Produire de la corseterie haut de gamme made in France, c'est le pari qu'a pris Muriel Pernin en créant, en janvier 2013, Les Atelières à Villeurbanne.« Le projet remonte à janvier 2012 au moment de la reprise de Lejaby par Alain Prost. À l'époque, quand je rencontre Nicole Mendez (ndlr : déléguée CFDT chez Lejaby) et Alain Prost, j'ai dans l'idée de réunir des ouvrières pour maintenir une production de luxe 100 % française. Le secteur connaît des pertes d'emplois, mais en même temps, il y a une demande à l'international », rappelle Muriel Pernin, qui parvient à convaincre Alain Prost de lui confier sa production.
Un modèle à inventer
Un an plus tard, après avoir réuni 300.000 € de fonds privés grâce notamment à une souscription d'ampleur nationale, 200.000 € de fonds publics, et après avoir bâti une formation spécifique pour ses 25 ouvrières (dont cinq ex-Lejaby), La société coopérative d'intérêt collectif (SCIP) Les Atelières démarre officiellement son activité.« La première année a été difficile. Nous n'avons fait que 50 % du chiffre d'affaires prévu », constate Muriel Pernin. En effet, l'entreprise villeurbannaise, qui compte à ce jour 14 clients, est tout juste parvenue à atteindre le seuil des 500.000 € de chiffre d'affaires en 2013.« Nous n'avons pas su nous organiser. J'ai vécu l'été le plus horrible de ma vie. J'avais un carnet de commandes plein, mais je n'arrivais pas à y répondre », justifie la dirigeante.Positionnée entre la haute couture et la grande série, la PME rhodanienne n'a pas réussi à trouver le modèle industriel rentable propre aux petites séries. « On cherche toujours à inventer ce modèle. Nous avons d'ailleurs conclu deux partenariats de recherche, l'un avec le laboratoire de génie industriel (DISP) de l'Insa de Lyon et l'autre avec le laboratoire Magellan de l'université Lyon 3. J'ai ouvert un atelier de corsetières et je dirige aujourd'hui une unité de recherche », explique Muriel Pernin.
500.000 € à lever et des projetsPour financer cette R & D, la PME s'est rapprochée du cabinet Fineco pour monter son dossier de demande d'éligibilité au crédit impôt recherche.« Nous venons de lancer par ailleurs un plan de recapitalisation. L'objectif est de lever 500.000 €, via 50 personnes pour un montant de 10.000 € chacune. Nous ciblons les citoyens, qui sont attachés au renouveau de l'industrie française et qui, par leur soutien à une PME, peuvent défiscaliser », confie la dirigeante, par ailleurs toujours en quête « d'une banque qui a du courage. »Outre la recherche d'un modèle de production rentable, ces 500.000 € devraient permettre à Muriel Pernin de mener à bien ses projets de développement. « Nous avons produit cette année 28.000 pièces à façon. L'objectif pour 2014, c'est 35.000. En complément, nous allons lancer un Kit jeunes créateurs pour accompagner les jeunes talents qui ne savent pas travailler avec des ateliers de façonnage », indique-t-elle. Moyennant un forfait de 15.000 €, Les Atelières mettra ses compétences (modélisme, shooting, book, gestion des matières premières) à disposition des jeunes créateurs et les accompagnera dans la fabrication de leurs 500 premières pièces.La PME villeurbannaise entend par ailleurs amplifier sa stratégie de cobranding avec les marques et créer un site web marchand qui commercialisera ses produits. La boutique en ligne servira aussi de rampe de lancement à des produits propres que l'on ne trouve pas ou plus sur le marché. « L'objectif n'est pas de venir concurrencer nos clients », s'empresse de conclure Murielle Pernin, qui vise l'équilibre en 2015.
textile. Pas encore rentable, l'atelier de façonnage en corseterie compte sur une nouvelle levée de fonds pour mener à bien ses projets de développement.