En janvier 2025, l’écurie de course au large du groupe Actual a racheté un monstre des mers à l’écurie Gitana : le Maxi Edmond de Rothschild. Rebaptisé Actual Ultim 4, il mesure 30 mètres de long, 22 mètres de large et possède jusqu’à 620 m2 de voiles. Un bateau qui a déjà remporté de grandes courses. Pourquoi cette acquisition ?
Cette acquisition est liée à des convergences de situations. D’abord, ce bateau était en vente. C’était une opportunité unique d’acquérir le meilleur bateau lorsqu’on fait de la compétition. Et changer de catégorie ou de projet de bateau a correspondu à chaque fois à une étape dans l’évolution du groupe [cet Ultim est plus performant que l'Ultim 3, NDLR]. Cela fait près de 25 ans que nous sommes investis dans la course à la voile. Nous avons commencé avec un 6,50 mètres en 2001 avec Yves Le Blévec. Actual comptait alors quinze agences et faisait 45 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous avons aujourd’hui 600 agences d’intérim et de recrutement, plus de 4 000 collaborateurs, et nous réalisons 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Nous sommes 1er en France sur les métiers d’insertion, 3e dans l’accompagnement, 5e en intérim face à des grands groupes mondiaux. Actual a donc gagné une bonne visibilité. Mais après des années de croissance externe soutenue, à partir de 2025, nous voulons structurer les différentes acquisitions, simplifier notre architecture de groupe qui compte 25 marques et 19 activités atomisées. D’ici 2030, nous voulons créer un réel parcours candidats-clients autour de nos différents services de recrutement et de formation… Et pour cela, l’idée est de communiquer autour d’un projet sportif gagnant.
Et quelles sont les ambitions sportives avec ce nouveau bateau ?
Depuis deux ans, nous sommes engagés avec un jeune skipper très prometteur, Anthony Marchand [âge de 40 ans, NDLR] qui a la capacité et la motivation pour gagner des courses comme le Vendée Globe. Avec l’Actual Ultim 4, nous disposons du meilleur bateau qui existe actuellement. Il a remporté de grandes courses, comme la Transat Jacques-Vabre en 2021, la Route du Rhum en 2022 ou encore l’Arkéa Ultim Challenge Brest en 2024. Notre objectif est d’être prêt pour la Transat Jaques-Vabre en novembre 2025, rebaptisée Transat Café L’Or, puis la Route du Rhum en 2026.
L’an dernier, vous avez pris la présidence de la Classe Ultim, qui regroupe les écuries d’entreprises pionnières dans la course au large. En quoi cette catégorie est-elle spéciale ?
Depuis douze ans, nous avons structuré cette catégorie de courses, établi des réglementations qui n’existaient pas, mis un cadre technique, etc. Nous pouvons ainsi engager les bateaux de course les plus rapides et les plus grands à l’heure actuelle (mesurant jusqu’à 32 m par 23 m, NDLR). Seuls quelques skippers au monde sont capables de piloter de tels bateaux. Pour une marque, il y a un pouvoir d’attractivité énorme. Que l’on gagne ou pas, d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir les quais des ports de départ et arrivée des grandes épreuves : il y a entre 100 et 200 bateaux engagés, mais tous les spectateurs viennent admirer les Ultim.
Qu’est-ce qui vous séduit particulièrement dans la voile ?
Avant de parler de passion, cela répond d’abord à une stratégie. Le sponsoring est un sujet intéressé. La course à la voile offre différentes approches : la notoriété, d’abord, avec un support qui véhicule l’image et le nom de l’entreprise. Dans le sport, seul le cyclisme permet aussi cela. Auprès des clients, une sortie sur un bateau de course permet d’offrir une expérience unique, incroyable ; cela crée un avant et un après dans la relation — plus facilement que sur un vélo…
"La course au large permet d’engager les équipes dans un projet commun. Cela crée un sentiment d’appartenance incroyable"
La course au large reste une aventure. Participer aux grandes courses fédère en outre les équipes autour d’un totem, même celles qui sont décentralisées. Pour un groupe comme le nôtre qui s’est beaucoup développé par des rachats dans différentes régions ces dernières années, cela permet d’engager les équipes dans un projet commun, même celles qui sont les plus éloignées. La plupart des collaborateurs se prêtent au jeu, cela crée un sentiment d’appartenance incroyable. Il y a une image positive, et des similitudes avec l’avancée d’un groupe, d’une entreprise : les équipes sont sollicitées quand on gagne, mais aussi quand c’est plus difficile…
"La Team Actual représente un budget de près de 4 millions d’euros par an. Et une équipe de 15 à 20 personnes pour préparer le bateau"
La course au large permet d’être humble sur les résultats, cela reste un pari. En mer, tout peut arriver. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas gagner par hasard. Il faut s’en donner les moyens.
