Le Journal des Entreprises : Le salon des dirigeants azuréens est consacré cette année à l’Entreprise au Féminin. D’où cette première question : l’entreprise a-t-elle un genre ?
Véronique Lorgnier : L’entreprise en tant qu’entité, non, mais tout ce qui en découle, c’est-à-dire ses valeurs, son style de management, sa manière d’occuper l’espace et la société, oui.
Ce genre est-il plutôt masculin ou féminin ?
V.L. : Il est plutôt masculin, du fait des fondements mêmes de l’entreprise basés sur la structuration, la hiérarchie, l’expertise, la recherche de performance… qui sont des valeurs dites masculines. Toutefois, les valeurs dites féminines de partage, de collaboratif, de transparence, de créativité, d’écoute sont aujourd’hui encouragées par la société. Ce qui place l’entreprise ou plutôt le chef d’entreprise dans une sorte de tiraillement entre deux valeurs qu’il s’agit de faire cohabiter. Et cela, c’est très difficile.
Pourquoi ?
V.L. : Avec la mondialisation, la concurrence est source de pression, surtout lorsqu’elle est perçue comme déloyale. Or quand l’humain est stressé, il a tendance à se recentrer sur ses archétypes, ses pratiques habituelles. C’est la même chose pour le collectif. En tant que coach, je vois beaucoup de dirigeants qui ont bien compris l’intérêt d’un management intégrant les valeurs féminines, mais face aux difficultés rencontrées, ils remettent du directif, du rapport de force, ce qui crée un décalage générant de la confusion. Car ce qui est énoncé, notamment dans la charte de valeur, n’est pas conforme à la réalité.
Comment harmoniser ces deux valeurs ?
V.L. : Les remettre chacune au bon endroit. La fonction première d’une entreprise est de conquérir des marchés pour pérenniser son activité et ses emplois. Elisabeth Badinter parle de la virilité de l’âme. Et bien l’entreprise, ne serait-ce que pour survivre, doit avoir une âme virile, même si cela va à l’encontre des tendances du moment. Une entreprise bienveillante avant d’être conquérante, ce n’est plus une entreprise, c’est un organisme social. Le pilier de l’entreprise, c’est donc la performance, l’expertise, l’excellence, on est là dans le masculin. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut s’en contenter. La performance en tant que telle est une valeur positive, mais si l’on oublie le sens de l’autre, cette performance se transforme en intransigeance, voire en tyrannie. L’entreprise libérée dont on parle tant, c’est une entreprise qui a suffisamment intégré ses valeurs masculines pour s’organiser autour de valeurs féminines et donc se tourner vers le collaboratif.
Véronique Lorgnier interviendra lors de la table-ronde plénière sur Le management au féminin/masculin jeudi 1er de 11h à 12h30.