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"Les salariés sont les principaux actionnaires du groupe Serma"
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"Les salariés sont les principaux actionnaires du groupe Serma"

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Le groupe girondin Serma, expert de l’électronique embarqué, cultive une singularité : 450 de ses salariés et managers possèdent la majorité du capital (60 %). Cette stratégie s’est déployée progressivement depuis 2011, non sans certaines règles à respecter pour sécuriser les entrants. Elle se poursuit avec l’entrée de 50 nouveaux salariés actionnaires à l’automne.

Philippe Berlié, Président du groupe Serma — Photo : Romain Béteille

En septembre, le groupe girondin Serma (1 400 salariés, 174 M€ de CA en 2023), né en 1991 et spécialisé dans le conseil et l’ingénierie dans les technologies de l’électronique, devrait accueillir une cinquantaine de nouveaux actionnaires salariés à son capital. Ils rejoindront les 450 autres salariés et managers de Serma déjà actionnaires, qui possèdent à eux seuls 60 % du capital de l’entreprise.

Une performance renforcée

C’est le résultat d’un long chemin pris par Philippe Berlié, actuel président du groupe. "Lors d’un LBO (rachat d’actions avec effet de levier) en 2011, j’ai proposé à une quinzaine de salariés d’entrer au capital. Ce chiffre est monté petit à petit, au fil des différents LBO. Nous avons fait travailler des avocats pour trouver des failles dans la loi française, qui limitait le nombre d’actionnaires salariés. Entretemps, des compléments de lois nous ont permis d’aller plus loin", raconte-t-il.

Les 40 % restants du capital de Serma sont détenus par des investisseurs : Ardian Expansion, Chequers capital et Bpifrance. Ce modèle possède de nombreux avantages, selon le dirigeant. "Si l’équipe partage les fruits des progrès de l’entreprise, la motivation globale est renforcée, tout comme la performance et la solidarité des collaborateurs."

L’organisation, assure-t-il encore, est également "moins cloisonnée. Les décisions sont prises à 100 % des voix des actionnaires. Ensuite, nous tenons un conseil d’administration avec les fonds et les banques où seuls trois actionnaires sont présents : le patron, le directeur administratif et financier, et le responsable de la stratégie et de la croissance externe. Nous communiquons les décisions avec une transparence complète sur les chiffres."

Des conditions claires

Si le modèle est aujourd’hui déployé à une aussi vaste échelle, il s’accompagne de conditions destinées à sécuriser les nouveaux entrants. "Pour être actionnaire chez nous, il faut soit être expert dans un domaine, soit être dirigeant (patron d’une business unit par exemple), soit avoir participé à la richesse de l’entreprise pendant au moins deux ou trois ans".

"Nous imposons un montant minimum de quelques milliers d’euros en dessous duquel il est compliqué de gérer une participation. En revanche, on ne regarde pas l’ancienneté, hormis ceux qui sont en période d’essai".

Cette politique ouverte est volontaire et assumée : ainsi, dans le cadre des différents LBO, des actionnaires peuvent aussi céder "un certain nombre de parts à des nouveaux entrants. Le fait que certains salariés arrivés récemment entrent au capital donne des précédents qui peuvent en intéresser d’autres. Cela a aussi un impact sur le turn-over : les actionnaires restent dans l’entreprise, ceux qui ne le sont pas bougent davantage."

Stratégie de long terme

Cela oblige aussi le groupe Serma à être d’autant plus clair sur sa stratégie, y compris à long terme. "Il faut faire attention, ce sont des familles qui sont derrière. Il faut être sûr de notre business plan et de notre progression", poursuit le président du groupe.

"On la défend avec encore plus de rigueur qu’on ne le ferait en demandant une augmentation de capital ou un prêt bancaire, parce qu’on a une responsabilité forte sur les acheteurs". D’où un nécessaire travail de fond en amont "que nous avons réalisé pour anticiper les 6 à 7 ans qui viennent."

Le dernier plan stratégique de Serma, validé en 2021, court jusqu’en 2026. "Nous aurons atteint les objectifs en 2025", assure Philippe Berlié. Serma a déjà dans les tuyaux un nouveau plan sur la période 2026-2031. Si le pourcentage de l’actionnariat salarié du groupe "peut encore grimper, ce n’est pas l’objectif", termine-t-il.

"Partager une richesse certaine"

Avec une rentabilité à 23 %, en progression constante, le groupe semble encore avoir de belles perspectives devant lui, l’électronique embarqué étant en pleine explosion dans de nombreux secteurs, de l’aéronautique à l’automobile en passant par l’énergie (hydrogène, nucléaire…). "Tous les secteurs sur lesquels nous sommes placés n’ont pas encore atteint leur plafond de verre".

Serma vise 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. "Je ne pense pas qu’il faille suivre ce modèle partout, notamment dans des secteurs trop à risques, comme le textile ou l’agriculture. Il faut partager une richesse certaine, sans faire prendre de risques inconsidérés aux autres pour les pousser à nous suivre. Dans notre secteur, on est sûr de gagner."

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