme global de 20 millions d’euros. "Nous créerons à cette fin un véhicule financier spécifique pour accueillir les investisseurs institutionnels, sur le modèle des énergies renouvelables", confie Salvador Perez. Lequel rajoute que, pour accompagner cette montée en puissance, Chemdoc vise aussi le cap des 100 salariés à l’horizon 2030.

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