Opérant dans des activités d’organisation de voyages et de transport par autocars, le groupe lorrain Prêt-à-Partir (1 500 collaborateurs) souhaite convertir l’ensemble de sa flotte (près de 1 000 véhicules) au HVO, une huile végétale hydrotraitée. Puis, d’ici 2035, l’entreprise espère passer entièrement à l’électrique.
Un défi de taille pour l’entreprise créée par Rose Piot en 1948, alors que la décarbonation n’était pas encore une priorité. Les grands-parents de l’actuel dirigeant, François Piot, ouvrent une station-service à Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges. Et, dès les années 50, ils se lancent dans les transports scolaires, en 2 CV.
Trois générations de Piot
En 1965, l’entreprise passe un nouveau stade lorsque Daniel Piot, fils des fondateurs, intègre Prêt-à-Partir et développe l’activité en passant autocariste. Daniel Piot contribue à la création du réseau Prêt-à-Partir : en 1975, il crée la Société Anonymes des Autocars Piot (SADAP), la plus importante filiale de l’entreprise. Puis il rachète l’entreprise Respaut Tourisme en 1986. Dès 1999, Prêt-à-Partir compte 27 agences de voyages. 26 ans plus tard, elle en compte 92, et François Piot est actionnaire, pas toujours majoritairement, d’une centaine de sociétés liées à l’activité de Prêt-à-Partir, pour un chiffre d’affaires consolidé de près de 140 millions d’euros.
En 1996, à 23 ans, François Piot annonce à ses parents qu’il reprendra l’entreprise, avec sa compagne, Christine. L’actuel dirigeant intègre l’entreprise en novembre 1998, alors que Daniel Piot envisage de la céder à des Suédois : "il n’y avait pas vraiment de place pour nous. La devise de mon père : diviser pour mieux régner. Papa avait monté les directeurs de l’entreprise les uns contre les autres en leur faisant miroiter qu’il voulait vendre la société à un groupe de cadres du transport", raconte François Piot dans son magazine d’information interne, l’arbre à Palabres. L’entreprise, qui fait alors la même taille qu’aujourd’hui, est endettée, notamment après un déménagement entraînant une augmentation des coûts de structure et un passage aux 35 heures se répercutant sur les prix en tourisme.
Des divergences de management
La situation s’aggrave jusqu’en 2004, où François Piot cède les deux tiers de l’activité transport de l’entreprise à Transdev. Quelques mois après la cession, le dirigeant convoque ses parents pour prendre seul la tête de l’entreprise. "Il (Daniel Piot, NDLR) représentait le passé, un management d’un autre âge, une gestion approximative, il était craint par ses salariés, détestés par ses concurrents, respecté par tous", poursuit François Piot, qui entame alors une reconstruction de l’entreprise.
Aujourd’hui, "ce qui revient en premier quand on parle de Prêt-à-Partir, c’est le management. Avant, nous n’avions pas d’ADN", décrit le dirigeant. À la tête de l’entreprise, François Piot défend le concept d'"entreprise libérée", une forme organisationnelle qui repose sur une plus grande liberté des salariés et une réduction des strates hiérarchiques. "L’étape d’après, c’est l’entreprise altruiste, qui veut faire du bien tout en gagnant de l’argent", précise le dirigeant. À ce titre, l’entreprise s’est par exemple engagée pendant 17 ans auprès de l’association Niger Ma Zaada, en lui versant au total 890 000 €. Et Prêt-à-Partir a également lancé fin 2024 son fonds de dotation "Prêt-à-Partir Ensemble", dédié au handicap et à la défense des droits des animaux.
Un message par jour pendant le Covid
Si des journaux d’entreprise existaient déjà avant l’arrivée du dirigeant, François Piot décide de rencontrer ses conducteurs de transport scolaire, en 2016. Il en publie un livre, nommé "Le Fil Conducteur" et comportant 55 portraits. "J’ai vu l’ambiance dans l’entreprise commencer à changer : les gens me connaissaient", explique-t-il. À partir du Covid, cette communication est portée à un échelon supérieur. Le dirigeant adresse alors chaque matin à ses équipes un message, au travers de workplace, le réseau social interne de l’entreprise.
Quatre ans plus tard, il écrit toujours deux fois par semaine aux salariés de l’entreprise, et publie parfois ses messages sur Linkedin, notamment à destination des clients et des fournisseurs de l’entreprise. "Dans ma manière de diriger, il y a des choses qui ressemblent à ce que mon père faisait, comme donner beaucoup de liberté aux salariés. Mais contrairement à lui, j’accepte de réembaucher les salariés qui s’en vont : quelqu’un qui veut revenir, c’est un excellent exemple pour les autres", appuie François Piot.
Produire sa propre électricité
Et Prêt-à-Partir se veut également transparent sur ses engagements écologiques, dans ses rapports RSE, publiés chaque année depuis 2022. L’entreprise y détaille notamment ses participations dans des sociétés productrices d’énergie, par l’intermédiaire de sa holding SOFIP (Société financière et industrielle Piot) et par sa sous-holding, Papsolar ENR. Et Prêt-à-Partir exploite elle-même plusieurs centrales photovoltaïques, sur les toitures des dépôts d’autocars du groupe ou sur des bâtiments agricoles, en co-exploitation avec un agriculteur local. À terme, l’objectif est de produire l’équivalent de la consommation de la flotte de l’entreprise en électricité, en détenant une puissance installée cumulée de 20 MW, d’ici deux ans. Un investissement de l’ordre de 20 millions d’euros pour l’entreprise, qui dépense chaque année 12 millions d’euros de gasoil.