Des demandes de placements, Anita Bourgoin, responsable du département handicap de Synergie «n'en a jamais eu autant qu'aujourd'hui». Poussées par les efforts de sensibilisation qui ont suivi la loi de 2005 ainsi que par les hausses, passées ou à venir, de leur contribution Agefiph, beaucoup d'entreprises s'activent aujourd'hui sur le marché de l'emploi pour tenter de recruter un travailleur handicapé.
«6%, c'est impossible!»
Pour beaucoup, l'opération s'avère bien compliquée. «Nous avons déjà du mal à recruter des personnes valides dans nos métiers que sont la soudure ou la tuyauterie. Mais, quand il s'agit d'embaucher une personne handicapée, cela devient un vrai parcours du combattant», témoigne Isabelle Ruffault, responsable des RH de Timolor, entreprise de sous-traitance industrielle. Constat partagé par la direction de la Nantaise des Eaux Services, spécialisée dans les marchés de l'eau et de l'assainissement: employer 6% de salariés handicapés, «cela semble impossible», souffle Sophie Augereau, de la DRH. Pourtant, des personnes handicapées, ce n'est pas a priori ce qui semble manquer sur le marché de l'emploi. En 2007, 1,8million de personnes de 15 à 64 ans déclarent avoir une reconnaissance administrative du handicap. Une population dont le taux de chômage est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Le problème, c'est qu'il existe une mauvaise adéquation entre l'offre et la demande d'emploi. «Les entreprises ne trouvent pas de candidats qui correspondent à leurs besoins», résume Michel Berthomé, responsable du club Handicap et Entreprises du Medef de Loire-Atlantique.
Population sous-formée
Il faut dire que la population handicapée est statistiquement moins formée et qualifiée que l'ensemble des actifs français. 55% des 15-64ans victimes d'un handicap n'ont pas été au-delà du BEPC, contre 34% des Français. Quant aux titulaires d'un bac +2 ou d'un diplôme supérieur, ils ne sont que 9% dans la population handicapée. À comparer aux 24% de la moyenne nationale... Il n'est par ailleurs jamais aisé, pour une victime d'un accident de vie-seuls 20% des handicaps sont de naissance-,de se reconstruire sur un plan personnel puis de réussir une reconversion professionnelle. Cela peut demander plusieurs années.
Un ?marché noir?
Cette tension sur le marché de l'emploi des personnes handicapées a ses effets pervers. Certains dénoncent ainsi le ?marché noir? et la ?chasse? aux ?handicapslégers?, dont on suppose que l'intégration au sein de l'entreprise sera moins coûteuse et plus facile. Bref, il y a toujours des petits malins pour faire du handicap, à condition qu'il soit sans handicap, ou presque... Toujours est-il que l'état actuel du marché est du pain béni pour les cabinets RH. «La plupart des groupes se sont positionnés sur le marché du handicap, assure Michel Berthomé. Il faut dire qu'aujourd'hui il y a de l'or à faire sur ce créneau.»
Les entreprises éprouvent les pires difficultés à recruter des personnes handicapées.