«Les délais de réponse sont inouïs et jamais respectés»

«Les délais de réponse sont inouïs et jamais respectés»



Au printemps 2009, vous vous inquiétiez de la réduction de votre activité de sous-traitance et prédisiez une mauvaise année. Qu'en a-t-il été?

Le recours au chômage partiel et l'augmentation de capital réalisée nous ont permis de ne pas sombrer mais les écueils ont été nombreux et le rôle des banques plus que contestable.


C'est-à-dire?

Dès les premières annulations de commandes et rapatriement de délestages, début 2009, j'ai décidé de jouer carte sur table avec mon banquier, en lui disant: ?L'année 2009 ne sera pas bonne, voici un plan précis de ce que nous pourrions perdre dans le pire des cas?, sachant que nous avions beaucoup investi auparavant et que nous visions, a minima, l'équilibre en janvier suivant. L'idée était de se réajuster notamment en faisant appel à la love money pour augmenter le capital d'un peu plus de 130K€ avant l'été et en sollicitant 300K€ auprès de nos trois banques de l'époque. En parallèle, nous avions lancé une procédure d'achat de notre bâtiment à un prix négocié bien en deçà du marché et qui devait nous permettre d'économiser près de 80.000€ par an. J'ai beau être d'une nature réservée voire méfiante vis-à-vis du monde bancaire, je n'imaginais pas à quel point son inefficacité pouvait pénaliser l'entreprise!


Quel est selon vous le fait le plus pénalisant?

Sans doute les délais de réponse, qui sont inouïs, sans compter que ceux annoncés ne sont jamais respectés. Absence, pièce manquante, comité décalé...: une banque a toujours une bonne raison de ne pas répondre rapidement tout en vous promettant qu'elle va le faire. Le problème, c'est que ces retards peuvent parfois mettre en péril une entreprise.


Quelles leçons en avez-vous tirées?

D'abord de ne pas hésiter à solliciter une ou plusieurs autres banques au moindre dérapage dans les délais annoncés car, quoi qu'il arrive, le dossier prendra du temps. J'ai pour ma part fait appel au médiateur du crédit mais un peu trop tard, craignant de dégrader les relations avec mes banquiers. Ce que je retiens aussi, c'est que les banquiers sont complètement déconnectés du monde de l'entreprise. Ils se prétendent spécialistes de la finance: c'est totalement faux. Les DAF ou d'autres professionnels de la finance, ce sont eux les vrais spécialistes. En même temps, comment s'étonner qu'un banquier ne réponde pas au besoin financier d'une entreprise quand on lui demande de vendre des cartes de crédit, de l'assurance, de la téléphonie mobile ou de la télésurveillance?