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"Le robot de désherbage autonome de Cyclair est désormais commercialisé"
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Sébastien Gorry fondateur de Cyclair "Le robot de désherbage autonome de Cyclair est désormais commercialisé"

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Implanté en zone rurale à Pressac (Vienne), Cyclair a créé un robot autonome de désherbage mécanique des grandes cultures. Son fondateur Sébastien Gorry révèle comment, après six ans de R & D, la start-up de 30 salariés a commercialisé ses premiers robots en 2025 et va implanter sa première agence décentralisée avant de démarrer l’industrialisation dans un an.

Trois des sept premiers robots conçus par Cyclair ont été vendus. Les autres sont conservés à des fins de R & D — Photo : Cyclair

D’où vient Cyclair ?

Je suis fils d’agriculteur dans la Vienne. Ingénieur dans l’industrie pendant douze ans, je suis resté intéressé par l’agriculture, qui est un secteur qui évolue vite et innove. En 2019, j’ai créé Cyclair pour mettre au point un robot autonome qui puisse désherber les grandes cultures sans utiliser d’herbicide, ayant recours à l’intelligence artificielle et à la robotique de précision. Deux associés m’ont rejoint en 2020, Quentin Guillemot et Camille Auger. L’entreprise compte une trentaine de collaborateurs aujourd’hui.

Êtes-vous parvenu à vos fins ?

Nous avons conçu ce robot. Placé à l’entrée d’une parcelle, il gère automatiquement sa trajectoire, sans intervention humaine, au rythme d’un hectare à l’heure. Il scalpe les mauvaises herbes dans les rangs. Ses outils agissent au centimètre près. Nous avons testé sept premiers modèles de 3 mètres pendant deux ans et nous venons d’en vendre trois en 2025, nous permettant de générer notre premier chiffre d’affaires (400 000 euros). Notre modèle définitif, de 7 mètres de large, baptisé "Grillon GW", est désormais commercialisable. Nous allons signer nos premières ventes cet automne.

La version définitive du robot qui commence à être commercialisée atteint sept mètres de large, quand les premiers produits mesurent trois mètres (au fond) — Photo : Cyclair

Pourquoi avoir créé l’entreprise si tôt dans votre projet ?

La création de l’entreprise avec numéro de Siret et un capital social est la condition pour pouvoir accéder à différentes aides. Très vite, nous avons obtenu 50 000 € de Bpifrance. Grâce à cela, nous avons conduit nos premières études de faisabilité et embauché notre premier salarié dès avril 2021.

Par la suite, avez-vous été soutenus ?

Oui, nous avons été lauréats de deux appels à projets France 2030, de 1,2 million d’euros chacun. Mais à chaque fois, c’est à hauteur de 35 % : pour un million d’euros, il faut en dépenser trois, il faut donc d’autres sources de financement. Il y a bien sûr les prêts et les avances remboursables. Nous avons aussi obtenu des soutiens de tous les échelons territoriaux : la Région Nouvelle-Aquitaine pour plus d’un million d’euros, le Département de la Vienne qui a financé le bâtiment de production, et la commune de Pressac qui met à disposition les locaux pour nos bureaux.

Mais pour être crédibles et solides, les associés ont injecté 1,4 million d’euros. Sans cela, nous serions déjà morts. Nous sommes quatre aujourd’hui, avec mon père.

Sébastien Gorry a été rejoint par ses deux associés en 2020. Depuis, son père est devenu le 4e associé de l’entreprise — Photo : Cyclair

Et qu’en est-il des levées de fonds ?

À côté, il y a les investisseurs privés. Nous avons réussi une première levée de fonds de 2,3 millions d’euros en 2023, auprès de business angels et de fonds d’investissement, ainsi que des coopératives céréalières Cérèsia à Reims (4 146 adhérents, 734 M€ de CA) et COC à Poitiers (2 000 adhérents, 400 M€ de CA). Et nous conduisons une nouvelle levée de fonds. Nous espérons atteindre 3 millions d’euros d’ici la fin 2025.

Mais les investisseurs sont frileux. Afin de les rassurer, nous avons enclenché en juillet une opération de crowdequity, proposée par la plateforme SoWeFund. Nous menons donc, conjointement à la levée de fonds, un premier tour de table auprès de particuliers, d’environ 800 000 euros.

À quoi ces sommes vous serviront-elles ?

Un tiers ira à la R & D, un tiers à l’industrialisation et un tiers à l’expansion commerciale. La chaîne de production de notre usine d’assemblage est en cours d’installation à Pressac. Nous sous-traitons la fabrication des pièces mais nous gardons la main sur l’assemblage, compte tenu de notre exigence de qualité sur la précision des outils et des capteurs. Nous espérons sortir nos premières séries de dix machines en septembre 2026, pour ensuite atteindre 30 robots en 2027 et 100 en 2028 ou 2029.

Quel est votre business model ?

La distribution des robots sera régionalisée : nous allons la confier à des concessionnaires de machinisme agricole, comme nous venons de l'acter avec le groupe BMA, qui compte 17 concessions en Nouvelle-Aquitaine essentiellement. Leur client final n’est pas un agriculteur seul car notre matériel coûte de 150 000 à 200 000 euros. Pour l’amortir, il faut concentrer son utilisation sur de grandes surfaces dans un périmètre resserré. C’est pourquoi les clients sont des ETA (entreprises de travaux agricoles) ou des Cuma (Coopératives d’utilisation de matériel agricole). Nous aurons en outre un revenu récurrent par la vente de pièces et la vente de licence.

Les grandes coopératives peuvent être des partenaires intermédiaires, soit via leurs filiales d’agro machinisme, soit comme prescripteur avec leurs conseillers agricoles. Cérèsia est entré à notre capital et a acheté un robot. L’entreprise mène des essais et intervient notamment sur les zones de protection des captages de l’agglomération d’Epernay (Marne).

"Nous concentrons nos efforts sur un seul produit et sur quelques régions."

D’où votre installation à Reims ?

Nous allons ouvrir notre premier bureau décentralisé au sein du Village by CA du parc d’affaires Reims Bezannes (Marne) en janvier 2026, avec trois collaborateurs, pour atteindre une dizaine à terme. Le Grand Est est une région de grandes cultures, avec 41 000 exploitations agricoles. Pour le moment, nous intensifions notre présence en Nouvelle-Aquitaine et dans le Grand Est. À terme, nous envisageons d’ouvrir un bureau dans chaque région.

Nous avons une culture industrielle et agricole, nous veillons à sécuriser nos bases pour avancer. Aussi, nous concentrons nos efforts sur un seul produit et sur quelques régions. Cela n’aurait aucun sens d’aller à l’international avant d’avoir une emprise forte en France.

Vienne # Agritech # Levée de fonds # Implantation # Innovation # Start-up