Strasbourg
" Le transfert de charges de la Sécurité sociale vers les Mutuelles ne peut pas être improvisé "
Interview Strasbourg # Santé # PME

Albert Koehren président de Mutest " Le transfert de charges de la Sécurité sociale vers les Mutuelles ne peut pas être improvisé "

S'abonner

Alors que la Sécurité sociale réduit ses remboursements, les mutuelles doivent absorber des charges croissantes sur fond de préparation du Plan de financement de la Sécurité Sociale. Albert Koehren, président de la mutuelle alsacienne Mutest (Alliance Mutualiste) détaille l’impact sur les cotisations, alerte sur la fracture générationnelle et appelle à un pacte concerté avec l’État pour garantir un financement durable du système de santé.

Albert Koehren, président depuis 2023 de la mutuelle alsacienne Mutest basée à Strasbourg — Photo : agende Auvray -

Monsieur Koehren, comment analysez-vous le transfert croissant de charges de la Sécurité sociale vers les mutuelles ?

Le système est à bout de souffle. Nous avions l’un des meilleurs systèmes européens en matière de santé, ce n’est plus le cas. L’État veut augmenter à la fois les cotisations et la fiscalité. Nous assumerons, mais ensemble. Cela suppose un partage des charges programmé et concerté. Or, aujourd’hui, le transfert est improvisé. Le passage de 70 % à 60 % de remboursement par la Sécurité sociale, notamment sur les frais dentaires, représente à lui seul 500 millions d’euros supplémentaires à assumer pour les mutuelles. Ce délestage, sans compensation ni anticipation, n’est pas possible.

Quelles conséquences concrètes pour Mutest et vos adhérents ?

La hausse des dépenses de santé atteint en moyenne 3,6 % par an entre 2019 et 2023. Pour Mutest, cela s’est traduit par 34,9 millions d’euros de dépenses supplémentaires. Nous avons dû augmenter les cotisations de 8,1 % en moyenne pour endiguer cette dérive. Mais nous ne pouvons pas demander aux adhérents de porter seuls toute la charge. D’autant plus que la fiscalité pesant sur les mutuelles, autour de 14 % aujourd’hui, continue de croître.

Quelle frange de la population est particulièrement concernée ?

Les mutuelles de proximité encaissent le choc, mais les retraités voient leurs cotisations s’alourdir sans bénéficier pour autant d’une couverture adaptée. Nous assistons à une fracture générationnelle et sociale qui s’intensifie entre les actifs et les retraités. Il faut absolument préserver la solidarité générationnelle et sociale qui est au cœur de notre modèle.

Vous demandez donc une compensation de l’État ?

Exactement. Quand l’État augmente ses taxes sur les mutuelles, nous demandons une compensation. Une reprise par la Sécurité sociale de certaines parts aujourd’hui déportées sur les mutuelles fait partie des solutions en discussion. Le plan de financement de la Sécurité sociale doit proposer des alternatives réalistes, et pas se traduire par un simple transfert brutal de charges. C’est un point central : tout projet de financement doit être anticipé, concerté et équilibré.

Comment travaillez-vous à ces alternatives ?

L’Alliance Mutualiste, à laquelle Mutest participe, réfléchit à des propositions. Elle travaille à un regroupement des mutuelles locales et territoriales pour renforcer leur poids. Mutest, mutuelle alsacienne, compte 70 000 adhérents. Pour l’exercice 2024, nous avons réalisé 77 000 euros de chiffre d’affaires. Mais ce chiffre recule, car nous avons dû absorber les dépenses liées au report de charges de la Sécurité sociale et aux suites de la crise Covid. Nous pouvons faire plus, mais pas seuls.

Quelles sont vos perspectives à court terme ?

Nous plaidons pour un pacte transparent et de long terme avec l’État. Les mutuelles sont un pilier indispensable de l’accès aux soins. Nous voulons le rappeler et le démontrer. Une conférence est prévue le 23 octobre 2025 : nous y présenterons des propositions pour un pacte de confiance sain, transparent et durable.

Strasbourg # Santé # PME # Politique économique
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise MUT'EST