Pays de la Loire
"Les évolutions technologiques sont des opportunités à saisir, plutôt que des menaces à craindre"
Interview Pays de la Loire # Innovation

Entretien avec Christelle Morançais présidente de la région Pays de la Loire "Les évolutions technologiques sont des opportunités à saisir, plutôt que des menaces à craindre"

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VivaTech se tient à Paris du 22 au 25 mai. C’est le plus grand salon de la tech et de l’innovation d’Europe. La Région Pays de la Loire accueillait 25 start-up sur son stand. La présidente de la Région Pays de la Loire, Christelle Morançais, livre sa vision de l’innovation et annonce 5 axes stratégiques pour son territoire.

Au centre, Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de la Loire. Sur la droite, Arnaud Malrin, fondateur d’Anod, vélo hybride fabriqué en Vendée, et sur la gauche, Paul Midy, Député à l’origine du nouveau dispositif " Jeunes Entreprises " de soutien aux start-up et PME innovantes — Photo : David Pouilloux

Pourquoi la Région est-elle présente à VivaTech auprès des pépites de l’innovation des Pays de la Loire ?

J’étais déjà présente l’année dernière, et je suis là tous les ans. Pour moi, il est important d’être aux côtés de nos entreprises innovantes qui exposent ici leurs technologies. Le monde entier est à VivaTech et c’est une vitrine extraordinaire pour elles. Cette année, nous avons rencontré un franc succès avec 75 candidatures pour seulement 25 places sur le stand. La sélection n’a pas été facile. Il est indispensable de mettre en avant nos start-up et de leur permettre de se connecter avec leurs futurs clients lors de ce salon, en particulier avec les industriels.

Qu’est-ce qui vous impressionne le plus sur ce stand où 25 start-up ligériennes sont présentes ?

L’énergie et la fierté de nos start-up. Elles sont fières de leurs technologies et de leur appartenance à notre région. Dans un contexte souvent morose, cette fierté et cette énergie sont essentielles pour aller de l’avant et réussir, et elles donnent toute la force de les soutenir encore davantage.

Vous avez une ambition forte pour la transition numérique, en particulier ?

Oui, absolument. Nous vivons une période de mutation et de révolution très forte, et dans de nombreux domaines. Notre société et nos entreprises se digitalisent de plus en plus. Mon objectif est que toutes nos entreprises, quelle que soit leur taille, start-up, TPE, PME, ETI, puissent saisir les opportunités du numérique, notamment de l’intelligence artificielle. C’est un sujet d’actualité majeur. Il ne se passe pas un jour sans que l’on découvre de nouvelles applications et donc de nouvelles perspectives pour utiliser l’IA dans nos entreprises. Il est essentiel que nos entreprises s’y adaptent et en tirent des bénéfices en termes de compétitivité, notamment.

Vous paraissez très proactive sur l’IA. Pourquoi ce positionnement ?

Les évolutions technologiques sont des défis à relever, des opportunités à saisir, plutôt que des menaces qu’il faut craindre. Il est crucial que nos entreprises restent compétitives face aux États-Unis ou à la Chine. Nous avons les compétences, les meilleures écoles d’ingénieurs, et de belles start-up. Mon objectif est de les faire rayonner à l’échelle mondiale. J’ai trouvé déplorable que l’Europe veuille freiner le développement de l’IA, en imposant une réglementation très contraignante. Nos entreprises ont besoin de liberté pour inventer, avant de subir des réglementations qui les étouffent.

Comment la région compte-t-elle accompagner cette révolution de l’IA qui peut susciter des craintes ?

Par mon expérience personnelle en tant qu’ancienne chef d’entreprise, j’ai vu comment l’arrivée d’Internet a transformé le secteur immobilier sans le détruire. Aujourd’hui, on cherche sa future maison ou son appartement sur le web. De même, nous devons permettre à nos entreprises de s’adapter aux nouvelles technologies qui émergent régulièrement. La région doit être un accélérateur de cette transition et continuer à soutenir l’innovation, et l’IA en particulier.

Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire, à VivaTech, à Paris 2024, le 22 mai, lors de l’inauguration du stand de la Région. 25 start-up exposaient leur technologie — Photo : David Pouilloux

Il semble y avoir une belle dynamique entre la French Tech et la French Fab dans votre région. Pouvez-vous nous en parler ?

Une vraie synergie s’est créée. Les start-up de la région que j’ai rencontrées sur le stand, ont des technologies utiles pour nos entreprises, et peuvent les aider à être plus performantes. Créer ce lien est essentiel, tout comme accélérer sur les enjeux de formation, pour que les salariés montent en compétences et que nous disposions des profils nécessaires pour développer ces nouvelles technologies et que nos entreprises aient des salariés bien formés.

Préparez-vous une feuille de route pour cette coordination ?

Plutôt que de parler de feuille de route ou de plan, je préfère évoquer des actions concrètes et des priorités. Mes cinq priorités porteront sur les compétences, l’innovation, la transition écologique et numérique et l’attractivité de notre région d’une manière générale.

Vous allez bientôt partir à New York et à Boston. Qu’attendez-vous de ces déplacements ?

Mon objectif est double : visiter les ports de New York et de Boston pour les énergies marines renouvelables et consacrer du temps sur le thème de l’intelligence artificielle en rencontrant des universités. L’approche américaine de collaboration entre le monde académique et le monde économique est très inspirante. Ces deux mondes vivent ensemble, sans mur entre les deux, et je veux m’inspirer de ce modèle qui est performant. Les géants de la tech qui sont nés aux États-Unis sont sortis des universités. Par ailleurs, la ville de New York utilise beaucoup l’IA dans ses services. Notre collectivité doit se saisir pleinement de ce sujet. Je veux être la première région à utiliser l’intelligence artificielle au service de nos décisions, de la gestion de nos datas et dans de nombreuses applications au quotidien.

Pensez-vous que la France doive retrouver un esprit d’innovation et d’avance technologique ?

Nous avons tous les atouts nécessaires. Les récentes annonces du Président de la République vont dans le bon sens. J’insiste : il faut libérer les énergies et accélérer sur les sujets du numérique avant de réglementer. Il est aussi crucial d’augmenter les moyens financiers pour la recherche et le développement afin de rattraper notre retard par rapport à d’autres pays comme les États-Unis. Il est de notre devoir de consacrer une part plus importante de notre PIB à ce secteur, qui nous permettra de construire l’avenir de notre pays et de l’Europe. Aux États-Unis, c’est 3, 4 %, en France, 2,3 %. Cette augmentation de financement de l’innovation, de nos laboratoires, de nos start-up doit venir du privé notamment.

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