Et pourquoi ne pas tenter de remporter le gros lot auprès de Bruxelles? Pour Nicolas Bonnet, président du cabinet de conseil parisien HLP Développement, spécialisé en innovation, les subventions européennes sont le nec plus ultra des aides publiques. Faut-il encore réussir à décrocher un de ces dispositifs très élitistes.
Quelles sont les principales aides européennes à l'innovation et quelles sont leurs grandes lignes directrices?
Les deux grands programmes sont le PCRD, créé il y a 25 ans, et le CIP, son petit frère lancé en 2007 (NDLR: respectivement le Programme cadre de recherche et de développement et le Programme innovation et compétitivité). Ce sont des dossiers assez lourds à monter avec un taux de succès faible: en moyenne, un dossier sur cinq est financé. La grande spécificité de ces dispositifs, c'est que c'est la Commission européenne qui fixe les sujets prioritaires. Nous sommes dans une logique «top down»: ne cherchez pas ce que Bruxelles peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour Bruxelles. Pour cela, il faut se référer chaque année à des documents de travail de plusieurs centaines de pages, en anglais, qui ciblent tous les thèmes qui entrent dans le cadre du programme.
Vu sous cet angle, le PCRD ne semble guère engageant...
L'aide est formidable, c'est ce qui se fait de mieux. En schématisant, car il existe des exceptions, une PME est subventionnée à 75% du montant de son projet, une entreprise de plus de 250 collaborateurs à 50%.
Pourquoi l'Europe retient-elle seulement un dossier sur cinq?
La raison, c'est qu'il existe une vraie demande et qu'en conséquence le PCRD est élitiste. Le programme est victime de son succès. Il y a des projets qui sont très bien notés mais qui ne passent pas, parce que c'est un concours. Et que l'on se trouve parfois en concurrence avec des projets portés par des groupes comme Bouygues, Dassault ou L'Oréal.
Face à ces géants, les PME ont-elles une chance?
Oui, les PME ont toutes leurs chances. Beaucoup d'ailleurs participent aux programmes européens, même si les Français sont généralement moins consommateurs d'aides européennes. On leur conseille d'y aller dans un premier temps adossé à une grande entreprise ou un gros laboratoire, afin de prendre des repères. Après, tout est possible. Je connais des TPE de huit personnes qui pilotent des projets PCRD.
Qu'en est-il des budgets financés? Sont-ils adaptés aux capacités des PME?
Un projet PCRD, en moyenne, c'est 3M€ apportés par sept partenaires sur trois ans. Pour un partenaire, cela donne un investissement moyen de 150.000€ par an. Sachant que la subvention couvre 75% de cette somme, la dépense annuelle moyenne n'est plus que de 37.500€. Pour une PME, finalement, c'est loin d'être inabordable.
Concrètement, de quelle manière aborder un programme européen?
Il faut d'abord avoir un projet. Ensuite, il faut avoir envie d'aller à l'international et de travailler avec des partenaires étrangers. Car, dans 99% des cas, il faut travailler au minimum à trois, issus au moins de trois pays différents. Le premier réflexe, c'est d'aller voir le réseau des points de contacts nationaux, les PCN*, un réseau public mis en place par le ministère de la recherche. Une autre possibilité est de passer par EEN** (NDLR: enterprise europe network). Après, et je prêche pour ma paroisse, je ne peux que conseiller de travailler avec des conseils privés.
Conseils publics, conseils privés: quelle différence?
Les PCN ou EEN sont parfaits pour un premier dégrossissage. Après, un cabinet privé vous aidera à trouver des partenaires, à monter le dossier, bref, vous proposera un accompagnement de A àZ.
* Vos correspondants PCN: www.eurosfaire.prd.fr/7pc/pcn.php ** Réseau EEN: wwwenterprise-europe-network.ec.europa.e