Et quels moyens consacrez-vous à ce sport ?
Nautisme et voile forment un écosystème inspirant, mais très exigeant. Pour espérer franchir la ligne d’arrivée en premier, il faut mettre en œuvre tout ce qui est possible. La Team Actual représente un budget annuel de près de 4 millions d’euros, et une équipe de quinze à vingt personnes pour préparer le bateau.
Si la voile est l’implication la plus forte d’Actual dans le sport, vous avez également des partenariats avec beaucoup de clubs de football professionnels. Dans les deux sports, l’approche est-elle la même ?
À l’inverse de la voile, le football est le sport le plus populaire et permet de s’adresser à un public plus local. Par nos origines, nous sommes évidemment sur le maillot du Stade Lavallois Mayenne Football Club [Actual Group a historiquement son siège à Laval, et figure parmi les actionnaires principaux du club ; la tribune "présidentielle" du stade Francis-le-Basser porte le nom d’Actual, NDLR]. Dans des régions très différentes, nous sommes aussi présents auprès de clubs historiques : le FC Lorient, Lille (Losc), l’OGC Nice, le Sporting Club de Bastia, le Sco d’Angers, Lyon en féminin [l’OL détient le record de titres européens en Champions League chez les femmes, NDLR]… C’est lié à une recherche d’ancrage. Lorsque nous avons repris des entreprises pour nous implanter dans de nouvelles régions en France, cela nous a permis de nous faire connaître. L'entité Actual Network porte ces partenariats autour d’une marque du groupe.
S’agit-il seulement d’affichage ?
Notre volonté est aussi de dépasser le maillot et les loges : nous voulons avoir un engagement progressif. Au Stade Toulousain par exemple, nous avons installé des QR codes pour entretenir une interaction entre le public et nos métiers. Les gens peuvent aller au match pour participer à une aventure collective, assouvir leur passion et trouver du travail par un accès digital. C’est un test que nous avons l’intention de déployer ensuite sur l’ensemble des partenariats.
Pour les sportifs qui changent de club, nous pouvons aussi aider le (la) conjoint (e) à trouver un emploi, ou dans un reclassement en fin de carrière.
Vous êtes aussi partenaire du meilleur club de rugby en Europe ?
Quand nous avons voulu nous implanter dans le Sud-Ouest, il paraissait plus logique de nous engager avec un club de rugby que de football, parce que l’audience de ce sport y est plus forte. Nous avons eu la chance de nous engager avec le plus grand club, le Stade Toulousain. Ce n’est pas un hasard, mais cela s’est fait parce qu’avec le président du club Didier Lacroix, on s’est tout de suite compris.
"Au total, nous avons 117 partenariats sportifs !"
Chaque partenariat est lié à une logique territoriale mais aussi à des rencontres ; à nos implantations successives et aux hommes. Il faut des dirigeants qui aient un projet qui nous correspondent et les mêmes valeurs que nous. Parce qu’on ne fait pas de one-shot, on s’engage dans le temps. Pour nous, il doit y avoir un lien avec nos métiers pour attirer autour des notions de motivation, d’effort, d’audace et même face aux situations d’échecs…
Quel est votre rôle dans les relations de sponsoring de votre groupe ?
Personnellement, je m’occupe des principaux partenariats, dans la voile, et avec les grands clubs professionnels ; mais je ne suis pas tout… Au total, nous avons 117 partenariats sportifs ! Nos agences ont une autonomie pour gérer les liens avec des clubs amateurs locaux. Notre structure Actual Champions Club accompagne aussi des sportifs en individuel, comme le boxeur lavallois Jordy Weiss, ex-champion d’Europe catégorie welters, l’apnéiste Arthur Guérin-Boëri, ou encore le paranageur Axel Alletru.
Combien consacrez-vous à l’année à votre stratégie de sponsor ?
Au total, le budget communication a représenté 0,5 % du chiffre d’affaires en 2024 [soit un budget total d’environ 8 millions d’euros, NDLR], dont 70 % de sponsoring. Nous faisons aussi du mécénat. Nous avons un fonds de dotation qui porte traditionnellement sur la culture et le patrimoine en Mayenne. Nous recevons trois à quatre sollicitations par semaine, mais nous privilégions celles qui participent à nos valeurs. Par exemple l’association Tout le monde contre le cancer ou La Nuit du bien commun.