En divisant par trois le tarif du rachat du surplus de l’électricité produite sur le toit des particuliers, le faisant passer de 12,7 centimes le kWh à 4 centimes, quel message le gouvernement envoie-t-il, selon vous, à la filière ? Est-ce un moratoire masqué sur vos activités ?
Il y a une interprétation qui peut être cet ordre. Mais de mon point de vue, le sujet n’est pas la baisse des aides venues de l’État. Le problème, ce sont les changements de cap incessants imposés à la filière photovoltaïque, qui a, au contraire, besoin d’un cadre stable, lisible sur lesquels les entreprises et les artisans puissent se baser pour définir des stratégies d’entreprise. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Il y a un an, presque jour pour jour, était signé dans le sud de la France, le lancement du plan solaire, avec différents acteurs de la filière, réunis pour signer l’engagement profond de l’État dans le développement du photovoltaïque. Un an après, tout bascule. Et c’est cela qui est très difficile dans la filière : parce que les entreprises ont investi dans la formation, dans les ressources humaines pour pouvoir installer de plus en plus, et ce plus rapidement, en lien avec la demande du marché. Ce changement de cap brutal, non négocié, non partagé, risque de détruire de l’emploi.
Mais au 1er octobre, la TVA va passer à 5,5 % sur les installations de moins de 9 kWc contre 20 % au-delà de 3 kWc actuellement. Au final, les particuliers vont-ils pouvoir s’y retrouver ?
Baisser la TVA, c’est ce que nous souhaitons. Mais baisser la TVA au mois d’octobre quand l’annonce est faite au mois de février, ça aussi cela pose problème. Parce que pendant sept mois, le marché s’arrête. Qui va investir maintenant sachant que dans 5 mois, son investissement sera plus intéressant financièrement ? D’autre part, la TVA doit effectivement passer à 5,5 %, mais elle va être assujettie à quelque chose. Quoi ? On ne sait toujours pas. Est-ce qu’il faudra acheter une batterie avec les panneaux photovoltaïques pour avoir la TVA à 5,5 % ? Est-ce qu’il faudra rajouter un système de gestion de l’énergie dans la maison pour avoir la TVA à 5,5 % ? On ne le sait pas encore. Je parlais de visibilité, voilà un exemple : il y a un effet d’annonce difficile à encaisser parce qu’il stoppe le marché, mais en plus cette annonce n’est pas complète.
Comment les entreprises de la filière vont-elles continuer à travailler, surtout pendant la césure entre la baisse des prix de rachat et la baisse de la TVA ?
Le marché français ne pourra pas réaliser plus de 200 MW de projets dans le résidentiel cette année, alors qu’en 2024 nous étions quasiment à 1 GW posé. Donc, en volume, le marché a été divisé par 5. Ça, c’est acté. Même si le marché en veut plus, ce ne sera pas possible et, de facto, la croissance de l’activité est limitée. Par contre, le travail d’aujourd’hui, ce que les installateurs réalisent actuellement, ce sont des projets signés l’année dernière. Dans l’immédiat, le monde du photovoltaïque continue d’installer des panneaux. La crainte, c’est pour 2026, du fait du décalage entre l’annonce, la mise en place et les conséquences.
Quelle serait la bonne conduite à tenir pour conjuguer baisse des aides et visibilité sur l’activité ?
Le photovoltaïque doit et est capable de vivre sans les aides. Encore une fois, c’est l’imprévisibilité réglementaire qui pose un problème. Dire que les aides vont diminuer, se mettre autour d’une table et travailler sur un plan à 2 ou à 3 ans pour dessiner une trajectoire où à la fin, il n’y a plus d’aides, c’est acceptable. Si c’est fait de manière progressive, en suivant un plan stratégique, qui permette de mettre tout le monde autour de la table et de définir les règles du jeu en fonction des contraintes de l’État, des contraintes du marché, et celle du réseau.
