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L'embellie se fait cruellement attendre
Alpes-Maritimes # Conjoncture

L'embellie se fait cruellement attendre

Si le secteur des sciences du vivant et de la chimie fine ont une fois encore porté l'activité économique azuréenne en 2014, force est de constater que les voyants restent au rouge. Même le tourisme boit la tasse. L'embellie, tant espérée cette année, se fait désirer.

Des cercueils. Deux. Sur lesquels sont posés des casques de chantier. Symbolique d'une filière en souffrance qui, en moins de trois ans, a perdu sur la Côte d'Azur quelque 2.000 emplois. Ce mardi 14 octobre, place du Palais-de-Justice, à Nice, les 400 professionnels du BTP présents manifestent leur deuil. Leur inquiétude, aussi. Car, si en début d'année, la fédération azuréenne tablait sur la suppression de 500 nouveaux postes en 2014, les prévisions ont été atteintes dès cet été. Et la tendance est encore loin de s'inverser. Le chiffre d'affaires du secteur a dégringolé de 10 % au cours du premier semestre 2014, alors que les signaux restent désespérément au rouge : permis de construire, - 17 %, mise en vente de logements neufs, - 31 %, ventes réalisées, - 22 %. L'appel d'air post-municipales tant espéré n'a pas eu lieu, disette budgétaire oblige. On connaît l'adage, quand le BTP va, tout va. Et quand le BTP ne va plus ? « Tout va mal ! » Bernard Kleynhoff, président de la CCI Nice Côte d'Azur, ne s'embarrasse pas de circonvolutions. « La tendance est préoccupante dans quasiment tous les secteurs d'activité, seul le pôle sciences du vivant s'en sort. » Selon les dernières données de l'Observatoire Sirius, piloté par la chambre consulaire, le chiffre d'affaires global des entreprises azuréennes s'est certes maintenu, + 0,5 %, « mais c'est à peine de quoi compenser l'inflation ». Le moral en berne, les entrepreneurs n'ont plus confiance. Signe qui ne trompe pas, les liquidations directes ont cette année encore bondi de 30 %.




Le pôle sciences du vivant toujours vaillant

Évidemment, le tableau n'est pas totalement noir. Le secteur industriel azuréen continue d'afficher une progression de ses niveaux d'affaires (+ 4 %), et ce grâce à une forte activité à l'international (+ 6 %). En tête, le pôle sciences du vivant et de la chimie fine, dont nos porte-drapeaux Mane, Robertet et Virbac, qui a inauguré en septembre une nouvelle usine de production de formes stériles injectables sur Carros, figurent une nouvelle fois dans le Top 10 de notre classement, aux côtés du constructeur de satellites Thales Alenia Space, de l'ascensoriste Koné et du groupe de nettoyage GSF. Toutefois, il semble bien que ce soit l'arbre qui cache la forêt. Alors que l'on se réjouissait de la capacité de Sophia Antipolis à absorber l'accident industriel Texas Instruments, et ses 513 ingénieurs sur le carreau, voilà que Samsung, autre géant de la microélectronique, se désengage de la technopole et annonce le licenciement de 90 personnes sur un total de 110. Un nouveau coup dur pour le secteur des TIC, fortement mobilisé pour obtenir la labellisation French Tech, qui depuis 2011 se stabilise autour des 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires.




Le tourisme boit la tasse

Même le tourisme, pilier de notre économie, boit la tasse. Malgré une fréquentation jugée correcte au mois d'août, le fort retrait constaté en juillet a impacté une saison estivale marquée par une nouvelle baisse du revpar (revenu par chambre) de 4 à 5 %. En cause, pêle-mêle, une météo maussade, des taxes supplémentaires et une clientèle russe aux abonnés absents suite au conflit ukrainien. Et la croisière de ne plus s'amuser. Si les déboires de la SNCM ont sans surprise handicapé le trafic vers la Corse (- 10 %), la chute du nombre d'escales sur Nice (- 11 %) et surtout sur Villefranche (- 29 %) est préoccupante, avec cette année une fréquentation qui devrait à peine dépasser les 600.000 passagers. Quant à la filière nautique, certes, elle retrouve des couleurs (800 M€ de chiffre d'affaires en 2013, contre 756 M€ en 2011), mais la liquidation cet été de Rodriguez Group illustre la fragilité du secteur. Enfin, du côté des commerces et des services, l'activité continue de se dégrader pour les uns (- 3 % pour le commerce de gros, + 1 % pour le commerce de détail), de s'accélérer pour les autres (+ 4 %), profitant d'un mouvement d'externalisation de certaines fonctions que les entreprises choisissent de ne plus assumer en interne. Conséquence, le marché du travail s'assombrit avec une évolution de 7,5 % du nombre d'inscrits à Pôle emploi (catégorie A), plus qu'en région Paca (5,7 %) et au national (4,3 %). Vivement l'embellie !

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