Après plusieurs mois très difficiles, marqués par une crise de liquidité et un recentrage contraint, le spécialiste des processeurs isérois Kalray (130 salariés) commence à entrevoir les effets de sa mue stratégique. La société a ainsi dévoilé pour 2025 un chiffre d’affaires consolidé de 16,5 millions d’euros, conforme à ses attentes, et surtout une nette amélioration de sa rentabilité.
Recentrage stratégique
Ces résultats interviennent après une année de transformation profonde. Confronté à des tensions financières, Kalray a dû céder début 2025 son activité "Data Acceleration Platform", jugée non stratégique. "Nous avons décidé de nous focaliser sur notre cœur de métier, les semiconducteur et de nous concentrer en particulier sur le développement de nos technologies autour des DPU, un nouveau type de processeur sur lequel Kalray est un pionnier et dont l'usage devrait très fortement augmenter avec l'essor de l'intelligence artificielle. Nous avons du coup vendu notre branche 'solution de stockage' qui était dédiée à la vente de solution de stockage hyper rapide pour des grandes entreprises", explique Eric Baissus président de Kalray.
À périmètre comparable, ce recentrage sur les DPU porte ses fruits. Le chiffre d’affaires de l’activité semi-conducteur, qui représente désormais la totalité de son activité a ainsi été multiplié par près de quatre, passant de 3,6 millions d’euros en 2024 à 14,3 millions d’euros en 2025.
Changement de modèle économique
Autre virage stratégique qui a permis à la société de redresser la barre, un changement de modèle économique puisque l’entreprise n’a plus besoin de faire produire ses processeurs par des sous-traitants. "Depuis quelques années, il devenait de plus en plus difficile, en particulier pour nos actionnaires, de lever des fonds de manière importante afin de financer, seuls, le développement et la fabrication de nouveaux produits, sachant que le coût des nouvelles générations de puces ne cesse d'augmenter et les retours sur investissement sont long dans un marché qui est en train de se créer", poursuit Éric Baissus.
"Nous avons donc fait évoluer business modèle et notre stratégie. Plutôt que de financer sur fonds propres le développement complet de nouvelles puces, nous continuons à investir en R & D, mais nous privilégions désormais la licence de nos technologies et l’accompagnement de nos clients dans la conception et la fabrication de leurs propres puces ", ajoute-t-il. "Nous avons désormais une activité de pure R & D et une activité de service à très forte valeur ajoutée autour de notre propriété intellectuelle pour aider nos clients à faire la conception de leurs puces et le développement de systèmes complets", précise le président.
Un premier partenaire industriel
Kalray a ainsi conclu l’an dernier un premier partenariat industriel avec l’entreprise européenne de semi-conducteurs Openchip, combinant un accord de licence non exclusive sur une partie de la propriété intellectuelle de Kalray pour 4 millions d’euros et un contrat de prestations de services d’environ 10 millions d’euros. "Une cinquantaine de nos collaborateurs ont été transférés chez Openchip jusqu’à l'été 2026 pour les aider à développer la partie logiciels de leurs produits finaux".
Amélioration de la situation financière
Kalray espère désormais nouer d’autres partenariats de ce type afin de renforcer sa structure financière. "Notre modèle est duplicable et de nombreux acteurs auront besoin de notre aide pour développer leurs produits. À court terme, notre objectif est de sécuriser notre client actuel Openchip, tout en continuant à duoliquer et étendre ce modèle", poursuit Eric Baissus.
Cette inflexion stratégique se traduit également sur le plan financier. L’Ebitda, encore négatif de 8,2 millions d’euros en 2024, devrait ressortir largement positif en 2025, avec une amélioration marquée au second semestre. Fin 2025, la trésorerie disponible s’élève à 2,9 millions d’euros, offrant au groupe une visibilité de financement au-delà de juin 2026.