Des cadres de vélos en bois, à l’heure du tout carbone. "On est beaucoup plus proche d’un process industriel de vélos carbone que d’un artisan sculpteur", rassure Benjamin Boissier fondateur et coassocié des Ateliers Gonnel. Sa start-up fondée en 2022 connaît depuis ses débuts une belle ascension. Avec 50 vélos déjà en circulation et un carnet de commandes plein jusqu’en janvier, elle s’apprête à changer de braquet. La start-up espère passer de 30 K€ de chiffre d’affaires en 2024 à 175 K€ en 2025 et 350 K€ en 2026.
Une technologie éprouvée dans le nautisme et un moule breveté
Après une levée de fonds de 500 000 euros menée en début d’année, elle a emménagé début septembre dans un nouvel atelier d’environ 250 m2 sur le port des Minimes à La Rochelle. Elle y produit un vélo par semaine, bientôt le double grâce à un nouveau moule et une version 2. C’est là son secret : un moulage monobloc, essentiellement à froid d’un assemblage de 80 % de bois (frêne, tremble, paulownia), et de fibres de lin (de Normandie) ou de carbone, liés par de la résine. La structure sandwich composite, empruntée au nautisme qui l’éprouve depuis des décennies, associe un noyau central en bois léger à des couches externes alternant bois et fibres structurelles. Ce procédé optimise la résistance mécanique.
Empreinte carbone réduite
Du bloc de bois reçu tantôt des Hauts-de-France, du marais poitevin, de Charente ou d’Espagne, jusqu’au cadre fini, entre 30 et 50 heures sont nécessaires. La découpe laser côtoie le ponçage appliqué de deux nouvelles recrues. "Pour l’instant, on réalise les vélos à la commande", précise le dirigeant, parmi les deux modèles — route ou gravel — qui sont adaptés selon les options (taille, nombre de plateaux…). Les équipements (roues, freins, etc.) proviennent d’entreprises voisines.
Tripler la production dans moins de deux ans
Les nouveaux locaux — équipés pour 100 000 euros de machines — offrent une capacité de trois vélos par semaine, soit 150 par an, d’ici moins de deux ans. "C’est l’objectif, avec en parallèle trois gammes pour toucher le maximum d’utilisateurs, se faire connaître du public. Aujourd’hui, nos acheteurs sont des passionnés, à 90 % français, qui sont séduits avant tout par le confort. L’alliance du bois et du lin absorbe les vibrations, ce que dans le jargon on appelle la "filtration" et ce que recherchent les cyclistes d’ultradistance, une discipline en plein essor. Nos cadres demeurent en même temps légers grâce aux fibres de lin ou de carbone, même s’ils sont plus lourds (1,8 kg pour le route) que du full carbone, et très réactifs. Une partie aussi de nos clients vient à nous pour l’esthétique."
17 actionnaires
C’est ce qui a attiré le navigateur François Gabart sur le stand Gonnel lors d’un salon. La start-up était alors en bouclage de levée de fonds, le cofondateur de Vela s’y est ajouté, au même titre que 13 autres investisseurs privés (des dirigeants du luxe, du vélo et du nautisme, comme Eric Bruneel le fondateur de Neel Trimarans). Ils confortent le capital des trois associés, le fondateur Benjamin Boissier, ancien du rochelais Neel Trimarans, rejoint en 2023 par Bruno Merelle, ancien d’Airbus, et Guillaume Bolzec, ingénieur comme ses comparses issus de la promo 2012 l’école EIGSI, à quelques rues de l’atelier.
"J’aime le bois, raconte François Gabart. Le vélo est beau. Je ne suis pas un cycliste passionné mais j’ai toujours fait du vélo et c’est le sport de prédilection de mon fils aîné de 13 ans. Je suis souvent sollicité pour être ambassadeur et là, cela avait du sens. Nos problématiques sont les mêmes dans le nautisme : sortir du carbone, mêler davantage de lin… Moi aussi je teste le paulownia pour une pièce de mon voilier avec lequel je vais partir bientôt en tour du monde." Il y embarquera aussi un vélo Gonnel.