Serma Ingénierie : "Nous avons développé la boîte noire la plus légère du marché"
Interview # Ingénierie # Innovation

David Marty responsable R & D de Serma Ingénierie "Nous avons développé la boîte noire la plus légère du marché"

S'abonner

Serma Ingénierie, basé à Cornebarrieu (Haute-Garonne), filiale du groupe girondin Serma, réussit un double virage technologique. D’un côté, elle signe sa première boîte noire ultralégère certifiable pour aéronefs légers. De l’autre, elle intègre l’intelligence artificielle dans ses produits comme dans ses méthodes internes. Entretien croisé avec David Marty, le responsable R & D de Serma Ingénierie et Philippe Berlié, président du groupe.

David Marty, le responsable R & D de Serma Ingénierie et Philippe Berlié, président du groupe Serma — Photo : Serma/Romain Béteille

Serma vient de lancer un enregistreur de vol — communément appelé boîte noire — innovant. Qu’a-t-elle de différent ?

David Marty : Il s’agit d’un "flight recorder", un enregistreur de vol complet. il regroupe en un seul boîtier les données de vol, le son, la vidéo cockpit et les communications radio. Il fonctionne en toute autonomie grâce à un capteur inertiel et un GNSS (système de positionnement par satellites, NDLR) intégrés. Surtout, c’est aujourd’hui la boîte noire la plus légère du marché : 750 grammes tout compris. Nous avons démarré le programme en 2020, financé à 50 % par la Direction générale de l’aviation civile ainsi que via le plan France Relance. L’objectif était de développer une solution souveraine répondant aux nouvelles normes européennes qui imposent ces dispositifs à bord des aéronefs légers commerciaux.

Résiste-t-elle aux conditions extrêmes d’un crash ?

D.M : Elle a passé avec succès tous les tests de la norme ED-155 : impact à 1000 G (résistance aux chocs, NDLR), écrasement et feu à 1 100 °C pendant 15 minutes. Nous avons conçu l’ensemble en interne, en réduisant le cycle de conception grâce à notre outil de simulation multiphysique. Nous avons aussi intégré un micro MEMS (systèmes micro électromécaniques) en rupture avec les standards de l'aéronautique, avec une restitution sonore saluée par le BEA (Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile, NDLR).

"On passe d’un rôle de sous-traitant à celui de fabricant d’équipements embarqués souverains."

Ce projet change-t-il le positionnement de Serma Ingénierie ?

D.M : Pour la première fois, nous produisons un équipement propriétaire, certifié, fabriqué et maintenu dans nos ateliers de Cornebarrieu (Haute-Garonne). Airbus Helicopters l’a déjà retenu pour équiper en série ses hélicoptères légers dès 2026. On passe d’un rôle de sous-traitant (Serma Ingénierie conçoit et produit des systèmes électroniques embarqués pour ses clients, NDLR) à celui de fabricant d’équipements embarqués souverains.

Le Flight Recorder de Serma est présenté comme un enregistreur de vol complet, le plus léger du marché — Photo : Serma

Ce virage technologique va-t-il de pair avec une accélération sur l’IA dans le groupe ?

Philippe Berlié : Oui. L’IA est désormais au cœur de notre stratégie. Nous avons démarré par l’embarqué, notamment avec un projet de détection de câbles pour la sécurité en hélicoptère. Aujourd’hui, nous lançons une cinquantaine de projets en interne pour améliorer nos méthodes : rédaction de rapports, gestion documentaire, support technique…

Vous avez fait le choix d’un assistant IA maison ?

P.B. : Exactement. Notre assistant est hébergé sur nos propres serveurs pour garantir la confidentialité des données, loin des grands clouds publics. Ce n’est pas une vitrine, mais un outil de transformation opérationnelle, pensé par une équipe dédiée d’une dizaine de personnes.

Côté produits, l’IA embarquée devient-elle un nouveau standard ?

P.B. : Nous présenterons cette année au Bourget nos premiers calculateurs embarqués avec IA. Ils permettent une analyse en temps réel dans les trains, les avions ou les véhicules. Pour l’instant, les fonctions sont limitées à l’alerte ou à l’aide à la décision, car la certification de systèmes évolutifs reste un enjeu complexe.

Où en est le groupe aujourd’hui ?

P.B. : Serma réunit plus de 1 400 collaborateurs et pèse un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros dont 20 à 25 % à l’export et une présence forte en France. Nos six pôles (électronique, cybersécurité, IA, énergie, télécoms, microélectronique) sont tous en croissance. Et l’IA en sera le catalyseur.

Gironde Haute-Garonne # Ingénierie # Innovation # ETI