Bretagne
"Le versement mobilité régional et rural n’est rien d’autre qu’un impôt de production supplémentaire"
Avis d'expert Bretagne # Réseaux d'accompagnement

"Le versement mobilité régional et rural n’est rien d’autre qu’un impôt de production supplémentaire"

Les conseillers régionaux bretons, réunis en session du 25 au 27 juin, examinent une taxe facultative introduite par la loi de finances 2025 : le versement mobilité régional et rural (VMRR). En cas d’adoption, cette taxe, supportée par les entreprises, serait appliquée à partir du 1er janvier 2026. Le Medef 35, par l’intermédiaire de son président Eric Challan-Belval, évoque "une ponction injuste". Il s’en explique dans cette tribune.

Eric Challan-Belval, président du Medef 35 : "Nous refusons catégoriquement le retour déguisé de l'écotaxe, rejetée par les Bretons il y a déjà dix ans" — Photo : Medef 35

À l’heure où nos entreprises font face à une conjoncture économique tendue, la Région Bretagne envisage la mise en place d’un nouveau prélèvement : le versement mobilité régional et rural (VMRR). Pour le monde économique, c’est un non catégorique. Non à une taxe de plus. Non à une ponction injuste. Non à un mécanisme qui fragilise encore davantage notre tissu entrepreneurial.

Pour toutes les entreprises bretonnes de 11 salariés et plus

Le VMRR n’est rien d’autre qu’un impôt de production supplémentaire. Il frapperait toutes les entreprises de 11 salariés et plus, sur la base de leur masse salariale, et viendrait directement impacter l’emploi, les salaires et l’investissement. Dans un contexte de baisse d’activité et de marges comprimées, ce prélèvement est non seulement malvenu, mais potentiellement destructeur.

La fiscalité des entreprises françaises est déjà la plus lourde de la zone euro. Nos entreprises supportent 85 milliards d’euros de charges de plus que la moyenne européenne (dont 23 millions d'euros pour l'industrie). Elles contribuent déjà, pour 50 à 70 % des budgets de transport collectif des intercommunalités, alors que seuls 4 % des trajets réalisés en transports en commun sont des trajets domicile-travail-domicile. L’équation est absurde : une infime minorité d’usagers pour une majorité de financements assurés par les employeurs.

Distorsion de concurrence

À cela s’ajoute un contexte breton spécifique. À l’inverse de nos voisins normands et ligériens, la Bretagne serait la seule à imposer le VMRR, créant ainsi une distorsion de concurrence dommageable à l’échelle interrégionale. Comment justifier cette pénalité territoriale infligée aux employeurs bretons ? Pourquoi alourdir encore le fardeau fiscal dans une région où les entreprises doivent déjà composer avec un marché en repli et des coûts croissants ?

Nous alertons aussi sur les conséquences concrètes pour l’emploi et la dynamique économique régionale : des charges accrues, c’est moins de capacité à revaloriser les salaires, à embaucher, à investir. Et cela s’ajoute au versement mobilité payé par les entreprises à certaines EPCI et dont les montants pouvant atteindre en moyenne 250 euros par salarié. C’est inacceptable.

Des propositions concrètes

Pour autant, notre opposition n’est pas stérile. Elle s’accompagne de propositions concrètes. Des solutions alternatives de financement doivent être explorées collectivement dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Mais une chose est claire : nous refusons catégoriquement le retour déguisé de l’écotaxe, rejetée par les Bretons il y a déjà dix ans.

Nous appelons solennellement les élus régionaux à prendre leurs responsabilités. Dire non au VMRR, c’est protéger l’emploi, la compétitivité et l’équité pour les entreprises bretonnes. Ne laissons pas la Bretagne devenir le maillon faible du tissu économique français.

Bretagne # Réseaux d'accompagnement # Politique économique # Syndicats patronaux