Le port de Saint-Nazaire héberge la construction des ouvrages de protection du Fort Boyard
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Le port de Saint-Nazaire héberge la construction des ouvrages de protection du Fort Boyard

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Le Fort Boyard est un joyau du patrimoine maritime de la côte atlantique, rendu célèbre par une émission de télévision. Le Département de Charente-Maritime vient de lancer une opération de construction de deux ouvrages de protection, un éperon et un havre. Coût de l’opération de sauvegarde : 44 millions d’euros. C’est le port de Saint-Nazaire qui héberge ce chantier hors norme.

Sylvie Marcilly, président du Département de Charente-Maritime. "C’est un choix historique de se lancer dans la sauvegarde du Fort Boyard." — Photo : David Pouilloux

Le Fort Boyard doit sa notoriété à une émission de télévision bien connue, à la voix éteinte de l’énigmatique Père Fouras et aux dons faits à une nuée d’associations. Mais le géant, qui s’élève sur le pertuis d’Antioche, entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix, subit les assauts incessants des flots sur ses flancs. "Il était temps d’intervenir pour le sauver", déclare Sylvie Marcilly, présidente du département de Charente-Maritime.

Le Fort Boyard a été construit à la demande de Louis XIV, pour protéger l'arsenal de Rochefort — Photo : DR

L’élue était en décembre en visite à Saint-Nazaire, sur le chantier de construction des deux protections monumentales qui vont assurer la sauvegarde de celui que l’on appelait "le Fort de l’Inutile", car aucun coup de canon ne fut tiré depuis ses remparts. Il a été construit par Vauban, à la demande de Louis XIV, pour protéger l’arsenal de Rochefort où l’on construisait la puissante flotte du royaume. Sa construction a été achevée en 1866. Un éperon briseur de lames, au Nord, et un havre capable d’accueillir des bateaux, au Sud du fort, constitués de blocs de granit, le protégeaient originellement, mais ils sont aujourd’hui détruits. "La mer a eu raison d’eux en 50 ans, explique Sylvie Marcilly. Nous avons pris la décision d’en reconstruire deux nouveaux, ici, à Saint-Nazaire. C’est un choix historique. Nous allons le protéger avec les moyens d’aujourd’hui."

44 millions d’euros pour la protection du fort

Ghislaine Guillen, conseillère départementale, en charge du mécénat, au sein du Département de Charente-Maritime. Le béton est imprimé selon un effet de pierre de parement fidèle à l’esthétique historique du Fort — Photo : David Pouilloux

Face aux fissures qui se propagent, face aux pierres qui menacent de tomber, face aux infiltrations d’eau sous le ventre du fort, il fallait réagir, et surtout investir. Le budget de l’opération s’élève à 44 millions d’euros. "Le Département de Charente-Maritime apporte 14 millions d’euros, l’État 3 millions d’euros, et nous espérons une rallonge de 2 millions supplémentaires, révèle Ghislaine Guillen, conseillère départementale en charge du mécénat. Par ailleurs, nous avons lancé une opération de récolte de fonds, Sauvons le Fort Boyard. Plus de 800 000 euros ont déjà été récoltés et nous visons 9 millions d’euros de mécénat à la fin de l’opération." Le Département envisage un emprunt sur 50 ans pour le reste des fonds à mobiliser. "Le Fort sera ouvert à la visite en 2028, précise Ghislaine Guillen. Les recettes de ces visites viendront rembourser l’emprunt."

4 ans de travaux et 20 entreprises mobilisées

L’éperon de protection du Fort Boyard est en cours de construction dans un radoub du port de Nantes-Saint-Nazaire. Au fond, le havre prend forme — Photo : David Pouilloux

Une vingtaine d’entreprises vont participer à ces travaux d’Hercule, qui vont durer quatre ans. Parmi elles, ETPO (Entreprise de travaux publics de l’Ouest), BRL Ingénierie, basée à Nîmes, et Architecture Patrimoine, implantée à Bordeaux.

Pour l’heure, les deux pièces qui vont assurer la protection du Fort Boyard ont des allures de squelettes de métal posés aux fonds d’un radoub du port de Nantes Saint-Nazaire. "Pour leurs formes architecturales et leurs volumes, nous nous sommes inspirés des ouvrages de protection de l’époque, explique Michaël Micucci, ingénieur chez BRL Ingénierie, mais la grosse différence est l’usage du béton à la place du granit. Le béton, armé, assurera une protection d’au moins un siècle à un coût maîtrisé". Autre différence ? "La construction hors site, dans le radoub, des deux ouvrages de protection permet d’aller plus vite et en toute sécurité pour les équipes." Le havre et l’éperon, une fois achevés, seront flottants. Ils rejoindront le fort Boyard, le premier à l’été 2026 et le second à l’été 2027, via la mer en deux à trois jours depuis le port de Saint-Nazaire.

Plusieurs milliers de tonnes de béton pour chaque ouvrage

Samuel Durand, directeur des travaux, chez ETPO qui assure la construction des deux ouvrages de protection du Fort Boyard — Photo : David Pouilloux

La masse et la taille des deux ouvrages sont impressionnantes, et lui permettront de faire face aux vagues soulevées par les tempêtes, en particulier en hiver. "L’éperon pèsera 2 450 tonnes, précise Samuel Durand, directeur de travaux chez ETPO. Il fera 27 mètres de long, 42 mètres de large et 10 mètres de haut." Du côté du havre, l’ouvrage à la forme d’un petit port, de 28 mètres de large, 49 mètres de long et de 11 mètres de haut. Il pèsera 3 850 tonnes. Ce dernier accueillera les bateaux, leur assurant un espace d’accostage protégé de la houle et du vent.

Les parois, creuses, seront lestées afin que son seul poids lui assure sa stabilité sur le fond, près des remparts du fort. "Le béton n’aura pas l’apparence du béton, souligne Delphine Gramaglia, architecte, pour la société Architecture Patrimoine. Nous avons veillé à ce qu’il y ait un rendu d’ensemble sur les deux ouvrages de protection qui soit harmonieux avec le fort et conforme à l’ouvrage historique. Pour cela, nous avons utilisé une matrice polymère qui sert à imprimer le motif effet de pierre de parement sur le béton frais."

150 000 euros de la part d’ALP

Le Fort Boyard est déjà l’objet de travaux pour préparer l’arrivée de l’éperon de protection et du Havre — Photo : Jean-Dominique Lamy

Du côté de la société de production ALP (Adventure line productions) qui assure le tournage de l’émission Fort Boyard pour le compte de France Télévision, on verse 100 000 euros chaque année pour 6 semaines de tournage, de mars à juin. Elle vient d’ailleurs de signer un bail pour 20 ans de tournage. S’ajoute une participation aux travaux de 150 000 euros. "Certains disent que la contribution d’ALP n’est pas assez élevée, imaginant que les millions coulent à flots dans le monde de la télévision", indique Sylvie Marcilly. L’élue ne partage pas cet avis : "Nous devons garder à l’esprit que l’émission a apporté une notoriété immense à notre département, avec des retombées très importantes, notamment sur le plan touristique. L’émission elle-même fait travailler des équipes sur place, des restaurants, des hôtels, et des compagnies qui assurent des croisières autour du fort Boyard. Sans le Fort Boyard, il n’y aurait pas d’émission, mais sans l’émission, il n’y aurait pas le Fort."

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