France Télévisions, via France.tv studio, sa filiale commerciale de production, a inauguré son projet V Studios, le 10 février à Vendargues (Hérault). Cet équipement de plus de 8 200 m2 en deux bâtiments vient s’ajouter aux 16 000 m2 existant, portant l’ensemble à près de 25 000 m2. Fruit d’un investissement de 28 millions d’euros (dont 6 M€ de France 2030), cette extension offre quatre plateaux de tournage, dont deux peuvent accueillir du public. Ils s’ajoutent aux cinq plateaux déjà exploités depuis 2018 par France Télévisions. Ces installations accueilleront la réalisation de fictions, films ou séries, mais aussi de publicités, de documentaires, de jeux télévisés, voire de jeux vidéo.
Ces nouveaux studios sont sortis de terre en 14 mois : les travaux avaient démarré en novembre 2024 pour une livraison fin janvier 2026. "Il s’agit du premier projet lauréat de La Grande Fabrique de l’Image (France 2030) à sortir de terre", apprécie Delphine Ernotte-Cunci, PDG de France Télévisions. Neuf autres lauréats ont été retenus pour cet appel à projets.
Un objectif de 500 employés au quotidien
Ces studios seront utilisés par France Télévisions, mais ils seront également loués à des sociétés tierces pour leurs tournages. Cet outil de production est ouvert à l’ensemble des industries culturelles et créatives, fait savoir le groupe. Le carnet de réservation vient juste d’être ouvert, mais nul doute qu’il va se remplir. Si 250 personnes travaillent chaque jour sur le site de Vendargues, "on espère que ce sera deux fois plus à terme", expose Laurence Schwob, présidente de V Studios. Si l’activité venait à croître comme espéré, une réserve foncière permet d’envisager la construction d’un troisième bâtiment.
Un projet de Village de l’image
L’industrie culturelle et créative (ICC) est déjà bien ancrée dans l’Hérault, et cet équipement y participe un peu plus. Au pays d’Un si beau soleil, la série à succès tournée ici, la météo pluvieuse du 10 février aura fait sourire les participants de la cérémonie d’inauguration. Mais ces mines réjouies s’affichaient surtout à la perspective d’un avenir qu’elles voient radieux. "Les studios constituent une force de traction territoriale", assure Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma. Autour des productions à succès, on assiste à "la mise en œuvre d’un véritable pôle audiovisuel", voit Laurence Schwob.
Une illustration ? La foncière Proudreed, partenaire de l’opération, qui possède les 11 hectares voisins, a l’ambition de créer sur place un "Village de l’image". "Ces bâtiments constituent une première étape d’un ensemble beaucoup plus vaste. Déjà, un permis de construire est déposé pour 13 000 m2 en deux bâtiments juste à côté", expose Christophe Le Corre, président de Proudreed.
"Nous contribuons à faire émerger des filières de formation et donnons des perspectives d’emploi", assure Delphine Ernotte-Cunci. Pour faciliter les liens avec les universités et centres de formation, le bus-tram placera le site à 15 minutes prochainement, promet l’édile Mickaël Delafosse. Le président de Montpellier Méditerranée Métropole trouve là quelques arguments de campagne et cite les succès récents de l’ICC locale (avec des acteurs comme Illogic Studios, Sandfall interactive, Fortiche Production, etc).
Les paillettes n’avaient rien de superflu, si l’on se réfère au poids économique de l’ICC en France, rappelé par Fabrice Casadebaig, conseiller culture au Secrétariat général pour l’investissement. "L’ICC représente 586 000 emplois directs, 1,1 million d’emplois indirects en France. C’est plus que les industries aéronautique, automobile et pharmaceutique réunies (432 000). Elle génère 103 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 17 % à l’export, 43 milliards de valeur ajoutée, soit 2,9 % du PIB. La culture est une force essentielle dans notre économie".
Chaque euro investi dans un tournage génère 7,65 euros de retombées économiques. Pour appuyer cette dynamique, 65 000 m2 de studios supplémentaires vont sortir de terre ces prochaines années.
Le socialiste Mickaël Delafosse ne s’est pas privé d’ajouter un couplet politique, à l’heure où certains élus de droite remettent en cause le service public : "Les inquisiteurs aux petits pieds feraient mieux de venir voir ici toute l’énergie qui se déploie. Un grand pays comme la France a besoin d’un grand service public."