Les Laboratoires Pierre Fabre (10 200 collaborateurs, CA 2024 : 3,1 Md€), deuxième entreprise dermo-cosmétique au monde et l’un des premiers laboratoires pharmaceutiques européens, renoncent au projet de construction d’une nouvelle plateforme logistique dans la zone des Bonnets, au sein du futur parc d’activité Clément-Ader, à Muret (sous-préfecture de Haute-Garonne), qu’ils avaient présenté publiquement le 2 octobre 2024. Cette plateforme devait, à terme, remplacer les deux sites depuis lesquels le groupe opère actuellement à Muret, où il emploie quelque 300 collaborateurs. Le site historique construit en 1975, dont le groupe est propriétaire, situé dans la zone d’activité des Joffrery, et celui de la route de Seysses, qu’il loue.
Cette décision a été annoncée aux partenaires sociaux, aux salariés du groupe tarnais, ainsi qu’aux différentes parties prenantes du territoire. Engagé dans un plan de réorganisation de l’ensemble de sa logistique depuis 2022, Pierre Fabre avait prévu de mobiliser un investissement de 70 millions d’euros dans la construction d’un bâtiment de 73 000 m2 destiné au stockage des produits en provenance des usines, à la préparation des commandes pour la France et à la préparation des expéditions pour l’international. Les travaux devaient commencer en 2026 pour une mise en service effective début 2028.
Contraintes administratives
Dans un communiqué, le groupe indique que ce changement de cap s’inscrit « dans un contexte géopolitique et économique particulièrement instable auquel sont tenues de s’adapter toutes les entreprises françaises, et plus particulièrement celles à dimension internationale. » Cette décision est également motivée par « les incertitudes techniques et les contraintes administratives et réglementaires, inhérentes à tout projet de construction ex nihilo. » Sollicités par nos soins, les Laboratoires Pierre Fabre n’ont pas souhaité apporter davantage de précisions. Faisant face à la concurrence des géants des industries pharmaceutique et cosmétique mondiales, le groupe rappelle cependant qu’il a pour obligation de préserver la compétitivité de son modèle, « condition sine qua non pour la pérennité de ses investissements et de ses emplois en région Occitanie. »
" Muret va demeurer un maillon essentiel de notre supply chain."
Il explique pour cela procéder à une allocation stratégique de ses ressources en faveur des activités « moteurs de croissance » : la R & D pharmaceutique et dermo-cosmétique, d’une part, à laquelle il a alloué un budget de 219 millions d’euros en 2024 (dont 60 % dédiés aux thérapies ciblées en oncologie et 35 % aux thérapies et aux soins de la peau) ; le financement de sa croissance à l’international, d’autre part, sachant que 70 % de son chiffre d’affaires est réalisé hors de l’Hexagone (où il fabrique près de 90 % de ses produits) dans 120 pays.
Aucun départ forcé
Néanmoins, « Muret va demeurer un maillon essentiel de notre supply chain », confie Marc Alias, directeur de la communication du groupe. Après avoir étudié plusieurs alternatives, les Laboratoires Pierre Fabre ont en effet décidé de moderniser la plateforme de 36 000 m2 de la route de Seysses, mise en service en 2016, afin qu’elle puisse accueillir d’ici 2028 la totalité de leurs activités logistiques opérées depuis le bassin muretain. Le site historique, qui ne satisfait plus à ses besoins, devrait faire l’objet d’une cession. « Aucun départ contraint ne sera réalisé », assure le groupe.
"Quelle autre entreprise investit autant que Pierre Fabre en Occitanie et dans des territoires souvent délaissés par les autres grandes entreprises ? ", questionne aussi Marc Alias, faisant référence à la relocalisation de la production d’actifs pharmaceutiques à Gaillac (2024), l’ouverture de nouveaux laboratoires de recherche à l’Oncopole de Toulouse (2024-2025), la construction d’un nouveau siège social à Castres (2025), le projet environnemental d’usine sèche à Soual (2025-2026) ou encore l’agrandissement de l’usine d’Avène (2025-2027). Le montant global des investissements en cours du groupe s’élève à 60 millions d’euros.