Le groupe Fondasol (87 M€ de CA, 800 collaborateurs, 25 agences) est spécialisé dans les études des sols, préalables à des achats de foncier, à des travaux, etc. Du 27 mai au 10 juin 2024, l’entreprise a ouvert à ses salariés une nouvelle souscription au fonds commun de placement d’entreprise (FCPE). Une étape supplémentaire pour les impliquer au capital de la société. Aujourd’hui, 75 % du capital est détenu par l’actionnariat salarié. Le fruit d’un long parcours.
Mobilisation de 200 salariés
En 1996, à la retraite du fondateur Charles Saint-Rémy Pellissier, des fonds d’investissement sont devenus majoritaires au capital, par LBO. Les fonds se sont succédé, revendant leurs participations régulièrement. En 2014, le fonds Demeter a pris 60 % du capital, laissant 40 % à une quarantaine de cadres. Deux ans plus tard, il souhaitait déjà revendre. Les cadres, lassés de ces situations instables, sont parvenus en 2017 à mobiliser 200 salariés sur 600 pour acquérir 60 % du capital (trois fonds les ont accompagnés dans cette nouvelle LBO).
Une transparence redoublée
Pour réussir cette première opération, "nous nous sommes déplacés dans toutes les agences pour motiver les salariés", raconte Olivier Sorin, président du groupe depuis 2014. Ces échanges, et ceux qui perdurent aujourd’hui, constituent une force de l’actionnariat salarié, selon lui. "Cela nous pousse à une transparence redoublée, à un devoir de pédagogie et de prospective."
La participation des salariés se présentait alors sous forme d’actions classiques. En 2022, la direction a fait évoluer l’actionnariat en lançant un fonds commun de placement d’entreprise (FCPE), s’intégrant dans un Plan d’épargne entreprise. Le FCPE est moins lourd pour Fondasol, le suivi étant assuré par une société de gestion. "Il permet au salarié d’y placer les sommes issues de la participation ou de l’intéressement, sans avoir à piocher dans ses économies. Cela le rend plus accessible", décrit Caroline Notre-Dame, directrice administrative et financière du groupe. Il est exonéré de fiscalité sur la plus-value. En contrepartie, les sommes sont bloquées cinq ans au moins.
Le besoin de convaincre
Cette opération a été accompagnée par la société de gestion Equalis Capital. 97 % des salariés sont actionnaires de 75 % de capital, mais "il y a eu un coup de baguette magique puisque nous avons réalisé un abondement unilatéral en donnant des actions aux salariés", précise Caroline Notre-Dame. En réalité, 36 % du capital reste détenu par les salariés sous forme d’actions (opération de 2017), 35 % par les managers (dont 18 % par le président) et 4 % via le FCPE. La souscription en dehors de l’abondement unilatéral a convaincu la moitié des salariés. C’est un bon chiffre, mais moins élevé qu’espéré. "Nous nous étions moins impliqués pour promouvoir le FCPE, nous n’étions pas retournés dans les agences. Or, certains techniciens sur les chantiers sont plus difficilement joignables par mail", constate la directrice financière.
"Notre baromètre de l’actionnariat salarié révèle effectivement deux freins, précise Jean-Philippe Debas, président d’Equalis Capital et de l’institut de recherche Capital Collectif. Il y a le fait que les salariés ne disposent pas de l’argent nécessaire et ensuite, qu’ils ne sont pas au courant des opérations d’actionnariat."
Un tour de France des agences
Cette première expérience en demi-teinte a poussé les cadres dirigeants de Fondasol à reprendre leur bâton de pèlerin pour ce nouveau programme d’investissement proposé dans le FCPE. Ils assurent un tour de France des agences. Des échanges obligatoires, dont un consacré à l’actionnariat salarié, ont été inclus au planning des collaborateurs. Pour motiver les salariés à s’engager dans ce nouveau programme, le président du groupe, Olivier Sorin, s’appuie (ou "compte") sur la confiance qui existe entre l’équipe dirigeante, les organismes sociaux et le personnel, une confiance renforcée par les précédentes années d’actionnariat salarié.
"Pendant le confinement, nous étions les seuls géotechniciens à être allés travailler. On a expliqué pourquoi. Les salariés nous ont fait confiance, et ils en ont même tiré une fierté. L’actionnariat a joué un rôle dans cette confiance accordée."
Aujourd’hui, deux membres des salariés actionnaires siègent au comité de direction élargi (sur 15 membres). "Dans la plupart des entreprises, les représentants des actionnaires salariés sont présents dans les organes de contrôle. Là, ils sont associés à l’opérationnel. C’est rare", salue Jean-Philippe Debas.