L’association que vous présidez, Cap à L’Est, s’est organisée pour répondre au besoin en main-d’œuvre de la filière. Est-ce que tout cela va être abandonné ?
Nous avons remporté un appel à projets dans le cadre de France 2030, avec l’AFPA, pour former 1 800 personnes dans les 5 prochaines années dans le photovoltaïque en région Grand Est. Avec un budget total de 5 millions d’euros, nous allons porter des formations couvrant tous les niveaux, des installateurs, des poseurs, des techniciens, des ingénieurs, des mainteneurs. La filière est mature et structurée, et le projet va continuer : la filière aura encore besoin de main-d’œuvre qualifiée. C’est pour cela que c’est difficile à avaler : d’un côté nous avons des aides d’État, des subventions dans le cadre de France 2030 pour monter un pôle sérieux et compétitif pour la filière photovoltaïque et de l’autre, on malmène la réglementation.
La mise en redressement de l’entreprise alsacienne France Solar est-elle due au flou autour de la réglementation ?
Non. Les entreprises qui vont souffrir de la nouvelle réglementation parce qu’il y aura moins de commandes, vont souffrir sur la fin de l’année 2025 et surtout sur l’année 2026. Donc je ne pense pas que le cas de France Solar soit lié intrinsèquement à l’évolution de la réglementation.
La concurrence est-elle forte actuellement entre les poseurs de panneaux photovoltaïques ? La situation est-elle propice à la destruction des marges ?
La concurrence est importante mais le marché était tellement en croissance qu’il y avait de la place pour tout le monde. Je ne pense pas qu’une entreprise ferme aujourd’hui sur le marché du photovoltaïque parce que la concurrence a été trop rude. L’année dernière, le marché a fait plus de 60 % de croissance dans sa globalité en France.
Comment réagissez-vous à l’accueil de l’industriel chinois Das Solar, qui va démarrer une usine de fabrication de panneaux photovoltaïques à 109 millions d’euros, d’une capacité de 3 GW, en s’installant sur une friche à Mandeure, dans le Doubs ?
Déjà, cette implantation montre que le marché européen et le marché français sont attractifs et donnent envie à des industriels d’investir. Ce que je note, c’est que dans les trois dernières années, il y avait déjà des industriels en France qui produisaient des panneaux photovoltaïques. Systovi, près de Nantes, qui a fermé ses portes par manque de soutien de l’État. Photowatt était le premier industriel en France et a dû mettre la clé sous la porte il y a 3 ou 4 mois. Aujourd’hui, il y a encore Voltec Solar, en Alsace, qui résiste. Au global, il y avait 14 industriels en France qui produisaient des panneaux. Force est de constater qu’aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un. Il est possible d’accompagner des entreprises qui viennent d’ailleurs, mais le point important, c’est de commencer par soutenir les entreprises qui sont déjà sur le territoire, qui génèrent des retombées économiques et sociales sur le territoire depuis de nombreuses années. Entre les gigafactories photovoltaïques de Carbon à Fos-sur-Mer ou d’Holosolis à Hambach et le projet de Mandeure, cela fait trois gigafactories potentielles qui arriveraient en France. Mais j’aurais vraiment voulu que ceux qui étaient en France depuis plus de 15 ans, qui ont créé de l’emploi, qui ont dynamisé la filière, qui ont finalement été les porte-drapeaux français du photovoltaïque, puissent trouver du soutien.
La gigafactory Holosolis a été annoncée en mai 2023, à l’occasion du sommet "Choose France" et la mise en production est programmée pour 2027. Pourquoi est-ce si long ?
Est-ce qu’il y a des gens qui ont envie d’investir dans l’industrie en France ? La volonté est là, mais maintenant, il faut des fonds pour pouvoir mettre les premiers coups de pioche. Parce qu’une chose est sûre : en France, nous savons faire et nous l’avons déjà prouvé avec les 14 industriels qui produisaient sur le territoire.