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« Les 6 millions d'euros de fonds européens vont nous permettre d'investir »
Interview Var # Défense # Union européenne

Gilbert Eustache directeur du site DCNS d'Ollioules « Les 6 millions d'euros de fonds européens vont nous permettre d'investir »

Engagement de la région Paca à hauteur de 6 millions d'euros via des fonds européens, méga contrat avec l'Australie, bilan de la première année d'installation à Ollioules (Var) au coeur du Technopôle de la mer... Le Journal des entreprises a rencontré Gilbert Eustache, directeur du site DCNS d'Ollioules. Entretien.

Le Journal des Entreprises : En fin d'année, la région Paca a annoncé sa décision d'engager 6 millions d'euros de fonds européens pour DCNS. Qu'en est-il ?

Gilbert Eustache : Dès 2013-2014, nous nous sommes intéressés au fonds européen de développement économique régional (Feder) et nous avons soumis, en juin 2015, un premier dossier articulé autour de deux piliers. Le premier volet concerne l'investissement d'infrastructure sur le site d'Ollioules, et plus particulièrement sur sa conception, qui repose sur le travail collaboratif et en équipe en toute sécurité. Le site a en effet été conçu pour protéger nos prestations intellectuelles, nos recherches et les travaux de recherche collaboratifs que l'on peut mener avec des PME ou start-ups. Le site héberge ainsi une zone internationale et des zones protégées. Le second volet de notre dossier concerne sept projets de R & D que nous menons en partenariat avec des PME et start-ups, des entreprises innovantes locale, régionale ou nationale, des entreprises avec lesquelles nous avons envie de faire un bout de chemin. Le dossier s'inscrit dans le cadre du développement du numérique naval. Après examen par les bureaux compétents de la Région, nous avons revu notre copie. Cette dernière a été déposée début 2016, la Région l'a retenue à l'été 2016 et Christian Estrosi nous a fait la surprise de nous annoncer le soutien de la Région à hauteur de 6 millions d'euros (via le fonds Feder) pour le développement du numérique naval à Ollioules. Il s'agit pour le groupe DCNS du premier dossier Feder.

Le groupe DCNS a signé un contrat historique estimé à 34 millions d'euros avec l'Australie. Il porte sur douze sous-marins, il devrait représenter 4 millions d'heures de travail pour DCNS. Aura-t-il des retombées sur votre site d'Ollioules ?

G.E. : Le groupe DCNS a été retenu pour concevoir et équiper la flotte sous-marine australienne. Les choix de fournisseurs ne sont pas encore complètement arrêtés. Quoi qu'il en soit, nous serons concernés par ce contrat, mais nous ne pouvons pas encore nous prononcer sur le volume d'activité que ce contrat pourrait représenter. Pour rappel, le groupe DCNS emploie 13.000 collaborateurs sur 12 sites en France, dont près de 3.500 dans le Var sur la base navale de Toulon, à Saint-Tropez et ici à Ollioules. Notre site d'Ollioules a une spécialité : la conception et la réalisation des systèmes de management de combat et des systèmes de combat pour les bâtiments de surface et les sous-marins. Nos ingénieurs d'Ollioules exercent 50 métiers, qui couvrent trois grands domaines : les systèmes de management de combat et la sécurité maritime (60 %), les systèmes de combat et d'aide à la décision à bord des sous-marins (20 %), les systèmes de combat des bâtiments de surface (20 %). Nous maîtrisons des savoir-faire stratégiques : à titre d'exemple, une voiture compte 5.000 pièces complexes, un char, 15.000, un Boeing 777 en compte 100.000. Un sous-marin nucléaire compte 1 million de pièces ! En termes de produits embarqués, un Airbus A350 nécessite 5 millions de lignes de code, quand une frégate multi-missions (Fremm) en demande 20 millions et une frégate antiaérienne 25 millions.

Le 4 janvier 2016, vous quittiez Le Mourillon, à Toulon, pour ce nouveau bâtiment à Ollioules, au cœur du Technopôle de la mer. Un an plus tard, quel est le bilan ?

G.E. : Un an après notre installation à Ollioules, le site emploie 1.200 collaborateurs. Dans un an, nous devrions approcher les 1.300 collaborateurs. Notre outil de travail - 30.000 m² de surface, dont 4.200 m² de plateforme de production - est exceptionnel. Nous avons ici le premier atelier logiciel d'Europe. Nous en sommes fiers et satisfaits au quotidien ; nous sommes fiers de son esthétique et de sa fonctionnalité. Nous sommes enfin fiers de la nouvelle image que l'on véhicule. Notre implantation à Ollioules a en effet radicalement changé l'image du groupe en région Paca et a suscité un intérêt nouveau pour notre activité dédiée aux systèmes. Nous avons nettement gagné en visibilité et j'en veux pour preuve la venue de Christian Estrosi pour l'annonce de ses 12 opérations d'intérêt régional, mais aussi les 15.000 visiteurs accueillis en 2016, dont plus de 10.000 hors DCNS et plus de 600 étrangers.

Ce nouvel outil a-t-il radicalement changé votre manière de travailler ?

G.E. : Ce site d'importance vitale a été conçu par l'architecte Jacques Ferrier et respecte notre volonté de départ, à savoir faciliter le travail collaboratif. La manière de travailler est différente. Nous ne parlons pas de gains de productivité. Notre productivité, que je ramène à notre compétitivité, se mesure sur notre capacité à gagner des offres.

Ce site vous offre aussi la possibilité de communiquer autrement sur vos métiers ?

G.E. : En effet et notre site dispose pour cela d'une pièce maîtresse : un showroom ouvert en cours d'année 2016. Il est un outil extraordinaire de simulation et de présentation de nos activités et moyens, de notre capacité d'innovation. Il constitue un réel vecteur de communication et d'intérêt pour nos futurs clients et partenaires, français et étrangers. Dans cet espace, nous livrons une part de notre activité, de nos produits actuels et futurs. Nous avons aussi créé un « cyberlaboratory », qui est dédié à la présentation de notre activité dans le domaine de la cybersécurité. Comme dans toute entreprise, cette activité prend de plus en plus d'importance. Il s'agit pour nous d'un nouvel axe de développement et de R&D.

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