Pour la deuxième fois en moins de dix ans, Lesage & fils engage un important investissement immobilier sur son site historique de Chemy, dans le Nord. Fondée dans les années cinquante par le grand-père paternel des deux dirigeants actuels, François Lesage et son frère Pierre, l’entreprise sélectionne, transforme et distribue de la viande. En dépit d’un marché tendu, lié au recul du nombre d’éleveurs et de la consommation de viande en Europe, Lesage & fils mobilise 12 millions d’euros pour agrandir ses locaux. La société familiale, qui emploie un peu plus de 150 collaborateurs, s’y trouvait à l’étroit pour poursuivre sa croissance, portée à la fois par un positionnement haut de gamme et une stratégie de diversification. Le 31 mars dernier, Lesage & fils a clôturé son exercice avec un chiffre d’affaires de 69 millions d’euros, soit une croissance de près de 11 % en un an.
Une extension de 3 500 m²
"Ces dernières années, la croissance moyenne de l’entreprise s’est établie à 7 ou 8 % par an", complète François Lesage. À titre de comparaison, Lesage & fils réalisait en 2018 un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros, avec un peu moins de 100 salariés. Cette année-là, l’entreprise a d’ailleurs consenti un investissement de 8 millions d’euros dans un nouveau bâtiment de 3 200 m², qui s’avère aujourd’hui insuffisant pour poursuivre le développement.
Lesage & fils porte donc un projet d’extension de 3 500 m², en vue de multiplier par trois la capacité de production, qui était arrivée à saturation. Mais aussi de réunir toute l’activité de production dans un seul bâtiment, au lieu de deux. "Les travaux vont démarrer en octobre, pour une mise en service de cette extension en septembre 2027", détaille François Lesage. L’opération portera à près de 7 000 m² le bâtiment construit en 2018, auxquels s’ajoutent les 2 000 m² du bâtiment précédent, qui conservera uniquement une activité traiteur.
Trois grandes entités
Ayant démarré son activité au siècle dernier dans la boucherie charcuterie, Lesage & fils est désormais composé de trois grandes entités. La première est Lesage Prestige, la locomotive du groupe, axée sur la sélection et la vente de viandes haut de gamme, en B to B. La deuxième, qui correspond à son métier historique, est la boucherie Lesage & Fils. Elle regroupe 6 magasins pour les particuliers, situés dans la région Hauts-de-France, à Santes, Chemy, Lambersart, Hem, Bondues et Béthune. Baptisée Savori, la troisième et dernière activité est une marque B to B qui propose des produits méditerranéens de qualité, sélectionnés avec soin.
Le fil rouge est de fournir à tous, particuliers comme professionnels, l’accès à des produits haut de gamme. Le chiffre d’affaires global est réalisé à 60 % auprès de la restauration commerciale, à 15 % auprès des GMS, à 15 % auprès des boucheries, charcuteries et traiteurs, à 5 % auprès de distributeurs spécialisés et enfin, à 5 % en B to C.
Une croissance portée par la diversification
Depuis la reprise de l’affaire familiale par Franck Lesage en 1985, le père de François et Pierre, l’entreprise n’a eu de cesse de se diversifier, à tel point que "notre principal client ne représente aujourd’hui que 2 % du chiffre d’affaires", se félicite François Lesage. Une décision motivée par les difficultés de l’époque : "Mon père a repris à mon grand-père une entreprise dans le rouge. Il a mis un peu plus de dix ans à la redresser, en allant chercher de nouveaux clients, notamment des sociétés de restauration et des distributeurs spécialisés, comme La Frite c’est la fête", relate le dirigeant, entré dans l’entreprise en 1999. Dans les années 2000, son frère Pierre poursuit la démarche en allant chercher cette fois des clients dans la restauration commerciale.
Une autre difficulté relance cette stratégie de diversification dès 2020, celle du Covid-19. "À l’époque, notre chiffre d’affaires avec la restauration commerciale s’est retrouvé à zéro… Pour compenser, nous sommes tournés vers les GMS et les boucheries, charcuteries traiteurs, ce qui a fonctionné. Et quand la restauration commerciale a repris, nous avions davantage de clients, ce qui a accéléré notre croissance", rapporte François Lesage.
Accélérer à l’international
Fort de ces succès en matière de diversification, Lesage & fils entend poursuivre sur cette lancée. De nouvelles pistes sont à l’étude, géographiques cette fois. L’entreprise réalise 10 % de son activité à l’export, dont 90 % vers le Benelux. "Nous voudrions atteindre 20 à 25 % de l’activité à l’international. Nous visons moins des pays que des restaurants gastronomiques, aux quatre coins du monde, susceptibles d’être intéressés par nos produits haut de gamme. Les produits français sont réputés, il y a une carte à jouer", annonce le dirigeant.
Le choix du haut de gamme
C’est cette stratégie de diversification qui a conduit Lesage & fils à se positionner sur des produits haut de gamme. "Quand l’entreprise est passée d’une clientèle de collectivités et de sociétés de restauration, surtout en recherche de prix bas, à une clientèle de restauration commerciale, il a fallu mettre l’accent sur la qualité des produits", explique François Lesage.
Un choix stratégique qui s’est avéré judicieux sur le long terme. "Le prix de la viande augmente et c’est une tendance de long terme : on ne reviendra pas à de l’élevage intensif face aux nouveaux enjeux climatiques et de bien-être animal. Cela devrait pousser le consommateur à manger moins de viande mais à en manger mieux. Notre positionnement est aligné à ce constat", souligne-t-il.
Lesage & fils est également aligné aux enjeux climatiques. Entrée dans la démarche de certification EcoVadis, l’entreprise familiale a réalisé cette année son premier bilan carbone (Scope 1 et 2). Elle compte prendre des mesures pour réduire son empreinte carbone, "largement liée à la consommation d’électricité", note le dirigeant.
La force d’un actionnariat familial
L’investissement de 12 millions d’euros est soutenu par de l’emprunt bancaire, ce qui permet de conserver l’indépendance de l’entreprise. Le capital est aujourd’hui détenu par trois actionnaires : François et Pierre Lesage en majorité, aux côtés de Benjamin Dilly, à hauteur de 15 %. Rencontré par Pierre sur les bancs de l’école, ce dernier a rejoint la PME en 2008, pour épauler les dirigeants à la direction commerciale.
"La force des entreprises familiales, c’est d’appuyer notre modèle sur notre produit et notre savoir-faire, plutôt que sur des exigences économiques."
"La force des entreprises familiales, c’est d’appuyer notre modèle sur notre produit et notre savoir-faire, plutôt que sur des exigences économiques", souligne le dirigeant, qui ne revendique aucun objectif de croissance. "L’entreprise est en mesure d’absorber cet investissement en réalisant uniquement 2 % de croissance par an ces prochaines années", assure-t-il. Un rythme qu’elle ne s’interdit pas de dépasser.