«Bien, mais peut mieux faire» ou «encore un effort!». François Lépine a volontiers recours au registre du maître d'école pour commenter les dernières avancées du projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin. Au lendemain du 30esommet franco-italien, qui s'est déroulé début décembre à Lyon, le vice-président de la Transalpine se garde de tout excès d'optimisme. Certes, François Hollande et Mario Monti ont confirmé «l'intérêt stratégique» du projet qualifié de «priorité absolue» entre les deux pays. Mais des ombres demeurent. À commencer par la question financière. «On ne peut pas dire aujourd'hui quelle sera la part consacrée aux transports dans le prochain budget européen (2014-2020)», souligne François Lépine. Or, la France et l'Italie demandent 40% de subventions européennes pour financer les 8,5 Md€ de travaux nécessaires à la réalisation d'un tunnel transfrontalier de 57km. La balle est désormais dans le camp de Bruxelles. «Tant que le budget n'est pas arrêté, il reste encore un léger doute, mais les échos sont très positifs», rassure l'ambassadeur de France en Italie, Alain Le Roy.
Mise en oeuvre en 2028
Autre incertitude: la date de mise en service de la ligne ferroviaire à grande vitesse. À l'origine programmé pour 2023, puis 2025, le projet pourrait finalement voir le jour en 2028. Le creusement du tunnel de base nécessitant une dizaine d'années, cela signifierait un lancement du chantier vers 2018. «Ne soyons pas angéliques, estime Philippe Grillot, président de la CCI de Lyon. Il va falloir que la communauté économique soit très vigilante concernant l'avancée des travaux.» D'autant que le projet rencontre «encore des résistances au sein de l'administration française», admet Alain Le Roy. Sans oublier les nombreux opposants côté italien. Ce qui est sûr, c'est que l'accord signé le 30janvier 2012 entre la France et l'Italie doit être ratifié par les parlements respectifs des deux pays. Par ailleurs, la création d'un promoteur public unique franco-italien est annoncée pour le courant de l'année 2013. Celui-ci succédera à Lyon Turin Ferroviaire, qui a déjà réalisé les descenderies d'accès, pour poursuivre les études et engager les travaux de creusement. Lesquels débuteront, côté français, au pied de la descenderie de Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie).
Faciliter l'accès au marché italien
Malgré les résistances et les incertitudes, l'avancée du projet de LGV Lyon-Turin est considérée comme un signal très positif par les milieux économiques. Pour Jean-Paul Mauduy, président de la CCIR Rhône-Alpes et de CCI Alpmed, cet «outil de relance économique» générera «une réelle création de richesse pour tous les citoyens». Le chantier devrait en effet créer 6.000 emplois sur dix ans, dont 2.500 emplois directs. Et, à terme, la LGV permettra de franchir les Alpes en moins de deux heures, contre quatre actuellement. De quoi faciliter les flux de fret et de passagers. «Aujourd'hui, la France a le coût d'accès au marché italien le plus élevé d'Europe», souligne à ce titre Jean-Paul Mauduy. Qui met aussi en avant l'aspect environnemental du projet qui doit reporter vers le rail 700.000 poids lourds par an. Soit l'économie de 3millions de tonnes de CO2. L'équivalent d'une ville de 300.000 habitants.
L'engagement en faveur de la liaisonferroviaire a été confirmé lors du dernier sommet franco-italien, à Lyon. Mais le projet rencontre des résistances. Le montant des aides européennes et la date de mise en service restent encore à préciser.