Comment est né ce que vous appelez le collectif Quarco ?
Le point de départ remonte à 2010, avec la création d’Abak Ingénierie à Nantes par l’actuel président du groupe François-Xavier Guillard. Je rejoins l’aventure en 2012, et nous nous associons en 2014 pour reprendre Pezzo Ingénierie à Saint-Nazaire. Au fil des années, d’autres entités sont venues se greffer, notamment en Provence, en région parisienne ou en Aquitaine. En 2021, nous avons décidé de rassembler toutes ces agences sous une seule identité, avec une gouvernance partagée entre quatre associés. Les deux autres associés sont Christophe Deserce et Angélique Lyon. Quarco a officiellement vu le jour en 2023, avec la volonté de créer un collectif à part entière, animé par une culture d’entreprise commune, orientée terrain, proximité avec les acteurs locaux.
Comment structurez-vous votre montée en puissance ?
Nous avons connu une croissance de 50 % en trois ans, avec un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros en 2024, et 105 collaborateurs répartis sur 15 agences. Nous visons les 10 millions d’euros en 2026. L’ancrage local est un pilier de notre stratégie : nos agences doivent être à une heure ou une heure trente maximum des projets, pour garder un lien de proximité avec les clients et les chantiers. Lorsque chaque matin, on passe devant un chantier auquel on participe, la force de notre engagement prend tout son sens. C’est ce qui a motivé nos récentes implantations à Anglet et à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.
Dans un marché de l’immobilier tendu, quels relais de croissance activez-vous ?
Le marché du neuf est en difficulté, c’est un fait. Mais nous avions anticipé cette mutation en visant la rénovation dès 2022. Notre activité était encore composée à 70 % de neuf en 2023, nous visons un équilibre 50/50 avec la réhabilitation d’ici à 2028. Le diagnostic structurel des bâtiments est un axe central de notre stratégie de développement : il nous permet d’évaluer la capacité d’un bâtiment existant à accueillir un nouveau projet, une surélévation ou un changement de destination, de bureaux vers des logements par exemple. Face à la raréfaction du foncier et aux impératifs de ZAN, c’est une expertise de plus en plus demandée par nos clients, qui sont des promoteurs, des équipes d’architectes, des particuliers. Nous participons aux équipes de maîtrise d’œuvre dans le cadre d’appel d’offres. Les projets auxquels nous participons sont des parkings, des écoles, des Ehpad, des logements, des salles de spectacles.
Vous évoquez des projets de surélévation, notamment à Nantes…
Un organisme HLM nous demande d’évaluer la possibilité de densifier des ensembles des années 60-70. Ce sont des sujets techniques complexes, où notre approche 360° est précieuse : nous savons diagnostiquer si le bâtiment peut encaisser une surélévation, proposer des solutions structurelles, estimer les coûts et envisager les méthodes de mise en œuvre. Ce type de réflexion oblige à dépasser la seule logique du coût au m², pour intégrer la valeur d’usage, l’empreinte carbone et même la conservation du patrimoine bâti, l’intérêt ou non de réhabiliter.
Pourquoi parler de "collectif" plutôt que de "groupe" pour votre entreprise ?
Parce que cette notion porte nos valeurs. Le collectif, c’est l’esprit d’équipe, la solidarité, la capacité à se dépasser les uns les autres, à interagir en toute simplicité. Je fais souvent la comparaison avec le sport : une équipe performante n’est pas forcément celle où l’on aligne les meilleurs profils, mais celle où l’on construit une vraie intelligence collective. Ce qui fait notre force, ce sont ces interactions humaines et techniques, cette souplesse entre les agences pour mobiliser les bonnes compétences au bon endroit, sans que qui que ce soit se dise qu’un autre marche sur ses platebandes.
Vous avez aussi une politique RH ambitieuse. Dans quel but ?
La croissance passe aussi par le renforcement de nos équipes : nous prévoyons une vingtaine de recrutements d’ici fin 2026. Cela concerne des ingénieurs, bien sûr, mais aussi des techniciens issus de BTS ou de licences pro. En parallèle, nous investissons beaucoup dans la formation interne avec des journées techniques, notamment sur le diagnostic et la modélisation. Le sujet crucial d’une entreprise, c’est évidemment de trouver du business. Mais c’est aussi de conserver les gens en interne. Je pense que plus on est habitué à travailler les uns avec les autres, plus on crée de la valeur avec cette expérience commune, et donc de la performance pour l’entreprise.
L’intelligence artificielle s’invite-t-elle dans vos métiers ?
Elle nous intéresse, mais nous l’abordons avec prudence. Ce n’est pas tant la technologie qui nous inquiète, mais son impact sur les dynamiques humaines. L’IA peut optimiser des process, mais elle ne doit pas fracturer les organisations. Nous restons convaincus que la performance passe aussi — et surtout — par l’intelligence sociale, l’intelligence émotionnelle, la proximité, la confiance entre les équipes. Le collectif reste, là encore, notre meilleure boussole.