Pour Cécile Roland, directrice RSE du groupe Rector Lesage, il est "assez facile de dire que l’on décarbone son entreprise, mais être capable de mesurer sa performance avec des indicateurs précis et scientifiques, c’est tout de suite une autre paire de manches".
Le groupe mulhousien, qui compte une quinzaine d’usines en France et emploie près de 1 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, réalisé à 80 % dans l’Hexagone, produit des éléments préfabriqués en béton pour le bâtiment. En juin, l’ETI a vu sa stratégie de décarbonation approuvée par la Science Based Target initiative (SBTi), une initiative internationale incluant des acteurs comme le Fonds mondial pour la nature et les Nations unies. Et qui accompagne les entreprises sur la définition d’objectifs de décarbonation alignés avec l’ambition du GIEC, soit une limitation du réchauffement climatique à + 2°C en 2100.
214 000 tonnes de CO2 émises en 2022
"Nous sommes un groupe familial, un grand parmi les petits mais un petit parmi les grands. Pour ce qui est de la décarbonation, nous avons décidé de jouer dans la cour des grands", explique Noël le Floch, directeur général des opérations du groupe Rector Lesage.
D’ici 2030, l’entreprise a pour objectif de réduire de près de 50 % ses émissions de dioxyde de carbone, de CO2, sur les scopes 1 et 2, c’est-à-dire les émissions directes de CO2 et les émissions indirectes liées à la production d’énergie utilisée par l’entreprise, et de 25 % sur le scope 3, lié aux émissions indirectes qui ne sont pas directement sous le contrôle de l’entreprise, par rapport à son niveau d’émission de 2022.
"En 2022, nos émissions totales de CO2 étaient de 214 000 tonnes. La validation de nos objectifs par la SBTi nous permet de structurer et d’accélérer notre démarche de décarbonation à l’échelle du groupe. Nous voulons garantir avant tout la pérennité de l’entreprise dans le temps", indique la directrice RSE. Pour atteindre ses objectifs, un reporting annuel de la progression du groupe Rector auprès de la SBTi doit être réalisé.
Au total, le groupe prévoit 25 millions d’euros d’investissement jusqu’en 2030 pour atteindre ses objectifs de décarbonation.
Trois leviers pour réduire les émissions des scopes 1 et 2
Afin de réduire les émissions de ses scopes 1 et 2, le groupe Rector Lesage compte jouer sur trois leviers : "La consommation énergétique, et notamment la provenance de l’électricité des différentes usines, la flotte de véhicules de la société et sur le carburant des engins de manutentions, fonctionnant aujourd’hui au GNR", indique Cécile Roland. Pour elle, le travail sur ces enjeux relève "d’une optimisation des techniques actuelles, sans réelle rupture, pour diminuer les émissions de CO2".
Les cadres de Rector Lesage ont également identifié un effet secondaire positif de la mise en place d’une stratégie de décarbonation : "Il y a une forme de sensibilisation indirecte des salariés aux questions climatiques qui se met en place. Nous les incitions à se renseigner et nous les accompagnons, par exemple en finançant l’installation de bornes électriques à leur domicile lorsqu’ils roulent en voiture électrique", indique Noël Le Floch.
"Il est impossible de ne pas émettre de CO2 en fabriquant du ciment"
Concernant le scope 3, la tâche est plus ardue. "À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas aller plus loin que 25 % de diminution des émissions sur le scope 3. Il faut travailler avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, dans une logique gagnant-gagnant, pour diminuer les émissions de la filière", explique le directeur général des opérations.
Le dirigeant compte sur les avancées technologiques des cimentiers pour pouvoir réduire, à l’avenir, les émissions de CO2 de la filière. La production de ciments comportant moins de clinker, le principal responsable des émissions de dioxyde de carbone de la filière, et la captation de CO2 directement sur les cheminées des cimenteries devraient permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre. "Il faut quand même rester réaliste : il est impossible de ne pas émettre de CO2 en fabriquant du ciment", estime Noël Le Floch.
Des fournisseurs sélectionnés sur le bilan carbone
Pour accompagner sa stratégie, le groupe Rector Lesage a aussi impliqué ses fournisseurs : "Notre stratégie d’achat récente a été réalisée en prenant en compte la sensibilité du fournisseur pour ces enjeux de décarbonation. Cela a boosté certains partenariats et arrêtés certains autres", souligne Noël Le Floch. Pour lui, cet enjeu de décarbonation est déterminant : "Aujourd’hui, une entreprise qui ne s’engage pas dans une stratégie de décarbonation est en danger sur le long terme".